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Moussa Ngom : « Dans sa posture de musicien, Youssou Ndour est plus puissant qu’un chef d’État »

Petit, affaibli, dur d’oreille, trous de mémoire… La seule chose que le poids des années n’a pas entamé chez Moussa Ngom, c’est bien son sourire et sa ferveur à réunir coûte que coûte le Sénégal et la Gambie. Et peut-être aussi sa philosophie «Baye Fall», qui le fait avancer quand tout concourt à l’éloigner des projecteurs.

Pourquoi vous être retiré en Gambie ?

Je prends de l’âge et j’ai vu qu’il était grand temps que je retourne chez moi pour vieillir auprès des miens. Cela n’empêche qu’à plus de soixante ans, je reste toujours le même artiste fou (sic). Et tant qu’il me restera un souffle de vie, je continuerai à faire de la musique.

En quelle année avez-vous pris cette décision ?

Cela doit remonter à trois ans. Mais je reviens souvent au Sénégal pour rendre visite à mes enfants. Je me définis comme un Sénégambien, une réalité que je vis au quotidien. Voyez par vous-mêmes (il montre les deux chaussures différentes qu’il porte).

A quand remonte votre dernière prestation au Sénégal ?

Cela fait cinq ans que je n’ai pas fait de prestations au Sénégal. J’adore ce pays, pour y avoir vécu pendant des années. Mais nul n’est maître de son destin. Comme on dit : «L’homme propose, Dieu dispose». J’ai envie de faire des choses, mais…

Qu’est-ce qui vous en empêche ?

Je préfère ne pas trop m’épancher là-dessus et laisser le soin aux gens d’analyser mes propos. Je m’étais marié à une Sénégalaise par amour pour ce pays (Ils sont maintenant séparés, Ndlr).

J’étais gravement malade, j’avais même cru que j’allais y passer

Concrètement, pourquoi avoir choisi de vous retirer de la scène musicale sénégalaise ?

Il est très difficile d’évoluer dans le show-biz en Afrique. Les gens ont une autre interprétation de la musique, alors qu’elle est avant tout harmonie et amour. Malheureusement, certains sont prêts à tout pour hypothéquer certaines carrières. Ils sont prompts à créer toutes sortes d’embrouilles pour freiner l’envol de certains musiciens. Mais comme dit l’adage wolof : «Limou saf kiko mathie moko xam». Je ne jette la pierre à personne car je suis un fervent croyant.

En parlant ainsi, évoquez-vous les pratiques peu orthodoxes qu’on soupçonne dans le monde du show-biz sénégalais ?

Ce n’est pas la peine d’entrer dans les détails. Dans cette vie, il y a toujours un fossé entre ce qui se dit et ce qui se fait. Vous savez bien ce dont je parle. L’Afrique est ainsi. Si c’était en Europe, on parlerait d’autre chose car dans ces pays, il y a une saine concurrence.

Avez-vous été victime de ces pratiques que vous dénoncez ?

Bien sûr ! Ils ont fait leur possible pour me nuire, mais même si je n’ai pas atteint le summum, je possède une richesse indéniable : ma foi en Dieu.

A quand remonte votre dernier album ?

Je ne me souviens plus de la date, mais je l’avais enregistré en collaboration avec Alioune Petit Mbaye (ancien promoteur de lutte). J’ai un problème avec les dates et les titres de mes albums (Il réfléchit profondément). J’ai franchement oublié la date, par contre, je sais que j’y avais dédié une chanson à Abdoulaye Wade (ancien Président du Sénégal). J’ai aussi enregistré un single pour le compte de Enda, qui s’intitulait «Afia».

Est-ce que vous continuez toujours à faire des prestations ?

Bien sûr ! Pas plus tard qu’hier (l’entretien s’est déroulé le lundi 22 juin), j’ai presté avec mon orchestre en Gambie et là, nous sommes en partance pour une tournée en Norvège.

Moussa Ngom se produit donc plus souvent dans les festivals européens ?

Oui, je joue souvent en Europe à l’occasion des festivals, mais il fut un temps où j’ai été très malade. J’étais gravement malade, j’avais même cru que j’allais y passer. C’était juste après mon retour en Gambie.

