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Me Ciré Clédor Ly Avocat d’Alex, le plus célèbre détenu de droit commun «Alex et Ino ne se connaissaient ni d’Adam, ni d’Eve»

Me Ciré Clédor Ly, dans l’entretien qu’il nous a accordé, nous parle du dysfonctionnement de la justice, surtout des longues détentions préventives des inculpés avant d’être jugés. Avocat d’Alex, il voit dans le discours du ministre de la justice un écart de langage parlant de son client qu’il considère comme un tueur alors que celui-ci doit bénéficier de la présomption d’innocence. Il a précisé également qu’Alex et Ino ne se connaissaient pas.

Source l’Observateur
Vous êtes l’avocat d’Alex, réputé dangereux gangster. Votre client, parmi tant de détenus, avaient menacé d’observer une grève de la faim pour être jugé. Pourquoi Alex et consort restent-ils longtemps sans être jugé ?

Le cas d’Alex, c’est le cas de beaucoup de Sénégalais qui croupissent en prison. Il y a des cas qui sont plus dramatiques pour lesquels des personnes sont en prison sans avoir jamais vu le juge. Et aussi des dossiers égarés. Toutes les lois, les conventions ne sont pas toujours respectées parce que le premier droit d’une personne en état d’arrestation et déférée devant le tribunal, est qu’il faut qu’on lui applique la procédure rapide du flagrant délit. Les interrogatoires, les instructions trop longues mettent à dos le principe sacro-saint de la présomption d’innocence. Vous imaginez un juge d’Instruction qui garde quelqu’un 10 ans, 7 ans ou 5 ans sous le prétexte de rechercher la vérité ? Et au finish, c’est une juridiction de jugement ou une Cour d’assises qui l’acquitte ou qui reconnaît sa culpabilité et le condamne à une peine assortie du sursis. Cela veut dire en vérité que le juge d’instruction a joué un rôle de vengeur en prenant la place de la juridiction de jugement qui est seule habilitée à reconnaître la culpabilité et à condamner. Donc les problèmes de détention doivent être revus. Un juge, s’il veut garder un dossier pendant 100 ans, c’est son problème. Mais qu’il respecte la condition humaine et la présomption d’innocence. Le législateur doit intervenir. Il a essayé à plusieurs reprises de dire aux juges d’instruction qu’ils sont en train de jouer un rôle qui n’est pas le leur et finalement ce sont eux qui infligent les peines. Plusieurs réformes ont eu lieu et interdisent aux juges d’arrêter une personne qui est sénégalaise et qui réside dans la juridiction d’instruction lorsque la peine ne dépasse pas trois ans. Et s’il le fait, il ne doit pas dépasser plus de cinq jours. Il y a aussi des hypothèses où le législateur dit que vous ne pouvez pas garder plus de six mois. Si le juge d’instruction veut le faire, il faut nécessairement qu’il prolonge le mandat de dépôt et qu’il le motive. Les juges prolongeaient systématiquement pour parvenir à leur dessein et sans motivation. La chambre d’accusation, chargée de censurer, se contentait simplement de dire que le juge a besoin du prévenu. C’est là que la manœuvre criminelle est apparue. La personne peut être en détention pendant plus d’un an. Voilà ces genres de manœuvres qui n’honorent pas la justice et qui portent atteinte aux libertés.

Le ministre de la Justice a fait une sortie pour parler de la bande à Alex que vous défendez. Quel commentaire faite vous après cette sortie ?

Dans le discours du ministre, il y a un écart de langage et c’est malheureux. On a l’impression que c’est comme une baguette magique. Il donne des instructions qui seront exécutées par le juge, le procureur, la chambre d’accusation et même la Cour d’assises. Donc où se trouve l’indépendance de la justice ? C’est ce qui apparaît dans l’écart que les gens ont pu constater dans son discours et c’est regrettable. Maintenant, le problème est de savoir si, au fond de sa pensée, il n’a pas voulu dire qu’ils veilleront désormais sur les prérogatives qui leur sont conférées et les limites de la séparation des pouvoirs.

Après son évasion ratée, pourquoi jusqu’à ce jour, il n’a pas été jugé ?

Il y avait une réforme qui renforçait les garanties de la défense. Malheureusement le procureur de la république à l’époque, qui connaissait bien la loi, avait par précipitation méconnu les dispositions légales nouvelles. Sur le plan de la forme, il n’était pas possible qu’il puisse être jugé. Ils ont forcé en violant la loi en les jugeant et depuis on ne parle plus du dossier. Alors que les autres détenus avaient immédiatement interjeté appel. Il n’y a nulle trace de ce dossier et on n’en parle plus après 7 ans. Il n’est pas possible qu’on puisse avoir des informations et que le dossier ne soit pas jusqu’à présent arrivé à la Cour d’appel. Je voudrais apporter des éclaircissements. Alex et les autres sont des jeunes. C’est le cas d’Ibrahima Biteye et Papa Adrien Diallo qui ont 25 ans et qui viennent d’être jugés et qui ont pris des peines de travaux forcés à perpétuité. Ils ont eu le malheur d’avoir été arrêtés à une période où des étrangers écumaient la région, particulièrement la région de Dakar avec des agressions multiples et graves. Il fallait nécessairement que la tranquillité des citoyens puisse être restaurée. À partir de ce moment, c’étaient des arrestations tous azimut. Et il fallait nécessairement garder ces gens. Le problème, ce n’était pas de les juger et de les condamner. À mon avis, il y avait un manque de confiance par rapport aux juges chargés de dire la peine aux juridictions du jugement ou à la cour d’assises. Les lenteurs étaient volontaires. Pour les évasions dont ont parle, en vérité, ces enfants ont été détruits. Si vous voyez Alex et un certain Abdel Mohamed, ils ont eu des fractures aux jambes. En les voyant aujourd’hui, on peut dire qu’ils ne pourront plus marcher car ils ont des os superposés. Cela a été fait exprès. Si on voit Alex et ce jeune homme, on se rend compte qu’ils ne peuvent plus servir à rien. La dernière précision que j’apporterai, c’est qu’on a beaucoup parlé de la bande à Alex et à Ino alors qu’ils ne se connaissent ni d’Adam ni d’Eve. Ce sont des personnes qui ont été arrêtées dans des circonstances et dans des conditions tout à fait différentes. Même en prison, ils ne se connaissaient pas. Mais pour donner de l’éclat, c’était toujours la bande d’Alex et d’Ino. Alors que dans l’autre bande, il y avait des crimes de sang. On a entendu le témoignage d’une femme dans une radio qui a dit qu’au cours d’une attaque une des personnes, dont Alex qui était armé, les avait sauvés. Ce n’est pas quelqu’un qui tue. Or, si vous parlez aujourd’hui d’Alex, vous envoyez aux Sénégalais l’image de quelqu’un qui a toujours tué.


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