ACTUALITE

Me François Serres, avocat de Hissein Habré dénonce : «Une galerie de faux témoins tous présentés par l’accusation»

  • Date: 5 octobre 2015

 Un des avocats de Hissein Habré, Me François Serres, est revenu sur les faits marquants du procès de l’ancien président tchadien, qui se déroule actuellement à Dakar. Au cours de cet entretien exclusif, la robe noire s’est prononcée, entre autres, sur les différents témoignages, le comportement de la Chambre et les avocats commis d’office.

L’audience, ces derniers jours, est marquée par le passage des témoins. Quelle analyse faites-vous des différents témoignages?

« Nous sommes en face d’une mascarade, d’un massacre judiciaire, d’une véritable tentative d’escroquerie au jugement. D’abord, il faut qu’on comprenne bien ce que c’est un témoin, quelqu’un qui a vu et qui peut dire j’ai constaté tel ou tel événement et non pas quelqu’un qui colporte des rumeurs. C’est quelqu’un qui a un statut spécifique et qui doit prêter serment de dire la vérité. Or, on a dans cette audience des juges comme le juge belge considéré comme un témoin alors qu’il n’a instruit qu’à charge. On a des pseudo-experts historiens, des experts de contexte, témoignant de faits non vécus, désignés par l’accusation ou les Ong, tous hostiles au président Habré, des pseudo-témoins accusés d’être les auteurs directs de torture par les propres avocats des parties civiles, mais protégés par l’accusation et les Ong et non poursuivis devant les Chambres. On a des plaignants à l’instruction transformés en témoins à l’audience pour crédibiliser l’accusation et des témoins à l’instruction qui deviennent subitement des parties civiles à l’audience, évoquant pour la première fois , 25 ans après des tortures subies. Des parties civiles, représentant d’Ong qui contrôlent les experts/témoins et avec qui elles ont des relations financières, des Ong qui admettent enfin qu’elles sont allées demander de l’argent à Déby avant le procès. Tous ces prétendus témoins ne sont pas des témoins, a fortiori les parties civiles et ce même si le président de la Chambre Gustave Gberdao Kam persiste à ses « Bonjour, Merci, Monsieur le Témoin ». Tout ça pour les crédibiliser. C’est là en fait l’un des éléments de l’escroquerie judiciaire et c’est là, la première faute du président Kam que de laisser accroire à la vérité des informations reçues, alors que l’ensemble de ces déclarations n’ont fait l’objet d’aucune enquête/vérification au Tchad lors des commissions rogatoires ».

Donc selon vous les irrégularités c’est depuis l’instruction du dossier?

« En définitive on s’aperçoit que toutes ces personnes qui viennent témoigner ne sont pas à même de confirmer les déclarations qu’elles ont faites devant le juge tchadien. C’est le deuxième point important. Ces déclarations ont été faites en l’absence des juges sénégalais qui ont la maîtrise de la procédure. Ces personnes ont lu leurs déclarations avant de les signer et à l’audience elles viennent dire soit qu’elles ne confirment pas ce qu’elles ont dit soit que, alors qu’elles avaient lu leurs déclarations, elles n’ont pas dit ça. Ça veut dire que les personnes qui étaient en charge de recueillir ces déclarations, les juges tchadiens, dont on sait le lien avec le régime de Deby, en ont rajouté éventuellement après leur signature. Une procédure manipulée avant de l’envoyer à Dakar après le départ des juges sénégalais. C’est là, la deuxième faute du président Kam qui ne fait pas constater ces écarts dans les déclarations qui sont fausses. Et il a la possibilité de faire engager des poursuites à l’encontre de ces personnes. Au-delà du lien financier établi entre les Ong et Déby, entre les magistrats en charge des commissions rogatoires comme révélé par la presse sénégalaise, il s’est ainsi constitué un faux dossier d’abord, à travers la constitution d’un dossier d’archives avec le concours des services de sécurité français, puis son retraitement par Reed Brody sous contrôle des services de sécurité de Déby, et aujourd’hui par la manipulation des déclarations des prétendus témoins par les juges tchadiens. M. Kam est le « témoin » passif de ces manipulations. Un magistrat devrait tirer les conséquences de ces violations » !

Vous pensez donc que c’est Idriss Deby qui est derrière tout ça ?