De quoi souffriez-vous ?

D’asthénie (état de faiblesse généralisée). J’étais très épuisé.

Etait-ce la raison de votre retour en Gambie ?

Non, du tout ! Le Sénégal a de bons médecins, mais j’étais parti pour être plus proche de ma famille et de mes enfants. Il y a aussi le fait que je ne me retrouvais plus dans le show-biz sénégalais. J’ai dû faire face à de nombreux coups bas. En fin de compte, j’ai préféré rentrer au bercail.

A quelle sorte de coups bas faites-vous allusion ?

Ce sont des réalités bien africaines que j’évoque. Nous en sommes tous conscients. Du mysticisme, de la méfiance, des coups bas, de la trahison etc. Il y a du tout. Si j’évoluais en Europe, je n’en serais pas là actuellement. Je ne le dis pas pour me vanter, mais c’est la réalité. L’Afrique est un continent plein de mystères. Elle a ses propres réalités.

Quand avez-vous senti que votre musique n’intéressait plus ?

Il n’est pas question d’argent ou de fortune, mais l’essentiel c’est d’y gagner en spiritualité. C’est tout le sens de la chanson, «Artiste dou danou». (Il entonne le refrain de la chanson) : «Artiste dou danou, artiste bou fonké liguey’am, artiste dou danou. Yalla Bour leu, niit ki mbeur leu. Mbeur ya ka diaffé, mbeur appo woul ci beuré, mbeur ya tchi métier. Tchi sa métier ngay done mbeur, sa ndame fegn, ndame bou and ak baneex moy ki doundeule.» C’est cela ma philosophie et c’est ce qui fait que je suis toujours en paix avec moi-même.

Avec tout ce temps de recul, avez-vous confectionné un nouveau répertoire ?

Oui. Je compte d’ailleurs sortir dans les prochains mois un album qui sera enregistré en Europe, mais dont la promotion se fera au Sénégal. Voyez cet album (il montre un album intitulé «Soldar»). Il est sorti il n’y a pas longtemps, mais il n’était pas destiné à la vente. Sur la jaquette de cet album, je suis méconnaissable. J’ai pris de l’embonpoint, parce que je buvais beaucoup de fondé (bouillie de mil). (Fou rire général).

Vous êtes sur le point d’entamer une tournée, alors que vous semblez affaibli ?

Exact ! C’est à cause du Ramadan. Aujourd’hui, je n’ai pas jeûné car j’ai eu une journée chargée (Il venait d’arriver dans la capitale dakaroise, Ndlr). Hier soir (dimanche), j’ai pris un médicament et je ne me suis pas réveillé pour le «kheudd».

«J’étais très fâché contre Youssou Ndour»

Vous dites que le Sénégal et la Gambie sont un et indivisible et pourtant, leurs Présidents peinent à s’entendre ?

Non. Macky Sall et Yaya Jammeh sont des frères.

Croyez-vous à la réunification de la Gambie et du Sénégal ?

C’est mon rêve et c’est tout le sens de mes paires de chaussures différentes. Tant qu’il n’y aura pas cette unité entre le Sénégal et la Gambie, Je ne porterai jamais de chaussures semblables. Et cela jusqu’à la fin de mes jours. Je ne peux pas obliger nos deux peuples à se réunir, mais si cela se produisait, mon plus grand rêve serait réalisé.

Et pourtant, le Président Jammeh se signale souvent par ses sorties au vitriol contre le gouvernement de Macky Sall. La dernière en date remonte au putsch manqué contre son gouvernement, il avait ouvertement accusé le Sénégal d’accord l’asile à ses ennemis…

Je n’ai aucun commentaire à faire sur ce sujet car la politique ne m’intéresse pas.

Comment avez-vous vécu le coup d’Etat manqué en Gambie ?

Yaya Jammeh est un bon chef d’Etat et c’est un fervent croyant. La foi en Dieu est la meilleure assurance pour tout être humain.

Comment voyez-vous l’image négative qu’a le Président Jammeh dans d’autres pays, où il est souvent caricaturé comme un «dictateur» ?

