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ME WILLIAM BOURDON « Hissein Habré est un criminel qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer »

  • Date: 10 février 2016

Les avocats des représentants des parties civiles ont, pendant deux jours, plaidé à charge contre l’accusé Hissein Habré. Dernier à prendre la parole, hier, Me William Bourdon a soutenu que l’ancien homme fort de Ndjamena est « un criminel hors norme qui dépasse tout ce qu’on peut pas imaginer ». Par ailleurs, le parquet aura la parole, ce matin, pour ses réquisitions dans ce dossier.
Le bal des plaidoiries des avocats des parties civiles a été fermé, hier, par Me William Bourdon. Ce dernier est resté dans le même sillage que ses confrères qui ont plaidé à charge contre l’accusé Hissein Habré. Me Bourdon a d’abord salué l’organisation de ce procès par des Africains. « Ce n’est pas un procès où vous êtes les marionnettes d’une autre personne. Parce que moi, je ne suis marionnette de personne. Ce procès est un modèle de procès équitable », a d’entrée relevé Me Bourdon. S’agissant de l’accusé, la robe noire indique qu’il y a des choses à dire sur Hissein Habré. « Le mot dignité ne sera jamais dans le vocabulaire de Hissein Habré. Cet homme a été au cœur de tout le dispositif de répression. Il a humilié son Peuple », peste-t-il. Parlant du turban et des lunettes de l’accusé, Me Bourdon estime qu’il est en train de se cacher derrière son accoutrement. Car, dit-il, « le mal absolu ne peut avoir aucun visage et Hissein Habré est un criminel qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer même Pinochet ». Après avoir fini de parler sur l’accusé, Me Bourdon s’est retourné du côté des avocats commis d’office pour défendre Hissein Habré. « Vous n’êtes pas obligé de plaider que Hissein Habré est un bienfaiteur de l’humanité, il a amélioré les conditions de détention des prisonniers, il est un bon chef d’État, etc. », dit-il aux défenseurs de Habré avant d’anticiper sur les écrits qu’ils ont déposés auprès des Chambres africaines extraordinaires (Cae).

Cependant, la plaidoirie de Me Bourdon a fait réagir les avocats commis d’office qui sont restés calme depuis le début des plaidoiries, lundi dernier. « C’est une attaque personnelle contre nous. Qu’il cesse de bourdonner nos oreilles », clame Me Abdou Ngingue. Et Me Bourdon de rétorquer : « Je n’ai pas fini de bourdonner parce que je vais continuer. Ce sont vos écrits donc, vous l’assumez ». Il a fallu l’intervention du Président des Cae, Gustave Gberdao Kam, qui a indiqué à l’avocat de la partie civile qu’il doit plaider sur ce qui est prescrit sans pour autant porter atteinte aux autres parties. L’incident est clos et Me Bourdon a donc prononcé les dernières phrases de sa plaidoirie en ces termes : « Hissein Habré est un criminel hors norme. »

Me George Henry Beauthier : « Les femmes comme l’argent étaient sa possession et celle de ses troupes »
Auparavant, d’autres avocats des parties civiles ont été à la barre pour leurs plaidoiries. Me George Henry Beauthier, un des leurs, est revenu sur les victimes tchadiennes. « Il faut 133 salles comme celle-ci (Ndlr : la salle 4 du palais de justice de Dakar) pour contenir les victimes de Hissein Habré », a indiqué l’avocat qui a orienté sa plaidoirie sur  les crimes de viol, crimes d’esclavagisme, crimes de torture que Hissein Habré a commis à l’égard des femmes. « Comme il est difficile pour les femmes de parler de cela et c’est progressivement au fil de l’instruction qu’on a vu apparaître ce nouveau cas de figure, Hissein Habré était un vicieux aussi. Les femmes comme l’argent étaient sa possession et celle de ses troupes. Il a mutilé, excisé, violé ; donc on ne pouvait pas passer ces crimes sous silence contre l’humanité et des crimes de guerre. Il a piqué l’argent des Tchadiens pour vivre avec aujourd’hui », martèle Me Beauthier. Axant son intervention sur l’aspect féminin, la robe noire indique que ce point n’a pas été assez abordé dans l’ordonnance de renvoi et il fallait insister sur cela. C’est sur ces entrefaites que Me Beauthier invite les juges à requalifier les faits. « S’agissant de la requalification des faits, on garde les faits avec les mêmes cartes mais on qualifie les cartes autrement et on qualifie les cartes en disant que cela c’est un crime de guerre, un crime d’esclavagisme sexuel… », clame-t-il. Sur le silence de Hissein Habré depuis l’ouverture du procès, l’avocat a soutenu que ce dernier a le droit de se taire pour se défendre.

Me Beauthier raille les avocats de Hissein Habré

« Cependant, ce que nous ne pouvons pas accepter, c’est que son silence se transforme en injure dans les couloirs. On fait des conférences de presse dans les cafés, ce n’est pas digne. Il ne peut pas se taire devant les juges et aller dans les cafés pour faire des plaidoiries. En gigotant et refusant de parler, il se moque de ceux qui sont devant lui », fustige l’avocat. Avant de poursuivre : « Mais qui est-ce qu’il fait avec ses pieds ? Avec son pied, il dit dégage cela ne me regarde pas. Avec son pied, il fait un coup de pied à tous ses amis et à tous ces gens qu’il a voulus entrainer depuis qu’il a massacré. Son pied, c’est le pied où il foulait le Tchad à sa botte. Sans aucune haine de dire à ce petit Monsieur que l’histoire ne s’écrit pas avec du sang mais on écrit sa propre histoire. Quel héritage va laisser Hissein Habré ? ».

Pour sa part, l’avocat sénégalais, Assane Dioma Ndiaye, a mesuré le degré de l’atrocité dans cette affaire. « J’ai été en Côte d’Ivoire pendant les périodes les plus chaudes. J’ai été un peu partout dans le monde mais, je n’avais jamais imaginé que des horreurs pouvaient être plus grandes, que l’atrocité pouvait prendre certains seuils avec ce plan de l’histoire du Tchad », s’indigne Me Assane Dioma Ndiaye selon qui, aujourd’hui, c’est l’Afrique face à son destin. « La mobilisation dans ce procès est de lutter contre l’impunité. Il ne s’agit pas de faire le travail de personnes tapis dans l’ombre mais il s’agira d’apporter la preuve d’une culpabilité », précise-t-il.
Par ailleurs, l’un des avocats des victimes renseigne que Hissein Habré aurait pu être poursuivi pour génocide pour ses exterminations contre les Hadjaraïs, les Zaghawa et les Libyens. « Sur certains points, le parquet a ordonné un non-lieu notamment en ce qui concerne le génocide. Les exactions sont les choses qu’il faut décrier. Si quelqu’un dans cette salle vous dit qu’on n’a pas prouvé tel ou tel fait, on se lèvera pour vous apporter la preuve. Toutefois, nous ne cherchons pas de vengeance. Nous cherchons seulement la justice », conclut la robe noire.

Les avocats des parties civiles ont terminé, hier, leurs plaidoiries. Ce mercredi, la parole est au Parquet général pour ses réquisitions dans cette affaire.

Cheikh Moussa SARR

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