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MARCHANDS AMBULANTS À DAKAR   Des amuse-gueules au chevet des familles       

Ils sont à l’affût constant de la clientèle. Sur la Route nationale ou sur les grandes artères dakaroises partout les marchands ambulants sont visibles. La recherche de quoi vivre en vaut la peine même au risque de leur vie. Certains sont des responsables de familles, d’autres des soutiens de familles ; l’essentiel c’est de rentrer les poches pleines, le soir, à la maison.

Ils sont marchands ambulants. Le rapport de l’observatoire de la Chambre de commerce de Dakar les définit comme : « Des commerçants enregistrés ou non au registre de commerce qui vendent à la sauvette ou exercent leurs activités dans des lieux installés sur l’espace public ». Ceux-ci  se retrouvent à merveille dans cette définition. Ils sont partout dans les grandes artères de la ville. Postés sur tout le long de la Route nationale, celle-ci est devenue, aujourd’hui, un réceptacle de plusieurs variétés d’offres de produits alléchants pour les voyageurs.
Des plus précieux objets aux amuse-gueules, les passagers de cette voix se voient constamment assaillis par ces commerçants mobiles. Objets tranchants, oranges, cacahouètes, jeux pour enfants, des habits prêts à porter font partis désormais du décor de la ville. Accrochée sur un véhicule de transport public, Binta Diagne dix-sept ans, court à la recherche de potentiels clients se trouvant dans cette voiture. Derrière elle, deux gros porteurs, apparemment tenus par des jeunes. Le danger est quasi permanent. « Nous sommes habitués de ces faits. Si tu ne cours pas derrière les clients tu n’auras rien », nous dit-elle. Comme pour passer une fois de plus de la parole à l’acte elle se jette en plein milieu de la voie, cette fois à la demande d’un chauffeur de car rapide qui voulait de l’eau à boire.  Ces gestes sont quotidiens sur cet axe. Ces marchands ne veulent rien perdre  même pas la moindre occasion. Certains viennent de l’intérieur du pays d’autres de la banlieue dakaroise à la recherche d’un mieux-être par le biais de cette activité.
Au croisement de Cambérène, c’est parfois des scènes de course poursuite qui agrémentent  les regards indiscrets  des voyageurs. Ndiague Lèye, posté juste là, attend le moment propice pour déclencher l’assaut. Il a vingt-sept ans et père de deux enfants. « Tous les jours, je quitte à sept heures du matin Guédiawaye pour venir travailler ici. Il m’arrive de rentrer bredouille tard dans la soirée». Et la famille ? Il soutient : «  Ma femme sait que je suis un marchand ambulant. Il arrive parfois que je reste pendant dix jours sans rien gagner. Elle me soutient beaucoup dans ce combat  quotidien car elle vend aussi des fruits à la maison».
Au même moment, ses camarades se déploient en grand nombre sur la chaussée ralentissant du coup la circulation. Face aux injonctions du gendarme en faction de quitter la chaussée, ils affichent la soude oreille. «  Qu’il nous laisse en paix. Moi, je sais ce que je fais. J’ai une famille à nourrir comme lui », déclare Ibrahima Sène. « Vous savez, j’ai divorcé avec ma femme parce que je n’arrive pas à subvenir aux besoins de la famille. Maintenant, je n’ai que mes trois enfants à nourrir, tous les jours », poursuit-il d’un air triste. Dans cette bataille pour la survie, les femmes ne sont pas en reste. Selon toujours le rapport de l’observatoire de la Chambre de commerce de Dakar ; elles représentent 8 pour cent de l’ensemble des personnes qui s’adonnent à cette activité. Fatou Sène, habillée en haillons, pratique ce type de commerce depuis qu’elle est toute jeune. « Je n’ai jamais été instruite. La seule chose que je sais faire c’est de vendre du tout à la fois pour aider mes parents qui sont aujourd’hui malades », lance-t-elle.

Des marchandages à pas de course

Le sourire en bandoulière, elle tient entre ses mains des amuse-gueules. « Je gagne entre deux mille et deux mille cinq cent francs, par jour. C’est avec cette somme que nous effectuons les dépenses quotidiennes à la maison », soutient-elle.
La vente de ces produits attire constamment un danger pour ces personnes dont la plupart sont des jeunes. Les acheteurs eux, semblent ignorer cette triste réalité. Ils ne ratent jamais  l’occasion d’en demander au mépris total d’une vie humaine en situation de faiblesse. Le bruit assourdissant des gros porteurs s’y ajoute l’indiscipline manifeste de certains chauffeurs renseigne à suffisance sur les conditions de travail  des marchands ambulants.
Le même décor s’offre à Colobane. Ici, d’autres types de marchands ambulants sont maîtres des lieux. Il s’agit de ceux-là  installés sur les différents axes de cet endroit. Leur particularité, ils sont sédentaires.Ils vendent pour la plupart des habits et rendent l’accès pénible aux usagers. Conscients qu’ils sont de cette occupation anarchique de l’espace public, ces derniers soutiennent qu’ils sont là le temps de regagner les cantines promises par la mairie de Dakar. Massaer  Diop fait partie de ceux-là qu’on n’avait déguerpi le lendemain de la fête de Tabaski à Petersen. « Il est difficile d’être marchand ambulant à Dakar. J’ai ma famille à Touba et chaque mois je dois envoyer au minimum une somme de vingt-cinq mille francs », confie-t-il. Et s’empresse d’ajouter : « Nous ne sommes jamais en paix sur nos lieux de travail. Chaque fois, ce sont des déguerpissements à n’en plus finir ».
Le regard rivé sur son plat fait  à base de patte d’arachide, ce commerçant, frustré du reste, pense que cette situation va changer un jour pour qu’enfin ils retrouvent dignement leur place dans la société. Ce secteur informel, malgré son inorganisation, contribue à hauteur de cinquante pour cent du PIB de notre pays. Une raison qui certes, justifie, aujourd’hui, la volonté de la Mairie de Dakar d’acquérir deux terrains de plus de deux milliards sur l’Avenue Félix Eboué pour les recaser. La redynamisation de ce secteur est une urgence pour d’avantage booster l’économie sénégalaise et faire de ces acteurs de vrais soldats du développement national.
Khady Thiam Coly

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