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Me Sidki Kaba quitte la FIDH

Il était venu dans l’indifférence quasi totale de l’opinion internationale le voilà qui part avec les applaudissements et la reconnaissance des ligues de droits de l’homme. Lui, Me Sidika Kaba, a profité de l’Assemblée de Lisbonne au Portugal pour faire le bilan de son travail à la tête de la fédération internationale des ligues de défenses des droits de l’homme. Aujourd’hui, remplacé, à la tête de la Fidh par une femme, la tunisienne Souhayr Belhassen, l’homme a mené quelques grands combats dans un monde où jamais les droits humains n’ont été autant bafoués en Irak, au Soudan, en Afghanistan.

Source : Sudonline
L’ancien avocat a été élu président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, à l’age de 51 ans à l’issue du 34e congrès, en janvier 2001. C’est lui d’ailleurs qui disait à l’époque, « Nous allons insister sur une plus grande régionalisation de notre organisation et son internationalisation. » Avec tous les combats qu’il aura remportés dans la recherche de solution pour certaines crises sociales et politiques, contre certaines dérives des dictatures, l’homme au sourire permanent, derrière ses lunettes de correction, a aidé la Fidh à mieux se faire connaître au niveau des pays en voie de développement et surtout en Afrique dans des pays comme le Sénégal, le Rwanda, le Soudan, la Tunisie etc.

Première organisation internationale de défense des droits de l’Homme au monde créée en 1922 à Paris, la Fidh regroupe aujourd’hui 141 Ong dans plus de 100 pays. Membre fondateur et dirigeant de plusieurs Ong africaines, il a été un militant actif de l’Union interafricaine des droits de l’Homme (Uidh) en 1992, du Centre africain pour les études des droits de l’Homme et la Démocratie (Acdhrs) en 1995, et encore du Centre africain pour la Prévention des conflits (Caprec) en 1995…

Homme de consensus, militant infatigable de la démocratie, il s’est illustré dans la défense de la liberté de la presse, des droits des femmes, des droits politiques, de la lutte contre l’impunité, la peine de mort… Il a apporté une assistance juridique et judiciaire à des journalistes, opposants, syndicalistes et défenseurs des droits de l’homme poursuivis tant devant les cours et tribunaux nationaux que devant les instances régionales et internationales de protection des droits de l’Homme (Commission africaine des droits de l’Homme ; Commission des droits de l’Homme de l’Onu…)

Très au fait de la chose politique, Me Kaba, intellectuel ouest africain, ne s’est pas limité à sa vie sénégalaise. Il a assisté l’ancien Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara et l’ancien Premier ministre sénégalais Idrissa Seck (2005), les victimes tchadiennes de torture contre l’ancien président dictateur Hisséne Habré (2000) ; les défenseurs et opposants burkinabé dans l’affaire Norbert Zongo, journaliste assassiné (1998) ; le leader de l’opposition guinéenne Alpha Condé (1998) ; l’ancien opposant ivoirien Laurent Gbagbo, actuel président de la Côte d’Ivoire (1992)…

Sur les excès de la diplomatie américaine depuis l’arrivée de Georges Bush au pouvoir voilà sa vision, « La lutte contre le terrorisme est légitime, mais elle doit se faire dans le cadre de la légalité et du respect des principes de l’État de droit. Or ce n’est pas le cas. Les images des tortures infligées aux détenus irakiens de la prison d’Abou Ghraib discréditent largement le discours américain. De même que le maintien en détention, hors de tout cadre légal, de 660 prisonniers à Guantánamo (42 nationalités représentées). »

Un goût dépité par l’unilatéralisme américain, « Les États-Unis violent les principes fondamentaux et les conventions internationales. La lutte contre le terrorisme ne sera efficace que si elle s’attaque aux racines du mal, à savoir la pauvreté, les inégalités et les frustrations dont souffrent les populations du Sud. C’est à cette seule condition qu’un monde plus sûr deviendra possible. »

A propos de l’Afghanistan, l’infatigable avocat des causes difficiles dans une interview réalisée avec Jeune Afrique, disait encore que « Les nations qui ont une longue tradition de respect des libertés individuelles doivent montrer l’exemple. Or les États-Unis ont fait exactement le contraire. Les révélations sur Guantánamo et sur Abou Ghraib ont décomplexé les États qui pratiquent la torture de manière systématique. Votre question pose aussi le problème de la prévention. Selon lui, La formation des polices africaines doit intégrer un enseignement relatif aux droits élémentaires des individus. Policiers, militaires, gendarmes et douaniers doivent être. »

La situation au Soudan a également été un des principaux chevaux de bataille de celui que l’histoire retiendra comme ayant été le 9 ème président de la Fidh. Il dira, à propos de ce sujet qui a du mal à se sortir de certaines atrocités commises par les milices arabes du nord, « les crimes, viols et exécutions sommaires imputées aux milices Djandjawids, avec l’appui du gouvernement, sont des faits avérés et, de ce point de vue, la pression diplomatique américaine peut être utile. Mais là aussi, il y a contradiction. Car tout en dénonçant la gravité de ces crimes, les États-Unis rejettent la Cour pénale internationale. »

Fervent défenseur de la liberté de presse

La mort du journaliste gambien a aussi été l’un des grands défis à relever par Me Kaba et la FIDH. Il dira à ce propos dans un entretien, « Il est temps que le gouvernement gambien fasse toute la lumière sur l’affaire Deyda Hydara, journaliste assassiné le 16 décembre 2004. Ce crime crapuleux ne saurait rester impuni. La lenteur de la procédure actuelle montre qu’il n’y a pas une volonté politique d’aboutir a une véritable identification des auteurs de ce crime odieux, de même que les commanditaires. La preuve ? La rapidité avec laquelle on a fait le point sur les présumés auteurs de la tentative de coup d’Etat du 21 mars 2006 révèle que s’il y a la volonté politique, il est aisé d’arriver à des résultats. »

Il ajoutera à cet effet, « C’est bien pour cela que la Fidh lance un appel à la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples, à l’Union Africaine, pour prendre les dispositions idoines pour que la Gambie, qui abrite le siège de la Cadhp, puisse faire la lumière sur cette question, mais aussi sur l’ensemble des violations des droits de l’Homme qu’il y a dans ce pays où une civilisation de la peur est en train de s’installer. »

Un homme de terroir et du monde

Sidiki Kaba est né le 21 Août 1950 à Tambacounda où il a fait ses études primaires, puis ses études secondaires au lycée Van Vollenhoven de Dakar sanctionnée par le baccalauréat en 1972. Il est diplômé des universités d’Abidjan et de Dakar où il a obtenu trois licences en Droit, Philosophie, et Lettres modernes et une maîtrise en Droit des affaires. Admis en 1980 au barreau de Dakar, après une expérience d’enseignant menée de pair avec des études supérieures comme professeur de français au collège Aké Loba d’Abidjan de 1975 à 1978, il sera élu membre du Conseil de l’ordre de 1985 à 2000.

Avant sa consécration à la tête de la Fidh, rappelons que Me Kaba a milité au Sénégal et sur le continent africain depuis 1981, date à laquelle il a intégré la section sénégalaise d’Amnesty international avant de rejoindre l’Organisation nationale de défense des droits de l’Homme (Ondh) qu’il va présider de 1995 à 2000, après en avoir été vice-président de 1987 à 1995. Aujourd’hui fier de son combat à la tête de l’institution internationale, c’est toute l’Afrique en quête de liberté qui lui dit un « BRAVO » mérité et qui attend de le retrouver à la tête d’autres grands combats en faveur des droits de l’homme.


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