« C’est Deby qui est le grand financier qui organise cette mascarade judiciaire en refusant de collaborer, en refusant d’envoyer y compris les témoins à charge qui seraient à même de mettre en cause sa propre responsabilité, mais aussi les témoins à décharge sur lesquels des pressions sont exercées, en refusant d’être entendu par les juges d’instruction et c’est la troisième faute du président Kam. A partir du moment où en définitive seule la responsabilité directe de Deby, commandant en chef de l’armée ou conseiller à la Sécurité et donc patron de fait de la Dds, apparait lors de ces quatre semaines d’audience, qu’est-ce qui empêche le président Kam de le convoquer, de l’entendre ou de se rendre au Tchad puisqu’il a le pouvoir de compléter une enquête dévoyée par Mbacké Fall qui l’avait immunisé dès son premier voyage au Tchad. On a ainsi une audience inéquitable qui n’est que le résultat d’une enquête inéquitable et ce avec la complaisance des Chambres. On nous cache également les résultats de la plainte qui a été déposée contre le président Idriss Deby. D’après ce que l’on sait, le Procureur général Mbacké Fall l’a classé, ce qui montre le lien entre le régime politique sénégalais, les autorités judiciaires et le président Deby et le poids financier entre  l’auteur du coup d’Etat, celui qui contrôle l’enquête et celui qui contrôle aujourd’hui l’agenda des Chambres et les déclarations des témoins. Rien d’étonnant à tout cela, l’illégitimité, l’illégalité de ces Chambres que nous avions dénoncé ne pouvait produire que la tragédie judiciaire qui se déroule sous nos yeux ».

Il n’est donc pas question de parler du président Idriss Deby dans ce procès ?

« On s’aperçoit qu’il y a une ligne rouge que personne ne franchit. Le président Kam prévient les personnes entendues qu’elles n’ont pas à répondre aux questions qui pourraient les mettre en danger ou encore que les avocats d’office avertissent un témoin, conseiller de Deby, que si son statut est de nature à l’embarrasser, ils sont prêts à retirer leurs questions ! Avant-hier (jeudi dernier : ndlr) lorsque le témoin prétendu, en fait, partie civile, a dit qu’il était allé voir Deby pour lui demander de l’argent, les avocats d’office ne lui ont posé aucune question ! Ces faits révèlent le rôle dévolu aux avocats des Chambres par un système judiciaire non indépendant, non objectif et qui participent dès lors de facto à la condamnation du président Habré au nom de l’exercice prétendu d’un procès équitable. On s’aperçoit de l’importance de refuser d’envoyer des témoins à charge parce que des questions leur auraient été posées notamment sur les fichiers prétendus de la Dds, fichiers manipulés comme l’audience l’a révélé. On aurait su qu’est-ce qu’ils reprochaient aux personnes, quelles étaient leur responsabilité directe. On aurait vérifié les mécanismes d’information de la hiérarchie. Tous ces éléments sont cachés. On s’aperçoit principalement que l’accusation ne repose aujourd’hui que sur une théorie totalement artificielle, celle d’un chef d’Etat qui, parce qu’il était chef d’Etat, savait tout et donc ordonnait tout. La réalité historique d’un pays en guerre, de rébellions financées et armées par l’étranger, du fonctionnement d’un Etat en guerre, de ses services de sécurité et de sa justice est ainsi dévoyée. Est-ce que la responsabilité des présidents sénégalais a jamais été recherchée à raison d’allégations de tortures, de crimes de guerre ou de charniers en Casamance » !

Comment voyez-vous le traitement du procès par la presse ?

« Ce qui me paraît extrêmement grave, c’est qu’en dépit d’un débat totalement truqué, nombre d’audiences tournent cependant en faveur du président Habré. Or, certains médias se font les complices de ce massacre judiciaire en prêtant au témoin le lendemain matin des déclarations qu’ils n’ont pas faites à savoir que le président Habré aurait empoisonné Monsieur Miskin, ou qu’un mari aurait été égorgé par le président, ce qui n’a pas été dit par le témoin. Autant de faits qui sont le fruit d’une manipulation d’un certain nombre d’organes de presse par les membres du consortium de sensibilisation des Chambres qu’ils ont formaté, formé. La presse devient un auxiliaire d’injustice. L’audience et son récit deviennent ainsi un lieu quotidien de brutalités, d’insultes, d’humiliation, de violences insupportables ».