Je n’ai aucune idée à ce propos. «You understand» (Vous me comprenez) ? Je sais juste que Yaya Jammeh est le Président de la Gambie et c’est Dieu qui l’a mis à cette station. Il a changé le visage de la Gambie en construisant de nombreuses infrastructures. La Gambie est sur les rampes du développement. Il a sa propre manière de gouverner.

Quelle relation entretenez-vous avec lui ?

On se voit souvent, on discute. On a des relations très fraternelles. En plus, il est mon cousin à plaisanterie. Il est Diola et moi, je suis Sérère. Il est le père de la Nation gambienne, mais c’est mon petit frère. C’est un homme très ouvert. On raconte beaucoup de choses sur lui, mais Yahya est loin de l’image qu’on en donne.

Est-ce facile pour vous, artistes gambiens, de le rencontrer ?

Oui. Il nous invite souvent au palais et il organise des festivals pour les artistes. A charge pour les artistes d’y participer ou pas. Je ne suis pas du genre à vivre aux crochets d’un politique. Je refuse de mêler vie d’artiste et politique. La musique et la politique sont deux choses différentes. Je suis un artiste, pas un politicien. La politique me dessert plus qu’elle ne me sert. Je prends l’exemple de Fela Kuti (chanteur nigérian) qui, à force de s’acoquiner avec les politiques, était devenu méconnaissable. La musique et la politique n’ont jamais fait bon ménage.

Comment appréciez-vous l’implication de Youssou Ndour dans la chose politique ?

Cela m’avait beaucoup chagriné car la musique a encore besoin de lui. C’est le roi du « mbalakh » et dans sa posture de musicien, il est plus puissant qu’un chef d’Etat. Quand j’ai eu écho de son implication dans la chose politique, j’étais très fâché (sic) contre lui. J’ai envoyé des émissaires auprès de lui, mais je suis sûr qu’ils ne lui ont pas transmis le message. Si j’avais son contact, «Bilahi », j’allais l’appeler pour lui faire part de mon opposition à sa décision, parce que je suis un de ses plus grands fans.

Ne pouvez-vous pas lui dire vous-même ?

Je n’ai jamais l’occasion de le rencontrer. Mes séjours au Sénégal sont souvent très brefs.

«Je ne suis pas fou»

Qui sont vos amis parmi les musiciens sénégalais ?

Je peux citer Souleymane Faye et Cheikh Ndiguel Lô. Et j’aurais aussi appelé Youssou Ndour si j’avais son contact.

Vous vous êtes retiré en Gambie, mais suivez-vous toujours la musique sénégalaise ?

Je n’écoute que cela. Mais la musique, aujourd’hui, est pervertie. Les artistes ne font que déclamer des chansons d’amour, au lieu de véhiculer des messages instructifs. Chanter l’amour, c’est beau, mais cela n’a aucune utilité. Les musiciens passent leur temps à chanter des «Yaye sama chéri boy, sama gnamagno». C’est trop funny (drôle). Il y a tant de choses à dire sur l’Afrique. L’Afrique n’a pas besoin de cela.

Etait-il facile pour vous d’évoluer dans le milieu artistique sénégalais, eu égard à votre statut d’incompris, voire de marginal ?

Ceux qui me considèrent comme un marginal sont les premiers marginaux. Ce sont juste des futilités. Et je prie Dieu pour ne jamais basculer dans la folie. Un fou ne saurait faire de la musique ni tenir un discours cohérent comme je le fais actuellement.

Vous est-il arrivé une fois d’être taxé de fou ?

Oui. C’était l’œuvre de gens aux desseins inavoués. C’était du temps où j’évoluais dans l’orchestre «Guelowar». Un jour, un homme est venu dire à ma mère qu’il m’a vu à la clinique psychiatrique de l’hôpital Fann. Et figurez-vous qu’en ce temps, j’ignorais même où se situait l’hôpital Fann. Je n’ai connu cet hôpital que le jour où j’ai emménagé à Ouakam. Ce sont des choses habituelles qu’on voit dans le milieu du show-biz. Il est arrivé qu’on annonce le décès d’un artiste, alors qu’il était vivant et bien portant. Les gens sont très prompts à vous qualifier de fou s’ils ne vous comprennent pas. La vie est ainsi faite, surtout dans nos communautés africaines. Mais je ne suis pas fou.

