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MEURTRES, VIOLS, AGRESSIONS, ETC. Les Sénégalais sont-ils devenus violents ?

 Keur Massar a connu, hier, des scènes de violence traumatisantes. Un bébé de quatre mois a vu ses deux jambes cassés par le présumé agresseur de sa mère qui aurait cherché à la violer. La foule s’est déchainée sur ce dernier pour le lyncher à mort.

Ces faits sont intervenus au moment où, à Ouakam, dans un autre quartier de Dakar, les populations sont sorties et ont semé le trouble par des actes de violence pour barrer la route à un propriétaire terrien qui ne serait pas, selon elles, détenteur de la légitimité familiale pour se doter de cette parcelle.

Pendant ce temps, à Sédhiou, au Sud du pays, une dame ébouillante une supposée rivale qui entretenait, selon elle, des relations avec son mari.

Tous ces faits se sont produits, hier. Et il en est ainsi, chaque jour, avec son lot de violence de tous genres comme ce jeune homme qui vient d’être condamné à 20 ans de travaux forcés parce qu’il a tué, à coups de hache, la coépouse de sa mère.

Les faits divers de ce genre font légion. Ce qui est  évident, c’est que rares étaient ceux qui pouvaient imaginer que notre société, d’habitude si pacifique, altruiste, humaniste, pouvait se transformer progressivement pour devenir aussi violente.

Pourtant, un Professeur de Droit pénal avait prédit cela en 1989, lors des évènements entre le Sénégal et la Mauritanie. Mlle Michelet dont nombre de juristes se souviennent, aujourd’hui, avait laissé échapper cette phrase qui avait étonné tous ses étudiants : « Ça y est, vous connaissez maintenant le sang, c’est fini, vous ne reculerez plus devant le crime ». Cette spécialiste du droit criminel qui avait formé beaucoup de Sénégalais ne croyait pas si bien dire. Quelques années après, est survenu un phénomène étrange pour les Sénégalais : les agressions sauvages de simples citoyens en pleine rue ou dans les transports en commun. De braves femmes, par exemple, sont ainsi malmenées, souvent blessées ou tuées.

Aujourd’hui, il s’y ajoute un autre phénomène, les attaques de boutiques ou d’officines de pharmacie par des criminels armés qui n’hésitent pas, parfois, à faire usage de leurs armes à feu. À Bayakh, par exemple, dans le département de Thiès, un gendarme avait été blessé par des tirs nourris de voyous de 4X4 venus dépouiller les boutiquiers.

La violence s’est tellement propagée dans notre société que pour un oui ou pour un non, les gens se mettent à s’insulter ou à se battre en public. Ces faits se remarquent surtout en période de ramadan  lorsque la faim et la soif auront emporté les dernières velléités d’amour du prochain et de crainte de Dieu.

Cette transformation de notre société est due à plusieurs facteurs dont la démission des parents dont la seule préoccupation reste le gain de la dépense quotidienne. Les enfants sont souvent laissés à eux-mêmes dans une société où la pauvreté gagne la majorité des ménages. Et la famille naguère lieu de sécurité, d’éducation et d’encadrement des enfants est devenue un terrain criminogène ou querelles, injures et bagarres sont monnaie courante.

À cette situation, s’ajoutent les crises scolaires et universitaires, l’absence de perspectives pour les jeunes, la promotion de la violence par la lutte, le cinéma, le net, etc.

La recherche du gain facile et l’intronisation du roi F Cfa a fini de transformer une société où tout le monde est affecté.

À ces facteurs, s’ajoutent l’absence de peur du gendarme et l’instrumentalisation des religions à cause de confréries dont les déclarations des dignitaires ont tendance à faire croire que le paradis est gagné à l’avance par la simple accointance avec des « amis » de Dieu.

Et avec la promotion des contre-valeurs par nos dirigeants et hommes politiques, la jeunesse devient une bombe à retardement.

Et que l’on ne s’imagine pas surtout que la répression pourra venir à bout de cet état de fait.

Il faudra surtout revisiter les fondements de notre société par une réflexion sérieuse et inclusive. Encore faudrait-il que nous en ayons la volonté. Car, il est étonnant que dans la société où on a un nombre aussi important de mosquées et de prêcheurs l’incivisme, l’immoralité et la violence soient de plus en plus banalisés.

Assane Samb

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