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Mises en valeur des magalithes au Senegal: Les vestiges d’un passé… porteur d’avenir !

C’est un véritable trésor que la découverte des mégalithes. A cheval sur le Sénégal et la Gambie, ces pierres taillées, vestiges de civilisations anciennes, révèlent un pan des traditions passées, avant que la colonisation ne change les choses. Avec le classement de certains sites au Patrimoine mondial de l’Unesco, ce patrimoine national est enfin pris en compte.

Source: Sudonline
Par une matinée de chaleur extrême, la direction du Patrimoine culturel du ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé a organisé une visite des lieux sous la direction de Hamady Bocoum son directeur. Disons plutôt une visite de quelques lieux représentatifs comme Sine Ngayène et Wanaar (région de Kaolack) car la superficie totale que couvrent les mégalithes est vaste comme… l’espace Sénégambien.

Cette visite de la direction du Patrimoine culturel a été un prélude aux « Journées du Patrimoine » qui s’ouvrent ce vendredi 18 mai au théâtre Sorano avec, entre autres temps forts, le panel sur le thème : « Patrimoine et tourisme culturel ».

« Les mégalithiques sont les vestiges laissés par une civilisation qui vécut 1500 ans et qui n’abandonna ses rites funéraires si particuliers qu’aux alentours de 15ème siècle ». C’est ainsi que Hamady Bocoum, le directeur du Patrimoine culturel qui avait à ses côtés quelques-uns de ses plus proches collaborateurs, a commencé ses explications. A cheval entre la Gambie et le Sénégal (ce qui montre qu’il s’agissait là d’une aire culturelle continue), on dénombre jusqu’à 30 000 pierres mégalithiques réparties entre 1987 lieux différents (pour le seul Sénégal). Mais ce sont avant tout deux grands sites qui attirent l’attention.

En effet, Sine Ngayène, le site le plus important de toute l’ère sénégambienne, renferme 1200 pierres mégalithiques, 52 cercles et une centaine de tumulus de mégalithiques. Pour y voir clair, les mégalithes sont les restes des grands sites funéraires et sont dissociées entre tumulus, un simple monticule de terre où a été placée une pierre mégalithique à l’est – ce qui fait certainement référence à un culte solaire – et cercles, qui sont des constructions plus élaborées composées de caveaux comprenant des familles ou des clans entiers.

Mais la distinction ne s’arrête pas là : les restes des corps retrouvés dans les cumulus sont intacts alors que ceux retrouvés dans les caveaux ont été déplacés et divisés selon une méthode floue au point que l’on retrouve des crânes ou des bassins entassés dans certains cercles. Selon les explications du directeur du Patrimoine culturel, « il semble (donc) que les cercles aient été entretenus selon des procédés assez élaborés et hiérarchisés que les archéologues ne comprennent pas encore ». Par contre, une donnée révèle la continuité de cette civilisation : certains cercles semblent avoir duré plus de 500 ans pour certains clans.

L’autre site majeur est Wanaar (lui aussi classé au patrimoine mondial). « Il est moins impressionnant que Sine Ngayène mais se caractérise par une taille plus fine des pierres ». Par exemple, les pierres des autres sites sont souvent de grands blocs immenses alors qu’à Wanaar, les pierres sont plus petites et dites « liées », en forme de A ou Y avec beaucoup de latéralité.

« Ce site, plus petit, se différencie donc par la qualité des mégalithiques. D’autant plus que des grandes campagnes de fouilles n’ont pas encore été commencées et que certaines pierres devraient être remises en place ». Pour assurer la durabilité du site qui est désormais connu, une clôture de 1500 hectares a été posée ainsi qu’un hangar où les touristes peuvent venir se reposer et profiter du panorama.

Le Sénégal comme la Gambie possèdent donc avec cette ère culturelle de 36 km2 un patrimoine commun exceptionnel. Peut-être une manière de relativiser les frontières artificielles de la colonisation et de rapprocher deux pays qui se tournent le dos. Car les pierres mégalithiques sont le symbole de l’unicité et du temps… long. En témoigne la pierre mégalithique qui ouvre l’espace Afrique du nouveau et magnifique au musée des Arts Premiers du Quai Branly à Paris.

Exit le mythe des « gentils sauvages »

L’autre enjeu est la gestion de ces sites qui attireront rapidement les convoitises. Classés au patrimoine de l’Unesco, ce qui suppose le respect de quelques règles, les sites ne sont pas pour autant des sanctuaires. Au contraire, ces sites doivent contribuer au développement des villages avoisinant. La meilleure solution consiste donc à impliquer les populations dans la valorisation des sites ce qui semble être la solution choisie.

Si les clôtures empêchent cultures et bétail dans les sites, des retombées bien plus positives avec la venue d’un tourisme culturel peuvent devenir une solution à moyen terme. « C’est dans ce cadre que responsables de l’Unesco, les élus locaux, les populations et quelques spécialistes du secteur touristique vont se réunir pour définir un plan de travail commun » a fait savoir M. Bocoum.

La décision de mettre enfin en valeur les mégalithes au Sénégal comme en Gambie laisse entrevoir de « nouveaux apports aux pays respectifs », selon l’expression du directeur du Patrimoine. Elle rappelle aussi, cette décision de mise en valeur des mégalithes, « la richesse et la grandeur des civilisations qui précédaient la colonisation, ce que devraient mieux connaître les Sénégalais ». Nous sommes ici loin, très loin du mythe des « gentils sauvages »…

Enfin, ces sites rappellent aussi la vanité des hommes qui se sont divisés entre deux pays étrangers.


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