Comment viviez-vous cela ?

Du moment que je n’étais pas fou, cela me faisait rire. J’ai toujours démystifié ce genre de propos. Je n’en ai jamais tenu rigueur à qui que ce soit. Je n’ai foi qu’en Allah. Il est mon refuge.

«Circulation Lamp Fall» a été classé meilleure vente»

Avez-vous été une fois victime d’arnaque de la part de producteurs ?

Plusieurs fois. Pour ce qui concerne l’album «Circulation Lampe Fall», qui était la meilleure vente en Afrique de l’Ouest, j’ai été victime d’une grosse arnaque. L’album a été produit par Talla Diagne et son frère. Il s’est vendu pendant des années et je n’ai gagné que 1million 500 000Fcfa. «Circulation Lamp Fall» a été entièrement réalisée avec des instruments bien de chez nous. J’ai loué l’orchestre national Daniel Sorano pour les chœurs et la musique. Il m’arrivait d’ailleurs souvent de débourser pour m’offrir les services de l’orchestre. Je n’en faisais pas grand cas, parce que je mettais cela sur le compte du triomphe de l’Afrique toute entière. Le producteur m’a donc dit n’avoir réalisé que 2000 exemplaires de la chanson. Or, il est avéré qu’il l’a vendu des années durant, je me souviens encore avoir vu des caisses d’exemplaires en vente en 1997. C’était l’année du combat de lutte entre Moustapha Guèye et Tyson (première rencontre), je me trouvais alors à New York aux Etats unis chez un épicier sénégalais.

Vous n’avez pas cherché à ce que justice soit faite ?

Je l’ai plusieurs fois invité à la discussion, mais les gens ne craignent plus rien lorsqu’il s’agit d’argent. Et je ne vous parle pas forcément de gens incultes, mais bien de ceux qui ont étudié le Coran. Ils savent très bien les châtiments qu’ils encourent, mais dès lors qu’il s’agit d’argent, ils deviennent amnésiques. Alors, il faut laisser du temps au temps, parce que Dieu réglera leurs comptes à tous ces gens.

Combien deviez-vous vraiment empocher suite aux ventes de cet album ?

Si je l’avais produit moi-même… (Il ne termine pas sa phrase). Ce single a été classé meilleure vente quand même ! Je n’avais malheureusement pas les moyens de m’offrir mon indépendance. C’est Talla (Talla Diagne, ancienne gloire de la production, Ndlr) qui m’avait proposé la production, je me promenais alors dans les ruelles du marché Sandaga. Si j’avais les moyens, je n’aurais pas accepté. (Il marmonne quelque chose dans sa barbe avant de rouspéter).

«La musique se trouve quelque part dans le cœur, où seul Dieu a une place»

Jusqu’où vous a mené votre passion pour la musique ?

La musique a été le chemin qui m’a mené vers le Tout-Puissant.

Et pourtant, la religion n’admet pas la musique ?

Non ! La musique se trouve quelque part dans le cœur, où seul Dieu a une place. Jamais la musique ne m’a éloigné de mes devoirs religieux. Je prie, je jeûne…

Un «Baye Fall» qui jeûne ?

Un «Baye Fall» reste soumis à Dieu. Accomplir les actes d’adoration est alors comme un bonus. Cheikh Ibra Fall accomplissait la prière, je ne vois pas pourquoi nous ne le ferions pas. Je ne vais pas trop m’avancer dans cette polémique, je clos en disant qu’être «Baye Fall» c’est avant tout une voie. J’ai emprunté cette voie et j’en suis à l’accomplissement, raison pour laquelle je ne badine pas avec la prière. J’ai appelé une de mes filles Mame Cheikh Ibra Fall, une autre porte le nom de mon marabout, Serigne Afia Mbacké. Mes garçons portent aussi des noms mourides. Juste pour vous montrer mon degré de «Baye Fall». On n’en a jamais assez d’aller à la rencontre du Seigneur.

Revenons à la musique, vous a-t-elle permis de vivre décemment ?

