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MONTÉE DU SPIRITUALISME ET TERRORISME Les jeunes sénégalais sont-ils tentés par le Djihadisme ?

  • Date: 25 janvier 2016

Ils envoient des messages sur la toile, des photos et disent être sur le sentier d’Allah en Syrie, Libye ou ailleurs. Parmi « ces soldats de la foi », figurent des Sénégalais, même s’ils sont encore peu nombreux. Du coup, on peut se demander si les nombreux jeunes de ce pays sont tentés par le Djihadisme au moment où l’on ressent, par multiples signaux, une montée du spiritualisme chez cette frange de Sénégalais.

En circulant dans les rues de Dakar et en banlieue, on est frappé par le nombre de plus en plus important de jeunes qui arborent des chapelets. Ils sont visibles dans les bus de transport, bureaux et autres. Un signe des temps modernes, parce qu’il y a quelques années, il fallait être d’un certain âge pour tenir un chapelet en public. Les jeunes n’étaient pas certainement dans cette dynamique même s’ils pratiquaient la religion.
Manifestement, cela signifie que les jeunes sénégalais ont acquis une nouvelle conscience religieuse par rapport aux années passées où ils étaient beaucoup intéressés par la fièvre du samedi soir pour ne pas dire par l’attirance des mondanités et des pratiques et activités ludiques. Les « coladeras », ces bals populaires étaient organisés les samedis dans tous les quartiers et villages. Aujourd’hui, on en voit de moins en moins. Cette montée du spiritualisme chez les jeunes est aussi perceptible au Sénégal dans la fréquentation des mosquées surtout le vendredi où ils prennent d’assaut ces lieux de culte et restent en général très attentifs aux sermons des Imams. Ils sont aussi très mobilisés lors des « Gamous », « Magals » et autres « Ziarras » et appels qu’organisent les confréries religieuses. Au point de constituer l’essentiel des fidèles à Touba, Tivaouane, Yoff, Kaolack, Ndiassane, Pire, entre autres localités, lors de ces cérémonies.
La raison en est que l’Islam au Sénégal est très confrérique et se développe sur la base du Soufisme et selon le rite islamique « malickite ». Ces confréries mobilisent l’essentiel de la jeunesse qui s’identifie aux thèses et pratiques religieuses des guides et fondateurs comme Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Malick Sy, Limamou Laye Al Mahdi, Baye Niass, etc.

Toutefois, une bonne partie de cette jeunesse est aussi tentée par l’idéologie plus récemment importée de mouvements nommés sous le vocable générique de « Ibadourahmane ». Leurs mosquées poussent comme des champignons dans les quartiers des villes. Ce sont eux qui laissent en général pousser leurs barbes, portent des habits courts… La moyenne d’âge varie entre 7 et 35 ans. Seule une population infime de personnes âgées fréquente leurs mosquées qui, pourtant se remplissent de plus en plus. Le sermon dans ces lieux de culte prônent en général une nouvelle forme de pratique religieuse qui exclut, selon eux, le « bida » (forme de déviation) lié à la visite de cimetières, à la vénération de Saints à l’exception du Prophète Mouhamed, entre autres, en somme à nombre de formes de pratiques religieuses des Soufis. Ils imposent le voile à leurs femmes et restent, cependant, très discrets en dehors du cercle de leurs lieux de pratiques religieuses où les discours montent d’un cran sans cependant épouser des thèses de violence.

Les divergences sont d’ordre idéologiques et dans la pratique, elle se manifeste publiquement lors des grandes fêtes religieuses qui sont la Tabaski ou fête du sacrifice et la Korité ou celle marquant la fin du Ramadan. En général, les communautés dites « Ibadou» ou groupes affilés d’essence « salafiste » s’alignent sur les pays du Golf quant aux jours de rupture du jeûn ou de sacrifice du mouton. Le Sénégal vit de ce fait une situation inédite de deux à trois fêtes à chaque évènement. Et ce n’est forcément pas la faute de ses « Ibadou », les confréries entrent aussi parfois dans ce singularisme.

À Touba par exemple, cité du Mouridisme où le Soufisme est très en vogue, la polémique couve depuis quelques années de l’existence d’écoles coraniques qui enseignent autre chose que cet héritage de Bamba. Des jeunes seraient aussi envoyés dans des pays arabes pour recevoir un autre type d’enseignement qui les dévieraient de la voie ainsi tracée, si l’on en croit un haut dignitaire mouride qui a tiré la sonnette d’alarme. Tout récemment, d’ailleurs, une mosquée avait été fermée relativement notamment à des accusations portant sur des enseignements et pratiques jugés « déviationnistes ».

Des sectes existent depuis longtemps au Sénégal. Personne ne s’intéresse à l’enseignement qu’ils prodiguent aux jeunes. Mais ce qui est sûr, c’est que ceux qui sont embrigadés deviennent des marginaux par rapport à la société où ils vivent. Ils regardent de haut les autres s’ils ne les méprisent pas tout simplement. Et ces derniers le leur rendent bien. À titre d’exemple, l’ancien Ministre Serigne Mbacké Ndiaye, pour ne citer que lui, a dû user de manières fortes pour tirer son fils des griffes d’une de ces sectes.

