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« La morale de l’honneur dans les sociétés Wolof et Hal pulaar traditionnelles… » du Pr Boubacar Ly : Un éclairage sur les relations entre les différentes couches de nos populations*

Boubacar Ly, Professeur Emérite des Universités vient de publier un livre qui arrive à son heure. « La morale de l’honneur dans les sociétés Wolof et Hal Pulaar traditionnelles, une approche des valeurs et de la personnalité culturelle sénégalaises ». Ce travail est l’aboutissement de la réflexion d’un de nos premiers sociologues africains. Il faut avouer que notre génération avait suivi, avec encouragement et enthousiasme, les premiers pas de notre compatriote dans une discipline qui venait à peine de naître, en zone française tout au moins. Chez les Anglo-saxons, c’était quelque peu différent.

A l’époque, le choix du sujet de thèse n’était ni anodin, ni indifférent. Toute démarche devait entrer dans le cadre de la lutte pour rétablir l’Afrique dans sa dignité. Ne fallait-il pas rectifier, corriger les erreurs, ou le parti pris, les dénigrements à l’égard des colonisés, du nègre en général ? Aussi, à l’annonce du travail universitaire de notre ami, nous nous sommes dit, voilà une contribution qui mérite d’être soutenue. Aussi bien à l’époque que bien après, presque rien n’a échappé à notre curiosité, de Cheikh Anta Diop à Yaya Wane, en passant par Assane Sylla, Pathé Diagne, Saliou Kandji, Abdoulaye Bara Diop et autres.

Nous avons tous souhaité la publication des travaux de Boubacar Ly. En lisant ces deux tomes, on se surprend à penser. Quelle perte immense si le résultat de tant d’efforts continuait à dormir dans les tiroirs ! Je ne puis m’empêcher de penser à notre ami commun, Amady Ali Dieng. Il a consacré sa vie à la diffusion du savoir et il a toujours poussé les intellectuels à écrire et surtout à publier. Nous parlions souvent de toutes les contributions que le sous-développement et le manque de soutien empêchaient de paraître en librairie. Un tel ouvrage qui éclaire les relations entre les différentes couches de nos populations plairait bien à Amady Ali Dieng. Lui qui n’avait pour tribu que l’humanité dans ses diverses composantes et manifestations, sous tous les climats.

Pour en revenir à ces deux sociètés Wolof et Hal Pulaar face à leur conception de l’honneur et à leur comportement devant les défis de l’existence, c’est une bonne idée de les étudier ensemble. Comme si par prémonition Boubacar Ly, qui lui est un produit des deux cultures, voulait montrer déjà qu’il n’y avait aucune ligne de démarcation possible entre ces deux entités. C’est d’autant plus intéressant qu’il ne fait que confirmer ce que Cheikh Anta Diop avait affirmé dans ses travaux concernant même des aires géographiques très éloignées les unes des autres en Afrique. Le Pr Boubacar Ly souligne que même des faits culturels que l’on croyait spécifiques aux peuples des savanes se rencontrent en forêt tropicale et en Afrique Australe.

Pour ce qui est de notre région, on pourrait constater que les peuples administrés par l’ancien Ghana ou le Mali d’alors relèvent des mêmes bases culturelles. Il suffit de penser au mythe du python du fleuve exigeant le sacrifice de la jeune fille vierge, la témérité du chevalier s’engageant à la libérer pour mériter sa main. La tradition orale par la transmission d’énigmes, de contes, proverbes, devinettes et sentences se retrouve dans toutes les langues sans aucun changement.

La littérature d’expression française est venue souligner davantage cette similitude. Quand Fily Dabo Sissokho nous parle des Bambaras de Ségou, lorsque Amadou Hampathé Bâ nous renseigne sur les Peuls du Macina ou les Bozos, c’est comme si nous entendions les récits sur les Wolofs face à l’honneur, les Kâ et Sow du Djolof, et les Subabbé du fleuve Sénégal.

En ne négligeant pas l’apport de la littérature écrite en français de la première génération d’auteurs africains, le sociologue a pu souligner que leurs œuvres restent une véritable émanation de leurs sociétés. Ils étaient bien ancrés dans les valeurs du terroir. Birago Diop, Abdoulaye Sadji, Ousmane Socé Diop, Cheikh Hamidou Kane, Seydou Badian, Léopold S. Senghor appartiennent à une génération qui n’a rien ignoré des délices de l’Occident, tout en gardant le goût du tamarin dans la bouche.

Par delà les deux composantes étudiées, le sociologue s’intéresse au comportement d’individus obligés de vivre ensemble, partageant la même cour en tant que locataires dans la grande ville. Alors, il se rend compte que nos valeurs héritées de nos Ancêtres peuvent s’effriter face au modernisme mais elles refusent de céder.

Il en est ainsi de cette coutume venue des villages et qui consiste à s’inviter mutuellement à partager le repas. L’héritage culturel étant commun, pareille harmonie n’est possible que grâce au « Kölléré ». Mot que le français rendrait difficilement. Plus qu’une gratitude, une reconnaissance réciproque, il se fonde sur le respect et l’estime. Les relations sont établies pour toujours. Chrétiens, Musulmans, originaires d’autres coins d’Afrique, aussi bien des Iles du Cap-Vert que de Lomé ou Grand-Bassam, le seul cordon reste cette notion de « Kölléré » enracinée dans chaque cœur.

Les jeunes gagneraient à lire l’œuvre du Pr Boubacar Ly. Ils en tireraient la leçon essentielle reçue des Ancêtres et toujours utile. Ils nous ont dit : « Nit nit ay garabam » (« l’Homme est le remède de l’Homme) et non « Wolof Wolof ay garabam ». Ils posent le doigt sur la racine commune de tous les enfants d’Adam.

*Le titre est de la Rédactiont

Par Cheikh Aliou NDAO; écrivain

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