L’argent n’est pas important. Je suis un musicien, je ne vis que pour la musique. Je n’ai pas d’autre métier dans la vie. Regardez comme mes mains sont petites. Enfant, je m’étais essayé à la mécanique. L’apprentissage a duré 5 ans et au final, je n’ai rien appris d’autre qu’à serrer et desserrer. «To be factuel*» (Dans les faits*), je suis né pour faire de la musique.

Comment vivez-vous en Gambie ?

Je loge ma famille dans ma maison, mais je suis en train d’en construire une autre. Peu importe, puisque seule compte la dernière demeure. La vie n’est qu’un battement d’ailes.

«Nos ancêtres avaient le savoir, mais ils l’utilisaient à mauvais escient. Leur savoir ne servait qu’à faire le mal»

Votre fils, Youssoupha, prend la relève. L’accompagnez-vous dans ce chemin ?

On joue ensemble dans le même groupe et je pense effectivement qu’il est la relève, mais il n’est pas le seul à suivre mes pas. Toute la maisonnée pousse la chansonnette et taquine les instruments de musique. Ils font leur bonhomme de chemin. Je les incite à ne pas se presser, à laisser les choses mûrir.

Vous dites avoir été victime de votre ignorance. Les conscientisez-vous pour que pareille chose ne leur arrive ?

Ils sont bien plus éveillés que moi. Ils ne badinent pas avec l’argent. (Rires). Mon benjamin par exemple, est mon manager.

Vous partez en tournée en Norvège. Combien de temps comptez-vous y rester ?

Pas longtemps. Je déteste durer en Occident, je ne suis jamais resté plus de 7 mois. Je fais attention à ne pas m’éterniser dans une population qui me fera perdre ma culture. Je considère l’Occident comme une source où on peut aller puiser quand on en a besoin et repartir aussitôt.

A vous entendre, vous êtes contre l’émigration ?

Les jeunes veulent rallier l’Europe, au péril de leur vie… C’est de l’ignorance pure et dure, c’est de la folie. Ils sont fous. Les jeunes sont pressés. Ce sujet fait d’ailleurs l’objet d’une de mes chansons, intitulée «Gaalgui dém na guedj». «Boudoul won’ak tayal/Plane dou ma nawal/Kon ma liguéy lou geune magg avion/Lékét momay nawal/Té douma fay ab deureum…» Nos ancêtres avaient le savoir, mais ils l’utilisaient à mauvais escient. Leur savoir ne servait qu’à faire le mal. «Danio yagg crazy (Ils ont toujours été fous)». Et maintenant, leurs descendants se tuent en mer pour rallier l’Europe. Quel gâchis !

«Tout le monde fondait de grands espoirs sur ma collaboration avec le «Super Diamono»»

Où êtes-vous né ?

Je suis de Fatoto en Gambie. Mon père était un commerçant, il était dans le négoce de l’arachide. Je suis issu d’une très grande famille.

A quand date votre première rencontre avec le Sénégal ?

(Surpris). Je suis d’ici, du Sénégal. Un de mes oncles était établi à Kaolack et je venais souvent lui rendre visite, alors que je n’étais qu’un enfant. Aucun Sénégalais ne pourra dire qu’il n’a pas de parent en Gambie et vice versa. Cela relève de Dieu. J’ai passé toutes mes vacances scolaires au Sénégal.

Quand avez-vous décidé de quitter l’école pour la musique ?

J’ai été jusqu’au collège. A l’époque, c’était déjà poussé comme études. J’ai attendu d’avoir mon diplôme pour quitter l’école, j’ai alors décidé de faire de la mécanique. Comme je n’y connaissais rien, j’ai répondu à l’appel de la musique. Ma toute première chanson était un hommage à ce choix. «Yalla bakhna ci bo khamé may’ém/Wayé dalay sétaan bo khébé may’ém». C’est une chanson que j’ai d’ailleurs décidé de remixer.

Oui mais vous n’avez pas choisi la musique au hasard ?

