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MASSIFICATION, TRANSHUMANCE, VIOLENCE ET IMPLOSION La malédiction des partis au pouvoir

On ne peut pas vouloir lutter contre le terrorisme et verser dans la violence politique permanente. Cette évidence, les « Apéristes » de Pikine ne l’ont pas assez intériorisé dans leur stratégie d’occupation du terrain politique avec la division comme soubassement. Depuis Senghor, en effet, les partis au pouvoir ont brillé par leur propension à produire leur propre opposition interne. Les tendances qui sont des formes de courants sans idéologie particulière sinon celle de défense d’intérêts crypto-personnels, se forment à l’intérieur de toutes les localités engendrant des luttes internes au sein des partis au pouvoir. Au moment du parti unique ou de la limitation du nombre des formations politiques, le Parti socialiste (Ps) avait ses tendances. En général, il y a toujours deux cadres du parti à se divisaient l’électorat dans la localité importante. Les gens se regardaient en chiens de faïence. La bataille était âpre et dépassait le cadre politique pour diviser les familles, les voisins et engendrait une animosité très forte. Il y a eu même des morts comme celle de Demba Diop à Thiès.

Cette réalité n’a pas changé du temps de Me Abdoulaye Wade. Elle s’est même accentuée malgré le multipartisme intégral déjà acquis sous le président Diouf. Le Parti au pouvoir, objet de toutes les convoitises, terrain de réceptacle des transhumants et catalyseurs des ambitions personnelles les plus folles, devient un lieu permanent de bataille.

Un état de fait qui peut être considéré comme une des caractéristiques de la culture politique au Sénégal, a la peau dure. Apres avoir théorisé « la patrie avant le parti », le président de la République, Macky Sall, et les cadres de son parti, boosté par leur victoire à la présidentielle et soucieux d’un second mandat, ont laissé ouvert les vannes de leur parti et oublié de davantage le structurer. Ainsi, les ambitions légitimes de membres fondateurs sont souvent confrontées à celles de nouveaux arrivants. À côté de cadres qui bénéficient de postes de responsabilité, fulminent nombre d’autres dont des militants de la première heure qui semblent être des laissés-pour-compte, du moins pour certains d’entre eux. À la condescendance des uns, les autres répondent par le mépris et parfois la violence verbale ou physique qui prend le dessus sur le dialogue tellement les contradictions sont profondes. Les luttes de positionnement sont telles dans les partis au pouvoir que le président Macky Sall a cru devoir remettre les pendules à l’heure devant des militants de son parti au palais de la République en des termes qui résument la situation : « S’agissant de la vie du parti, je tiens, aujourd’hui, à vous dire certaines choses que vous avez tous intérêt à retenir : vous m’indisposez, indisposez les militants et les Sénégalais avec vos querelles par médias interposés. Le moment est venu d’arrêter ! Je ne vais pas perdre mon temps à nommer les concernés, car, ici, chacun sait ce qu’il fait. Ceux qui se sont le plus signalés dans ce registre, ces derniers jours, m’ont assuré qu’ils vont arrêter et je les observe. Vous ne vous disputez jamais le terrain, les radios, télés et colonnes des journaux pour défendre le parti et notre bilan. Quand il s’agit de cela, vous vous cachez. Et, lorsqu’il s’agit d’aller dans vos bases, c’est pour vous chamailler et laisser les militants patauger dans des difficultés. »

Eh bien, rien n’a changé. Et tout indique que rien ne changera. Les frères des partis au pouvoir sont des frères ennemis. Chacun est mu par le souci de s’approcher du président de la République, de gagner sa confiance afin de bénéficier de strapontins et de gagner des postes de responsabilité. Qu’importe l’image qu’ils vont laisser, le tort qu’ils vont causer à leur parti et aux Sénégalais.

Et pourtant, le président Sall n’est pas exempt de reproches dans la persistance de cet état de fait.

Car, c’est le président lui-même qui a lié, pour les cadres, la nomination aux postes ou son maintien au fait de gagner dans sa localité durant les locales de 2014. On a vu de ce fait, un Premier ministre se battre pour le poste de Maire de Grand-Dakar. Tous les responsables politiques ont cru devoir se retrousser les manches et se battre pour conserver leurs postes ou être promus. Cela a engendré des confusions dans les rangs au point que des alliés de Benno Bokk Yakaar (BBY) ont été combattus jusqu’au tribunal et des frères de même parti écartés, diabolisés et attaqués avec hargne pour qu’ils ne récoltent pas les dividendes de l’action politique menée. Il s’en est suivi un affaiblissement de l’Apr dans beaucoup de villes et villages, en 2014 car, comme réaction, il y a eu, dans certains localités, des votes-sanction.
Il importe également, dans ce registre, de rappeler cet appel du Président Sall aux directeurs de sociétés et autres cadres de son parti, au début de son magistère de descendre sur le terrain. Ce n’est là que justice, mais cela a poussé de compétents cadres et malheureusement piètres hommes politiques à descendre sur le terrain, à discuter aux responsables locaux le leadership alors que leur capacité à mobiliser laisse à désirer.
Nous avons même vu de nos propres yeux des cadres républicains tellement frileux, qu’ils ont empêché à des hommes politiques ou notables dans des localités d’accueillir avec leurs partisans le président de la République de passage. Leur objectif est que personne ne doit se faire remarquer en dehors d’eux. D’ailleurs, les tentatives de réconciliation entamées par de bonnes volontés et même devant Macky lors d’audiences avec des discours de circonstance, se soldent par des échecs cuisants face à l’énormité des ambitions des uns et des autres.

Depuis Abdou Diouf, cette réalité est en vogue engendrant une violence politique qui oblitère notre démocratie. Et personne n’a le remède. Il en sera ainsi tant que les partis politiques qui arrivent au pouvoir vont adopter ces deux stratégies mortelles : diviser pour régner et faire la promotion des cadres du parti et non des compétences nationales selon le critère de capacité de mobilisation politique. Ce sont, en effet, les cadres des partis et les transhumants qui peuvent espérer être promus à des postes. Si tout le monde accourt pour être promu, il y aura toujours un prix à payer, c’est celui d’apporter le maximum de militants quitte à aller gruger des électeurs dans les rangs du parti qu’on est censé servir. C’est le paradoxe des partis au pourvoir. Certains n’hésitent pas à parler de malédiction étant entendu qu’une fois leur départ du pouvoir, transhumants et frustrés émigrent vers d’autres cieux réduisant le parti à sa plus simple expression.

Assane Samb

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