Dans les familles, ces types de divergence existent parce que les jeunes sont de plus en plus attirés par les idéologies venues d’ailleurs. C’est dire que le risque d’épouser des thèses extrémistes est bien là. Il est difficile, en effet, voire impossible de contrôler les enseignements prodigués aux jeunes dans ces lieux de culte. La critique systématique des pratiques soufis de la majorité des musulmans engendre aussi de l’incompréhension et même du mépris. C’est pour cela, qu’ailleurs, des Djihadistes tuent des musulmans.
L’autre risque par rapport aux idéologies extrémistes est à rechercher dans les difficultés et inégalités sociales. Les jeunes, de plus en plus désœuvrés, n’hésitent pas à emprunter les pirogues de fortune pour prendre la mer afin de rejoindre l’Europe. Malgré la mort de centaines d’eux, ils continuent à prendre des risques inouïs dans le seul souci de fuir la misère et la déconsidération sociale. Dès lors, ils peuvent tenter de s’enrôler dans des mouvements où ils pensent tirer le minimum de considération sociale, de bien-être et même de réussite. Les jeunes occidentaux ont subi ces travers par le biais de l’internet. La France compte, aujourd’hui, le plus grand nombre jeunes partis faire le « jihad ». Des départs estimés à quelque 900 personnes. La Tunisie est aussi très pourvoyeuse de combattants. Des noms de Sénégalais sont agités ça et là sans qu’il y ait un mouvement inquiétant. La presse a fait état d’un certain Omar Diaby, de Abu Jafar Diop, de Sadio Gassama, de Abdourahmane Mendy, etc. qui seraient actifs sur des théâtres d’opération. Ils postent des messages sur la toile et mettent même leurs photos.
Qui plus est, les réseaux dormant existeraient bel et bien dans notre pays si l’on en croit certains spécialistes. C’est pourquoi nous sommes surpris par la pauvreté du débat intellectuel public sur le terrorisme dit islamique. Nous estimons, en effet, que les théologiens islamiques (marabouts, enseignants, imams…), les sociologues, les intellectuels et les populations doivent être associés à des réflexions de fond et poser le débat sur l’Islam, ses fondements, la tolérance, l’acceptation de l’autre, de ses différences, etc. Ce sursaut national n’existe pas encore. Peu de marabouts sont impliqués. Le débat d’idées est rare. Or, pour lutter efficacement contre le phénomène, la solution est certes sécuritaire mais surtout idéologique, théologique, intellectuelle. Car si la démocratie, le moins mauvais système, a produit les partis d’extrême droite avec des idéologies officielles d’exclusion, de chauvinisme, des mouvements d’extrême droite et même d’islamophobie comme en Allemagne, l’Islam, elle aussi, ne saurait être à l’abri des extrémismes. C’est ce qui s’est passé. Il ne suffit pas de dire que « cela n’a rien d’islamique ». Il faut travailler à former, informer, conscientiser les populations notamment les plus jeunes.

Il va de soi que le système occidental, surtout depuis l’effondrement du communisme et le chute du mur de Berlin, a pataugé dans une condescendance source d’une arrogance qui a laissé peu de place à l’affirmation des autres valeurs en dehors de celles judéo-chrétiennes. Ce n’est pas, en effet, un hasard que les jeunes les plus actifs dans le « jihad » sont des descendants de ressortissants des anciens territoires colonisés notamment de l’Afrique du Nord. Le travail de lutte contre les injustices et les inégalités dans tous les pays est un gage important de stabilité et de paix sociale. L’Europe l’a trop longtemps ignoré surtout dans les conflits entre Israël et la Palestine, dans l’envahissement de pays comme l’Irak, la Libye, mais aussi dans la manière de traiter les pays faibles ravalées au simple rang de vassaux ou de territoires de chasse pour parler de la Centrafrique sous Bokassa.

Le terrorisme d’État existe. Il se manifeste de plusieurs manières. Et l’une de ses premières manifestations est le fonctionnement des institutions et du droit international où règne la raison du plus fort comme dans la jungle.
Ces humiliations ont été largement à la base de la naissance de ces mouvements terroristes qui se sont inspirés d’autres comme les brigades rouges dans les années 80 en Europe.

Il est d’autant plus difficile de lutter contre eux que les nouvelles technologies ne sont pas contrôlées sauf dans des pays comme la Chine. L’internet est le lie de l’endoctrinement de ces jeunes qui ne comprennent pas forcement les motivations des leaders des mouvements comme l’État islamique (Daech).
C’est maintenant ou jamais de préparer notre jeunesse à cultiver davantage la tolérance de nature à rejeter tout fondamentalisme d’où qu’il vienne. C’est là ou les enseignants, les prêcheurs, les marabouts, les journalistes et toutes les forces vives doivent mettre la main à la patte sous l’impulsion des pouvoirs publics.

Si nous ne travaillons pas d’ores et déjà à cela, les Djihadistes le feront à notre place. Qu’importe la distance qui les sépare de nous…

Assane Samb

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