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Maouloud 2017- Le Gamou, une célébration au cœur de la Tidjania

Par Sidy THIAM

Le Maouloud An Naby, communément appelé Gamou, sera célébré dans la nuit de ce jeudi 30 novembre au vendredi 1er décembre au Sénégal, correspondant au mois lunaire de Rabi Awal.

Communément à travers différents foyers religieux, la célébration de la naissance du Prophète Mouhamed (PSL) aura une résonnance particulière à Tivaouane qui sera, le temps d’une nuit, le point de convergence de milliers  de pèlerins venus de tous les horizons. A la fois chantre et grand propagateur de la Tidjania au Sénégal et en Afrique, Seydi El hadji Malick Sy a été par les premiers à élargir le Gamou en lui donnant une grande dimension et en lui accordant une place centrale dans l’agenda des grands événements de l’année. Au point que le Gamou continue d’être associé à cette voie soufie au 18ème siècle de Cheikhana Aboul Abass Ahmad  Al Tidjani. Un ordre fondé sur la Sunna et dont nous nous proposons de décliner certains caractéristiques et rites.

La Tidjania : du désert maghrébin aux rives du Sénégal

La Tidjania trouve son origine vers 1781 lorsque Cheikh Ahmed Al Tidjani, à 46 ans, lors d’une retraite spirituelle à Boussembhou (Algérie), a eu une vision. En l’état de veille, le Prophète Mouhamed lui ordonne d’abandonner toutes ses affiliations précédentes. Son ordre prend rapidement une expansion importante dans la région, ce qui provoque l’inquiétude des autorités du royaume d’Alger. Il prépara donc son exil vers le Royaume de Maroc, suite aux inquiétudes du Dey D’Alger. Le 22 juillet  1799 (18 Safar 1214 de l’hégire), Ahmed reçoit le statut du Pôle coché. Mais c’est du Maroc, à Fez précisément, où il s’installa définitivement et mourut. Sa doctrine de base est consignée dans un ouvrage intitulé ‘’Jawâhir al maani’’ ou ‘’Les Perles des Sens’’. Cet ordre allait se déployer et atteindre le reste des pays du Maghreb et surtout l’Afrique subsaharienne à travers la Mauritanie et le Sénégal, pour jouer les grands rôles. Au Sénégal, la Tidjania se propagea grâce à l’action et les connections réussies par El  Hadj Omar Foutiyou Tall (1764 et 1864). Lors du pèlerinage qu’il a effectué à la Mecque en 1827, le vénéré Cheikhou Omar avait fait la connaissance de Cheikh Mouamed El Ghali, un des disciples directs du fondateur de la Tidjania, qui, impressionné par les qualités intellectuelles, morales et spirituelles du Sénégalais, l’initia à la doctrine Tidjane, avec pour mission de diffuser celle-ci en Afrique au Sud du Sahara.

Le ‘’Lazim’’: les invocations obligatoires

Ce sont les ‘’invocations obligatoires’’. Le Lazim est récité matin et soir. La lecture de la Salât al-Fatiya  (Prière sur le Prophète (PSL) en est le moment fort. En plus de cette prière, le fidèle doit invoquer cent fois la formule de l’Istighfâr (l’invocation de pardon à Dieu), répéter ‘’Lâ ilâha illa Lah’’ (il n’y a d’autre divinité qu’Allah) une centaine de fois aussi.

La  ‘’Wazifa’’: quand le disciple tient son audience avec le Prophète!

La ‘’Wazifa’’, c’est des ‘’Zikr’’ ou invocations que l’adepte fait individuellement ou collectivement avec ses confrères et membres affiliés. Les Tidjanes la récitent et la chantent en groupe en formant un cercle. La ‘’Wazifa’’ revêt un caractère très solennel. Cette ‘’Perle de la perfection’’ a été dictée à Cheikh Ahmad Tidiane par le Prophète Mouhamed (PSL) et qui, selon les Tidjanes, se présente dans l’assistance dès la septième récitation. Au Sénégal, la Wazifa est entonnée dans la pénombre et autour d’un morceau de linceul (blanc) étalé sur le sol. Elle s’effectue avec une nette harmonie dans les mosquées, aux premiers rayons et au coucher du soleil. La pratique de la ’’Wazifa‘’, tout comme le Wird et le Lazim, est obligatoire assermentée. Cette liturgie puise sa source dans l’essence même de la confrérie tidjane. Laquelle a été tracée par le Prophète Mouhamed (PSL) qui en a institué les rites.