Que dites-vous sur la comparution de votre client, du lundi au vendredi, devant les Chambres ?

« Ce théâtre d’injustice est marqué par la violence, par l’extraction brutale de force tous les matins, d’un homme à qui l’on ne donne pas un verre d’eau ou de la nourriture entre 5 heures du matin et 18 heures le soir, qui est agressé par l’ensemble des avocats des parties civiles, ou le Parquet. On est devant une audience de falsification, d’agression et d’injustice qui n’est pas dénoncée par les avocats d’office, même s’ils mettent de temps en temps en difficulté un faux témoin et ce, pour donner le change d’une participation à un procès prétendument équitable et sauver la face. L’ensemble de ces faits montrent que ces Chambres fonctionnent comme un peloton d’exécution et ne peuvent organiser un procès loyal. Et le président Kam et ses deux assesseurs sont de fait les administrateurs de cette injustice. J’ai noté depuis le début de l’audience des propos d’un assesseur qui marque très clairement la culpabilité de l’accusé notamment sur les agressions commises sur l’ethnie Hajaraïs, le refus par le président Kam de montrer des éléments télévisuels dès lors qu’il mette un témoin en difficulté ou ses interventions contre un avocat d’office lorsqu’il peut mettre un témoin en difficulté. J’ai noté le refus par le président Kam d’examiner avant les faits toutes les irrégularités de procédure, en violation du droit applicable. Apparemment ces avocats d’office auraient développé des exceptions de nullité….Pourquoi ne les entend on pas, pourquoi veut on entendre l’ensemble de ces accusations grossières avant d’évoquer la réalité d’une procédure inéquitable ».

 Vous jugez la procédure irrégulière ?

« On a vu la volonté du président Kam de protéger un certain nombre de témoins, de ne pas constater leurs mensonges et plus encore de ne pas exercer ses pouvoirs à la fois de faire constater les faux témoignages ou encore d’ordonner des actes d’enquête importants de nature à démontrer les responsabilités d’auteurs directs de faits. Je veux dénoncer aussi le fait qu’on nous raconte une autre histoire qui n’est celle du Tchad. Combien de femmes ont été violées, combien d’enfants massacrés, combien de combattants décimés proches du président Habré pendant le régime de Tombalbaye, pendant le régime de Maloum, de Goukouni, par les Libyens, français ou par un certain nombre de factions rebelles, etc. Tout ça on n’en parle pas et on voudrait que tous ces gens-là qui étaient liés à ceux qui menaient des actions contre Habré soient donc les seules victimes de l’histoire du Tchad. Et que ces derniers ne devaient pas être inquiétés, combattus ? Le président Kam ne peut accepter de se faire le complice d’une telle falsification de l’histoire. Ce sont ces éléments qui me paraissent aujourd’hui démontrer très clairement que l’illégitime et l’illégalité dénoncées de ces Chambres ne peut que produire une procédure illégale, irrégulière et partant une audience qui se déroule dans des conditions scandaleuses, une mascarade judiciaire à laquelle tous ces acteurs concourent. Que le président Kam assume enfin ses responsabilités ! Nous interpellons le président Macky Sall qui avait promis à l’opinion sénégalaise un procès équitable. Mais, on se rend compte chaque jour qu’il ne tient pas sa promesse. Le seul objectif poursuivi est celui d’un agenda politique qui ne conduit qu’à la condamnation d’un homme qui a libéré, réunifié son pays et reconstruit l’Etat tchadien. La bonne gouvernance judiciaire est aussi une condition de l’émergence Monsieur le président ! ».

Cheikh Moussa SARR

Comments are closed.

Numéros Utiles

Indicatif Sénégal (de l’étranger) :

221

Renseignements :

12 12

Horloge parlante :

15

Aéroport :

33 869 50 50 / 33 628 10 10

Sénélec (dépannage) :

33 867 31 00

Sénélec (délestage BCC) :

33 839 94 35

SDE (dépannage) :

800 11 11

Sonatel (dérangement) :

13

Hotline Orange :

41 41

Commissariat Central :

33 823 25 29 / 33 823 71 49

Gendarmerie num vert :

800 20 20

SOS MEDECINS :

33 889 15 15

SUMA ASSITANCE :

33 824 24 18 / 33 824 60 30

POMPIERS :

33 823 03 50

Centre anti poison :

818 00 15 15