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MOCTAR SOURANG, président de l’Union Nationale Patriotique (UNP) «Le Sénégal a eu 3 chefs d’Etat, mais rien n’a changé»

Etudiant des années de braise, Moctar Sourang a grandi. Ambitieux pour son peuple, il prône une alternance, pas seulement générationnelle, mais conceptuelle. 

 Vous venez d’investir le Landerneau politique sénégalais. Qui est Moctar Sourang ?

Moctar Sourang est un homme d’affaires né après les indépendances, économiste de formation, administrateur de sociétés et membre fondateur de la Coordination des étudiants de Dakar (Ced) des années 88 où j’ai milité aux côtés de l’actuel Président Macky Sall, Souleymane Ndéné Ndiaye, Me El Hadji Diouf, Talla Sylla, Mamadou Oumar Bocoum, feu Totoh Diarra, etc. Sur le plan politique, j’ai milité au Rnd du professeur Cheikh Anta Diop où, à 16 ans, j’étais un des leaders des jeunes, sous la tutelle d’hommes et femmes de valeurs, à l’image de Tidiane Baidy Ly, Cheikh Déthialaw Dieng, Seyni Niang, Me Babacar Niang, Bocar Cissokho, Chimère Diaw. Après la crise au Rnd, j’ai milité au Plp de feu Babacar Niang, avant d’en démissionner en 1986. Nous avons alors abandonné le champ politique pour évoluer dans la Société civile. C’est ainsi qu’avec d’anciens camarades (René Lake, Dame Babou, Mamadou Wane dit Mao, Billy Guèye, Alymana Bathily, Jean Pierre Phan, Mamadou Niane, Birame Diallo…), nous avons créé le Club Convergences Alternatives qui a impulsé Médecins d’Afrique et la libéralisation des radios privées. Nous avons aussi créé, avec d’anciens leaders du mouvement étudiant, G88 qui joue un rôle important dans la résolution des crises universitaires et scolaires, sans grand bruit. Nous avons aussi participé à la création de la Raddho.

Au regard de votre cursus, on se rend compte que vous n’êtes pas aussi novice qu’on peut le penser de prime abord. Pourquoi aviez-vous alors battu en retraite ?

Après les expériences malheureuses du Rnd et du Plp, la bipolarisation de la vie politique et le recul de certaines valeurs, avions-nous décidé de militer autrement. C’est ainsi qu’on a pris part, sans  être officiellement dans un parti, à toutes les batailles ayant conduit à l’alternance de 2000. Nous nous étions rendus compte que les partis présents sur l’échiquier tournaient autour d’un leader et non d’un projet de société. Par conséquent, aucune critique n’était tolérée. Aussi, voit-on des hommes diriger des partis advitam aeternam. L’activité politique est devenue, au fil des années, un business. Le militantisme, l’esprit de sacrifice et le sens de l’honneur se conjuguent désormais au passé. Maintenant, le problème est de savoir comment faire la politique autrement.

Donc votre come-back s’expliquerait par un sentiment de déception. Pensez-vous, en toute objectivité, être en mesure de pouvoir secouer le cocotier ?

Je le pense sincèrement. Aujourd’hui, des forces nouvelles émergent au sein des partis politiques et en dehors, car ne se reconnaissant dans aucune de ces «familles». Ces forces sont porteuses d’un nouveau discours politique libéré du passé, décomplexé et jetant les ponts entre les générations de progrès.

L’UNP va leur offrir un cadre d’expression et d’action pour mobiliser les forces sociales capables de porter un agenda de développement endogène ; en attendant la réalisation d’une entité véritablement intégrée au niveau sous-régional et continental pour la concrétisation du Projet confédéral africain longtemps rêvé par d’illustres précurseurs (Kwamé Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Nelson Mandela…).

L’Etat du Sénégal a changé de chef à trois reprises, mais les méthodes de fonctionnement n’ont pas changé. Les mêmes têtes, depuis Senghor, Abdou Diouf et Wade, occupent le devant de la scène sous Macky Sall. Pourtant, au même titre que Wade, le régime Ups/Ps a été sanctionné.  Le Sénégal regorge d’Hommes de valeur qui ont envie de tout donner à leur pays, mais ont peur que leur engagement soit utilisé pour servir des ambitions personnelles. Il appartient à la classe politique de donner des signaux forts aux populations qui, croyez-moi, ne se laisseront plus berner.

Ne pensez-vous pas, dès lors, que le système partisan a fait la preuve de son inefficacité et que vous ne faites, en définitive, que porter sur les fonts baptismaux un parti de plus ?

 Si le système partisan s’organise autour d’une personne et non d’idées fortes, cela est voué à l’échec. Quand on soutient un individu, on a tendance à le défendre sur tout. Le débat politique doit être orienté autour des solutions aux problèmes des Sénégalais : emploi, éducation, formation, agriculture, etc. Notre démarche ne sera pas partisane. Nous sommes ouverts à tous ceux qui ont des idées et des solutions à nos problèmes. Qu’ils soient du pouvoir, de l’opposition ou de la Société civile. C’est ainsi que nous avons une Direction politique et un Shadow Cabinet ouvert à tout le monde pour réfléchir, de façon concrète, sur les mesures à préconiser.

 On vous concède alors votre originalité. Quelle sera la touche Moctar Sourang ? Unp 1

Nous soutiendrons les bonnes actions de l’Etat et donnerons, en cas de désaccord, des propositions. Nous serons objectifs et seul le Sénégal guidera nos actions. Je m’engage aussi à ne faire que deux mandats et à céder le poste de président à un autre militant. Mais, d’ici là, je ferai de l’UNP une force politique au Sénégal.

