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Maryse Condé :  »la France est terriblement normative »

La France est  »terriblement normative », juge la Guadeloupéenne Maryse Condé, qui a assuré qu’elle préfère  »la liberté totale » qu’elle a acquise aux Etats-Unis à la vie dans l’Hexagone qu’elle a quitté depuis bien des années.

Source: Aps
En France, ‘’il faut faire les choses d’une certaine manière, il faut parler d’une certaine manière, il faut s’habiller d’une certaine manière », a-t-elle déclaré mercredi soir sur Radio France internationale (RFI). Maryse Condé a été désignée lauréate du Prix Tropiques 2007 de l’Agence française de développement (AFD) pour son livre : ‘’Victoire, les saveurs et les mots ».

 »Une des raisons essentielles pour lesquelles j’ai quitté la France, c’est que je n’arrivais pas à y vivre avec ma différence de femme noire, d’origine africaine » et guadeloupéenne,  »avec tout ce que cela implique comme différence et comme spécificité », a ajouté Maryse Condé, connue en Afrique à travers son roman ‘’Ségou. Les murailles de terre », paru en 1984.

Ce roman, reflet de la fascination qu’a notamment exercé le Mali sur l’auteur, décrit les conflits de civilisation et de religion en Afrique occidentale, à la charnière du 17-ème siècle à travers l’histoire d’une famille de nobles Bambaras.

De la même manière, Maryse Condé, qui n’a ‘’pas envie de voter », affirme que le débat sur la présidentielle française, dont le premier tour est prévu le 22 avril prochain, ne l’intéresse pas ‘’du tout ». ‘’Pour qui voter d’ailleurs ? », s’interroge-t-elle, avant d’ajouter : ‘’je vois des gens qui sont tous pareils. Un peu différents d’attitudes, de postures. Mais au fond, c’est les mêmes ».

Selon Maryse Condé, vivre aux Etats-Unis lui a apporté  »d’abord la liberté », ce qu’elle ne retrouve pas en Europe,  »surtout pas » en France. ‘’Je sais que nos frères Africains Américains souffrent encore du racisme et d’une forme de ségrégation. Mais pour une étrangère comme moi, pour une francophone, pour une femme qui, dès qu’elle ouvre la bouche, est perçue comme venant d’ailleurs, la liberté est totale ».

 »Tout ce que vous voulez faire, vous le faites (…), personne ne vous demande de vous conformer à un modèle unique. Donc cette liberté, ce pouvoir d’être ce que vous voulez être, comme vous voulez être, je crois que c’est un cadeau », a-t-elle estimé.

Maryse Condé a indiqué qu’en écrivant, elle ‘’ne cherche pas à imposer une transmission quelconque aux gens », ajoutant qu’en lisant ses livres, elle aurait ‘’simplement aimé » que de gens se disent : ‘’tiens, elle pense comme moi, elle dit des choses que j’ai ressenties ».

Par l’écriture, elle dit vouloir également susciter ‘’une sorte de réflexion plus grande, peut-être autour de problèmes de la société qui nous affectent tous. C’est beaucoup plus humble comme tâche. Simplement nous rassembler autour de nos soucis communs ».

L’auteur de ‘Ségou’ affirme s’être mis à écrire parce qu’elle ne peut ‘’faire autrement. J’ai besoin d’écrire (…) des histoires. J’ai besoin de comprendre certaines choses que je ne comprends pas bien (..), de me les dire à moi-même pour peut-être arriver à en décortiquer le sens ».

 »Je crois que le fait d’être écrivain c’est cela. Ne pas comprendre le monde, ne pas se résigner à ne pas le comprendre, ne pas se résigner à ne pas le changer. Et écrire pour combler un peu ce vide, cette faiblesse qu’on porte en soi », a-t-elle confié.

Interrogée sur son dernier livre, elle a expliqué qu’elle y met en question  »toutes les valeurs bourgeoises, petites bourgeoises qui m’ont été enseignées », parlant de l’importance donnée par ses parents à  »l’éducation française, les valeurs françaises, le comportement à la française ».

 »Je veux montrer qu’il y a d’autres façons d’être une femme à part entière, d’être un homme à part entière et que vraiment, la véritable noblesse des individus ne passe pas uniquement par quelques diplômes glanés à droite et à gauche à l’université ou ailleurs », a-t-elle ajouté.

Née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Maryse Condé a fait toute scolarité primaire dans son île de naissance, avant de se rendre à Paris étudier les Lettres classiques à la Sorbonne.

En 1960, elle se marie au comédien Mamadou Condé et part pour la Guinée où elle affronte les problèmes inhérents aux États nouvellement indépendants. Après son divorce, elle continue de séjourner en Afrique (au Ghana et au Sénégal notamment) avec ses quatre enfants.

De retour en France en 1973, elle se remarie à Richard Philcox, enseigne dans diverses universités et entame sa carrière de romancière. Après la publication de Ségou, son quatrième roman, elle rentre en Guadeloupe.

Cependant, elle quitte bientôt son île natale pour s’établir aux USA où elle enseigne aujourd’hui à Columbia University. Ses oeuvres principales sont ‘Heremakhonon’ (1976), ‘Ségou’ (2 volumes, 1984-85), ‘Desirada’ (1997), ‘Célanire cou-coupé’ (2000).


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