La ‘’Hadaratoul Djouma ‘’: la grande ‘’Messe’’ du vendredi

La Hadratoul Djouma signifie ‘’Présence du vendredi’’ et ne s’accomplit que le vendredi. Cette pratique rassemble tous les fidèles Tidjanes, tout le vendredi, entre les prières d’Asr (Takkussane) et celle de Maghrib (Timis) dans les mosquées. Les disciples répètent un nombre de fois indéfini la formule ‘’Lâ ilâha ill allâ’’ (mille fois au moins). Si la Hadratoul Djouma n’est pas fait dans ce temps, sans excuse valable, le disciple doit savoir alors, comme l’a annoncé Seydina Ahmed Taijane (Rts), ‘’qu’il a laissé passer un énorme bien qu’il ne peut rattraper’’.

Les Moukhadames : les Ambassadeurs de la Tarikha

Le ‘’Mokhadam’’ qui se place au-dessus du Khalifat, est l’exécuteur fidèle des instructions que le Cheikh lui donne oralement ou par des lettres. Il est son délégué et missionnaire. La Tidjania doit son expansion, pour beaucoup, à l’oeuvre de Mokhadames et à celle de leurs successeurs tels qu’El hadj Abdoulaye Niasse qui inscrit sa démarche dans la continuation de la voie. Si on prend les Moukhadames qu’El Hadji Malick Sy a formés, ils se sont chargés de répandre les enseignements de la confrérie dans leurs provinces d’origine.

Le ‘’Ziaar’’ : la visite pieuse

La ‘’Ziaar’’ (ou le Ziar) est une visite pieuse périodique, souvent annuelle, que le disciple tidjane rend aux Cheikh ou à un lieu saint. C’est une journée de recueillement et de prières, mais surtout de renouvellement du pacte de confiance et d’allégeance au guide spirituel. Outre les visites occasionnelles, la Ziarra générale avait été instituée, en 1930, par Serigne Babacar Sy, 1er Khalife d’El Hadji Malick Sy, suite à l’émergence des premiers dahira (regroupements de disciples). Aujourd’hui au-delà des veillées religieuses, la Ziarra reste la principale activité des pèlerins durant le Gamou.

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 EL HADJI MALICK SY : Un érudit multidimensionnel

El hadji Malick Sy est né vers 1855 au village de Dwfal dans l’agglomération de Gaya, à l’Est de Dagana dans le Nord du Sénégal. Il est le fils de Ousmane Sy et de Fatimata Wade Wélé. Le fondateur de la Tidjania au Sénégal a débuté sa formation islamique étant jeune, à Gaya, auprès de sa famille maternelle où son maître et homonyme Thierno Malick Sow l’initia au Saint Coran.