Etes-vous de l’opposition ou de la mouvance présidentielle ?

Nous ne sommes ni un parti de soutien, ni un parti de l’opposition. Nous défendons les intérêts du Sénégal, pour que des solutions durables soient mises en œuvre pour abréger les souffrances des Sénégalais.

On s’achemine vers des élections locales. L’UNP sera-t-elle sur le départ ? Si oui, sous sa propre bannière ou dans le cadre d’une coalition ?

L’UNP participera aux élections locales sous sa propre bannière dans certaines localités ou en coalition dans d’autres. Nous soutiendrons les forces nouvelles où elles se trouvent. L’objectif, c’est de promouvoir des personnes qui n’ont pas attendu les élections locales pour prétendre vouloir servir les populations.

Cela dit, que vous inspire l’Acte III de la Décentralisation sous l’empire duquel on ira aux Locales et les modifications sous-jacentes apportées, dans ce sillage, au Code électoral ?

L’Acte III de la Décentralisation est une grande avancée, en ce sens qu’il corrige une injustice : fn faire des conseils ruraux des communes de plein exercice. L’UNP encourage le chef de l’Etat pour les décisions courageuses et pertinentes qu’il a prises concernant les élections du 29 juin, en levant toute équivoque sur la tenue de ce scrutin à date échue. Toutefois, nous rappelons à Macky Sall son devoir de réserve. Aussi, il ne saurait être question, pour le président de la République, de s’immiscer dans la campagne électorale à venir, ni d’adouber un candidat, fut-il un camarade de parti, voire un parent, proche ou éloigné. L’UNP attend aussi de voir le contenu des textes relatifs au mode de désignation des membres des conseils de ville de la région de Dakar et de Thiès.

L’actualité au Sénégal, c’est aussi le Plan Sénégal Emergent. Pensez-vous que notre pays peut, avec cet instrument, toquer aux portes de l’émergence à l’horizon 2035 ?

Nous apprécions qu’il y ait une vision à moyen et long terme. Le problème, c’est comment faire pour que ce plan profite aux Sénégalais et au secteur privé national. Nous pensons qu’il serait intéressant d’évaluer l’impact des Grands travaux du Président Wade sur l’économie réelle. Aux Usa ou en Europe, les entreprises savent, à l’avance, ce qu’elles gagnent dans ce genre de programme : nombre d’emplois à créer, augmentation de la production pour les industries locales… Au Sénégal, tout est importé. A la fin, les bénéfices sont rapatriés. Même les emplois créés ne durent que le temps des travaux. C’est  pourquoi l’UNP préconise qu’il soit exigé aux  étrangers de s’associer avec des Sénégalais. Les modalités pourraient être arrêtées d’accord-partie avec le patronat et  les entreprises locales de Btp. Une mesure qui favorisera un transfert de technologie.

Macky Sall vient de faire deux ans au pouvoir. Quel bilan tirez-vous de son magistère et de sa méthode de gouvernance ?

Macky Sall cherche des solutions aux problèmes et nous pensons qu’il est conscient de la gravité de la situation, d’autant qu’il essaie d’agir sur le social : bourses familiales, couverture médicale universelle, baisse du coût du loyer… Sur le plan économique, des instruments viennent d’être mis en place : Bnde, Fonsis, Fongip. Malgré tout, il est évident que les populations, pressées par la conjoncture, attendent d’être rassurées. Bref, la Rupture tarde à se pointer. Par exemple, ceux qui sont choisis pour piloter ces structures sont des militants ou parents proches. L’Etat du Sénégal a changé de chef à trois reprises, mais les méthodes de fonctionnement n’ont pas changé. Nous constatons toujours : une Administration, la même depuis Senghor, qui cherche toujours à faire plaisir à son chef. Un Camp présidentiel qui n’est pas suffisamment mobilisé autour de la résolution des problèmes des Sénégalais : chaque parti gère les ministères qui lui sont confiés et place ses hommes. Le parti présidentiel n’organise pas de réflexions suivies pour aider ou donner les orientations idoines ; toutes les énergies (sinon les essentielles) sont orientées dans les luttes de positionnement politicien. Une impunité qui pose problème. Bien que notre pays ait les meilleurs textes législatifs qui soient, on ne se donne pas les moyens de leur application. Ainsi, avons-nous deux sortes de citoyens : les citoyens ordinaires assujettis aux lois et règlements en vigueur, et les citoyens spéciaux qui bénéficient de passe-droits et de privilèges de toutes sortes. Il faut saluer la volonté du président, mais se rendre compte que cela ne suffit pas, car il y’a aussi bien, dans la société et autour du chef de l’Etat, des forces de régression et des groupes de pression qui font tout, consciemment ou non, pour le maintien et la reproduction du système. Il faut en face des forces politiques et sociales aussi déterminées pour appuyer ces ruptures. Le succès du candidat Macky Sall a été son contact permanent avec les populations. Pourquoi le Président ne ferait-il pas plus que le candidat, en écoutant davantage son peuple ? On ne sent pas le peuple se mobiliser autour du président de la République pour les batailles salutaires qu’il a engagées. Aujourd’hui, le style de gouvernance du président Sall pose problème. Aussi, lui préférons-nous le style du candidat Macky Sall. Sa jeunesse doit lui permettre d’être sur tous les fronts, par des visites inopinées.

Entretien réalisé par Papa Souleymane KANDJI 

 

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