Enfant, j’avais un penchant pour les « kassak » (Cérémonie pour les circoncis au cours de laquelle sont déclamés des chants en leur honneur, Ndlr). Cela ne m’a jamais quitté d’ailleurs, parce que vous ne trouverez pas meilleur chanteur de « kassak » que moi. Jusqu’à présent, les gens louent mes services lors de « kassak ». C’est notre culture, c’est une école, elle ne doit pas se perdre.

Pourquoi choisir de vous produire au Sénégal plutôt qu’en Gambie ?

On ne peut évoquer le concept «Sénégambie» sans parler de Moussa Ngom. Je suis de ceux qui ont fait la «Sénégambie. Je le vis et jusqu’à présent, je ne porte que des chaussures dépareillées, symbole de mon attachement aux deux pays. Je suis venu naturellement au Sénégal. En Gambie, j’étais dans un groupe qui s’appelait «Sangomar», lorsqu’il a éclaté, j’ai été récupéré par «Guélewar», toujours en Gambie. Et enfin, j’ai intégré le «Super Diamono».

Comment s’est faite la rencontre avec le «Super Diamono» ?

Ils étaient mes amis et effectuaient de fréquentes tournées en Gambie. Ils sont venus me chercher à la suite du départ de Ismaëla Lô. Je devais aller en studio avec «Guélewar», ce qui ne s’est jamais fait, parce qu’il y avait quelques petits problèmes et j’ai finalement décidé de rejoindre le «Super Diamono». Omar Pène, Lappa Diagne, Bab Sène… Ils étaient tous mes amis.

Pourquoi les avoir quittés alors ?

Cela devait arriver. C’était le moment de quitter le groupe.

Mais encore ?

Ce n’est pas ce que vous pensez. On ne s’est pas disputé. J’ai été victime d’un acte de malveillance. Un ami en qui j’avais une confiance aveugle, m’a fait signer un contrat… (Hésitant). Je ne veux pas réveiller de mauvais souvenirs, on m’a forcé à quitter le «Super Diamono».

Forcé ? Qui ?

Je ne veux pas en parler… Je parlais tantôt d’une connaissance utilisée à mauvais escient, les Africains baignent dans ça depuis longtemps. (Rires de mépris). C’est hallucinant jusqu’où les gens sont prêts à aller pour te combattre. Le gars qui m’a fait cela a pris tout son temps pour faire légaliser le contrat et l’a légalisé sans moi, qui étais le signataire.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’ai signé, sans le savoir, un contrat qui me mettait sur la touche pour trois ans. J’étais au «Super Diamono» et ce contrat me défendait de monter sur scène pour trois ans. Autant dire qu’il a voulu me tuer artistiquement.

N’aviez-vous pas pris connaissance des termes du contrat avant de signer ?

J’ai signé sans faire attention, c’était mon ami et j’avais une confiance aveugle en lui. Jamais je n’aurais imaginé qu’il pouvait me faire cela. Je ne devais jouer nulle part pendant trois ans. (Rires). J’en ai vu des choses ! J’essaie d’oublier et d’avancer, c’est tout ce qui importe.

Comment aviez-vous découvert la supercherie ?

Je devais jouer lorsqu’on m’a dit que je ne pouvais pas, en me mettant ce contrat sous les yeux. Je suis parti voir illico Me Boucounta Diallo, mon avocat à l’époque, El Hadj Diouf aussi était mon avocat. Me Diallo m’a confirmé la chose.

Pourquoi vous avoir fait ça ? Aviez-vous des problèmes avec lui ?

Peut-être pour me faire sortir de «Super Diamono», je ne sais pas. A l’époque, tout le monde fondait de grands espoirs sur ma collaboration avec le groupe. Je m’en suis remis à Dieu. C’est du passé et je ne gagne rien à revenir là-dessus.

Qu’avez-vous fait durant tout ce temps passé sans pouvoir jouer nulle part ?

Cela s’est passé en 1988, je suis resté dans mon coin à composer des chansons. En 1995, j’ai mis sur le marché «Circulation Lamp Fall», qui a fait un tabac et qui m’a rendu populaire. J’ai ensuite sorti «Wa ndama». Mes cassettes sont toujours vendues.

Ce n’est pas l’impression qu’on a pourtant ?

Parce que vous êtes méchants. (Rires)

L’Obs

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