A l’âge de 8 ans,  il fut amené par son oncle paternel, Amadou Sy, dans le Djoloff, à Sine, près de Sagatta, le village de sa famille paternelle. Revenu à Gaya, Seydi El hadji Malick Sy ira suivre des cours auprès de Ngagne Kâ, maître d’école Wolof pendant plusieurs mois et à Tiaréne, dans le cercle de Matam, auprès de Mame Bassine Sarr. Puis, il alla chez le marabout Abdou Bitéye à Louga (dans le département de Saldé) et chez Mamadou Top à Podor pour y achever l’apprentissage du Saint Coran. Malick Sy n’avait que 18 ans quand il reçut le ‘’Wird’’ tidjane et la capacitation (ijaza) de son oncle maternel Alpha Mayoro Wélé. Le Coran assimilé, il attaqua immédiatement la théologie et l’exégèse avec « les Aqaid se Senoussi » à Gaya puis à Ndoumbo chez le maître Mor Sine Kane pour le « Fiqh ». Il entama le droit à Bokhol chez Serigne Mass Ndiaye et alla le poursuivre à Keur Kodé Alassane auprès de Mamadou Mbathie et chez Serigne Mor Kalla Séye à Taïba Séye (Ajurrumiya Muqaddima al Kukiyya). C’est après avoir terminé son premier cycle d’étude qu’il débarqua à Saint-Louis auprès du maître réputé Amadou Ndiaye Mabéye en littérature et en grammaire (Maqamat de Hariri). Ensuite, il ira dans le Ndiambour à Ndiabali chez Mor Baramma Diakhaté où il étudiera le tome 1 du « Khalil » et « Ibn Ishaq ». Puis il se rend à Thilla Daramane chez Ma Sylla Mame pour le tome 2 et « Alfiyya », chez Maguèye Awa à Ngaldde Demba (AlAkhdari), chez Mour Diop Nguirane à Keur Codé Alassane (Risala), chez Thierno Yoro Bal à Thilogne (Ihmirar) et chez Mouhamed Ali  al Ya ‘qubi al Alawi  en Mauritanie.

Le Gamou dans la stratégie d’El Hadji Malick Sy

Lorsqu’en 1902 El Hadji Malick Sy initia le Maouloud marquant la célébration de la naissance de Prophète du Mouhamed (PSL), il visait par-là deux choses : métamorphoser les consciences marquées par les pratiques de païens et asseoir une stratégie de communication entre lui  et ses disciples qui venaient répondre à son appel de tous les coins du Sénégal. Le Gamou était pour lui une occasion de débattre, au milieu de ses disciples, des grandes questions intéressant l’Islam et les Musulmans. Pourtant, la surveillance administrative de l’autorité coloniale était toujours de vigueur, mais cela n’altéra en rien sa détermination de faire de cette commémoration une institution pérenne qui sera plus tard relayée. Et cela jusqu’à nos jours par sa descendance et celle du cercle de ses premiers disciples. A certains de ces derniers, il avait même donné l’autorisation de mener, de concert avec lui, cette commémoration dans leurs localités respectives. Aujourd’hui, la célébration du Maouloud est ancrée dans la conscience collective des Sénégalais, toutes obédiences confondues. C’était son vœu de voir un jour les musulmans sénégalais converger ensemble vers un idéal commun. En 1902, El Hadji Malick Sy se fixe définitivement à Tivaouane où il ouvre son école d’enseignement coranique, véritable université populaire qui contribuera à répande largement les rudiments de l’enseignement musulman par l’intermédiaire des  nombreux maîtres qu’elle formera. Mais à la même époque, à l’heure où El Hadji Malick Sy commence son apostolat, la doctrine Tidjania s’est déjà propagée et fortement implantée dans tout le Sénégal où l’on constate l’existence de plusieurs groupements omariens dans le Walo, à Louga, à Tivaouane, à Thiès, à Diourbel et surtout dans la région du Sine-Saloum où se fait sentir plus vivement l’influence omarienne sous l’impulsion du marabout El Hadji Abdoulaye Niasse, qui s’est établi d’abord dans le Walo-Rip en 1888, puis définitivement à Kaolack en 1910.

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FREQUENCE TELE ET RADIO

Serigne Mbaye Sy Mansour poursuit le vœu d’Al Amine

Le Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour, a relancé une doléance du regretté Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine et de toute la communauté Tidiane : la délivrance d’une licence radio et de télévision pour le groupe de communication ASFIYAHI. Serigne Mbaye Sy Mansour qui a magnifié le travail abattu par Asfiyahi jusqu’ici, soutien d’emblée que l’obtention de ces fréquences constitue dorénavant une nécessité pour la communauté Tidianiyya, avant de préciser qu’il fait partie intégrante de ce groupe piloté par ses neveux, petits-fils de Serigne Babacar Sy (rta). Serigne Mbaye Sy de préciser également qu’il s’en est déjà ouvert au Président de la République lors de son récent séjour à Tivaouane.

 

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