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Mirador : Les candidats prennent la mesure de leur sujet

Au deuxième jour de la campagne, pour la Coalition Sopi, et plus particulièrement pour les responsables locaux, qu’ils soient ou non investis sur les listes à la députation, la leçon vient de Bignona. Au cours du meeting tenu dans cette commune, Macky Sall a eu le bonheur d’assister à des retrouvailles publiques entre deux responsables du parti présidentiel qui, il n’y a guère, et leurs partisans avec, étaient à couteaux tirés et se regardaient en chiens de faïence.

Source : Le Soleil
Cela le change incontestablement de la scène surréaliste qui lui a été servie au premier jour de la campagne par les candidats locaux de la Coalition Sopi à Mbacké. Ce qui s’est passé là, dimanche, est un spectacle de mauvais goût où les partisans d’adversaires politiques au sein d’un même parti se sont signalés par des huées et des quolibets jetés à la tête des dirigeants d’un camp ou de l’autre lors de leurs prises de parole. Alors qu’il est généralement attendu, dans tous les partis qui entrent en compétition dans une élection quelconque, un minimum de solidarité de la part de ses membres, et plus encore s’ils sont des dirigeants, de serrer les coudes ensemble, de faire front uni en vue du seul objectif qui vaille, la victoire. À Mbacké, c’est tout le contraire qu’on a vu, obligeant du même coup le directeur de campagne qu’est Macky Sall, dont le sang-froid est connu, à sortir de ses gongs et à menacer les uns et les autres, de la colère jupitérienne du numéro 1 du parti, Me Wade himself.

Ce rappel à l’ordre était sans doute nécessaire au sein de la Coalition Sopi où presque tous les observateurs de la scène politique s’accordent à reconnaître que les investitures, surtout au niveau départemental, ont laissé un goût de cendre dans la bouche de plusieurs responsables. Soit parce qu’ils ne figurent pas eux-mêmes sur les listes, soit parce qu’ils sont mécontents de l’ordre de présence qui, à leurs yeux, ne leur est pas favorable au sein de ces mêmes listes. Soit encore, ils n’ont pas pu y faire figurer, comme ils l’entendaient, un de leurs poulains qui a été écarté au profit d’un tenant du camp adverse. Et bonjour la bagarre et les coups tordus !

Dans beaucoup de localités du pays, alors que la caravane du Sopi, qui a mis ses pas dans ceux de Me Wade à la présidentielle, n’y a pas encore fait escale, c’est déjà la guerre de tranchées entre les responsables locaux, investis ou non, qui ont sorti les poignards et les dagues pour se livrer à des duels sanglants.

De tels faits sont signalés tous les jours à travers les ondes des radios. C’est le cas à Tambacounda, à Kaolack, à Saint-Louis et autres lieux où, dit-on, chaque camp voire chaque clan mobilise de son côté, mène ses activités in petto, et l’on se prépare à accueillir Macky et le directoire dans la division la plus totale sur fond de règlement de comptes.

Et les votes-sanctions appréhendés par certains ne sont pas une vue de l’esprit, surtout lorsqu’on sait jusqu’où peuvent aller certaines inimitiés ou certaines rancœurs tenaces, voire mal cuites, qui peuvent faire perdre son propre camp dans le seul dessein de faire mal à son adversaire sans tenir compte des intérêts de son propre parti. Pour beaucoup d’observateurs, c’est cela le seul danger véritable qui guette la Coalition Sopi à ces législatives.

C’est pourquoi ce qui s’est passé hier à Bignona a réjoui Macky Sall qui n’a pas manqué de le magnifier et qui souhaite que l’exemple des retrouvailles entre Moussa Diédhiou et Abdoulaye Badji soit suivi par tous les autres responsables dans les localités du pays. Selon lui, il faut jeter rancune et frustrations à la rivière et se battre pour un seul but : donner la majorité à Me Wade réélu qui veut parachever ses réalisations et placer le pays sur l’orbite d’un nouvel élan dans sa marche vers la modernité et le progrès.

Pour le reste, tout le monde peut constater que la campagne n’a pas encore pris son envol. Mais ce n’est pas la faute des candidats. Ils ont commencé à faire ce qu’ils doivent faire. Sillonner le pays, soutenir sur le plan local, départemental les listes qui portent leur drapeau, dérouler leur diagnostic sur la situation du pays, des villes et des campagnes, de l’arrière-pays, sur les régions périphériques, les préoccupations des populations en question, en termes d’équipements, de moyens de vivre, d’emploi et de vision de développement.

C’est un large catalogue de propositions voire de rectifications de la démarche sur un certain nombre de problèmes, que chaque parti ou coalition de partis va dérouler pendant ces trois semaines, non pas pour ferrer le gogo, mais pour vendre et porter une politique qui réponde aux aspirations populaires et aux attentes des Sénégalais.

Ceux qui parlent de campagne poussive ou d’un manque certain d’intérêt des populations à ces joutes qui ne font que commencer, vont sans doute plus vite que la musique. Laissons à nos candidats le temps de s’installer plus durablement dans la compétition, de prendre la mesure de leur sujet (beaucoup sont à leur première campagne), et d’intéresser les gens aux discours dont ils sont porteurs, avant de porter des jugements voire des sarcasmes sur cette campagne qui, boycott ou pas, à terme, verra émerger de nouvelles têtes à l’Assemblée nationale.

Le compte à rebours a commencé. Il faut faire confiance au génie de notre peuple et à l’intelligence des électeurs, et se garder de faire croire, alors que rien ne l’indique, qu’on aura une assemblée monocolore. La seule vérité qui vaille est celle du scrutin du 3 juin. C’est seulement à cette date que le peuple souverain parlera et livrera son verdict. Avant cette date, tout le reste, c’est de la politique-fiction.


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