Lamine Diack

Mon Dieu ! Et si Lamine Diack avait avoué ? (Par Khalifa TOURE)

«Je vous ai dit qu’il fallait à cette période gagner la bataille de Dakar, c’est-à dire renverser le pouvoir en place dans mon pays, le Sénégal. Il fallait pour cela financer notamment le déplacement des jeunes afin de battre campagne, sensibiliser les gens à la citoyenneté. (…) J’avais donc besoin de financement…» Tels ont été, en partie, les propos terrifiants de Monsieur Lamine Diack publiés dans le site du journal français Le Monde, un journal de centre-gauche, tenu jusqu’à une certaine date par d’anciens trotskistes. L’emblématique Edwy Plenel, un ancien lambertiste, actuel directeur de Mediapart, a dirigé ce journal «très sérieux», mais qui est un organe de «combat», avant de démissionner. Pourquoi Le Monde a-t-il pris le parti de lâcher cette bombe.

Le journal a-t-il voulu pourfendre la nébuleuse politico-financière en Afrique ? A-t-il voulu dénoncer le flou financier dans lequel la démocratie est fabriquée en général ? Quoi qu’il en soit, l’on feint d’ignorer que la démocratie est partout financée. Les grands journaux comme Le Monde, El Pais, Der Spiegel, le Washington Post ou le New York Times ne sont pas seulement des organes de presse. Ils sont au cœur du dispositif de «fabrication du monde». Ce sont des «agences de renseignements». Malgré les lois votées en France par exemple pour encadrer le financement des partis, le monde politique est toujours en conflit avec la transparence. Nous sommes dans une civilisation de l’argent. Ce n’est un secret pour personne, le droit de l’«hommisme», les insurrections, le terrorisme, la gay pride, le féminisme, le planning familial et bien d’autres choses sont financés. Toutes les chapelles bénéficient de financements. Les nombreuses fondations créées en Occident et présentes dans notre pays sont politiquement estampillées à gauche, à droite ou à l’extrême gauche. Elles contribuent à faire de notre pays une société «ouverte» et disponible. Save-vous que même les idées débattues un peu partout et qui voient des hommes et des femmes se battre sont sponsorisées par des vitrines et des laboratoires de fabrication d’opinion ? Mais de là à voir des financements occultes partout, il y a tout un chemin à faire. Cela dit, chacun a le droit de s’offusquer que notre démocratie soit entachée par de l’argent sale. Quant aux précisions du journal Le Monde, qualifiées avec délectation de reculade, grande bourde ou effondrement, elles sont superfétatoires. Elles ne sont utiles que pour ceux qui s’étaient empressés de condamner définitivement le président de la République. Peut-être qu’un jour on saura ! Si Le Monde est revenu sur le texte, c’est parce que la chose a pris des tournures politiques dangereuses, faisant oublier même l’origine et l’auteur des faits : le président Lamine Diack. Nous sommes une société tellement politisée qu’on oublie souvent la morale et le traitement axiologique des faits. Mon Dieu ! On oublie qu’il s’en est fallu de peu que cet homme soit canonisé dans son pays. Le Sénégal est un pays à héros faciles. Un héros est un demi-dieu. Bon sang ! Gravir tous les échelons d’une organisation internationale ne fait pas un grand homme, un héros ou un illustre personnage. On peut se trouver dans une situation exceptionnelle sans être un homme exceptionnel. Lamine Diack n’est pas un héros, c’est un homme qui a certainement fait du bien dans son domaine en un demi-siècle, mais qui est surtout un homme très chanceux. Au Sénégal, les références contemporaines sont des grands commis de l’Etat ou des hommes d’affaires qui sont loin d’être exceptionnels. On a découvert que la méritocratie qui nous vient des pays anglo-saxons est loin d’être juste et équitable. Elle a été inventée pour justifier les privilèges les plus incroyables et les inégalités honteuses. Beaucoup d’hommes qui se targuent d’avoir du mérite n’ont en vérité bénéficié que de la loterie généalogique. Leur seul mérite, c’est d’avoir eu un père. Un père haut perché qui leur a mis le pied à l’étrier depuis leur bas âge. D’autres ont eu «la chance» de se trouver dans les rouages d’un système politico-financier inégalitaire qui leur a offert des avantages incroyables. C’est dommage, le président Diack allait être élevé à la dignité de saint laïc. Sa chute révèle la légèreté et la fausseté même des critères d’élection des «grands hommes» en société sénégalaise. Son histoire devra être écrite un jour par de vrais spécialistes de la biographie. Est-ce vraiment l’histoire d’une chute ? La chute est un phénomène brutal pour certains, mais pour beaucoup c’est un processus. On ne saura peut-être jamais qui est Lamine Diack. A ce propos, une refondation de nos valeurs est nécessaire. Parmi ces valeurs, c’est la Teranga qui pose problème. Il y a une crise de la Teranga depuis qu’elle a un lien étroit avec le Tekki. Au Sénégal, nous n’avons pas un problème de forme, mais de contenu. Le contenu de la notion de Teranga est de plus en plus pourri. Une réflexion sur les limites de nos valeurs, leur permanence ou non, leur continuité dans nos actes serait très utile. Un projet de société passe d’abord par la critique de ses propres valeurs, afin d’élaborer un programme culturel indispensable à la transformation sociale. Dans cette «crise des valeurs» tant décriée, ce sont les valeurs elles-mêmes qui posent problème.

Par Khalifa TOURE – sidimohamedkhalifa72@gmail.com

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