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N.C.S. 14 ANS «Ma mère m’offrait à un homme en échange de 20.000F.Cfa»

La vie ne lui a pas fait de cadeaux. A seulement, 14 ans, N.C.S. porte tous les maux du monde. Son seul tort ? Être la fille d’une mère indigne. Sans état d’âme, elle lui faisait subir les assauts répétés d’un homme en contrepartie de la somme de 20.000 FCFA. La fille est gagnée par une infection vaginale qui lui fait pisser du sang. Le récit est poignant. Voire invraisemblable.

«Je m’appelle N.C. S. Je suis née dans la communauté rurale de Pire, dans le département de Tivaouane. J’ai 14 ans. Depuis ma naissance, je n’ai jamais été déclarée. Je n’ai jamais fréquenté l’école française et coranique. Mon père est décédé alors que j’étais encore bébé. Ma mère s’est remariée avec l’imam du quartier. En allant rejoindre son domicile conjugal, elle m’a confié à sa grande sœur qui vivait à Thiès. Elle venait tout juste de me sevrer. J’ai vécu avec ma tante des années durant. Une fois que je suis sortie de l’enfance, elle a commencé à me maltraiter. Elle m’obligeait à faire toutes les tâches ménagères et me battait en plus de cela. Ce fut ainsi pendant plusieurs années. Ne pouvant plus supporter cette vie de misère, je m’en suis ouverte à ma mère qui est venue me chercher pour me ramener à Pire où elle vivait avec mon grand-frère et les enfants qu’elle avait eus avec son mari. Entre temps, l’iman lui avait trouvé une maison à elle seule puisqu’elle passait son temps à se crêper les chignons avec ses coépouses. Lorsqu’elle m’a reprise avec elle, au début tout se passait bien. Je m’acquittais des travaux ménagers et j’allais vendre de l’eau. C’était dur pour moi, mais j’arrivais à le supporter.

«Ma mère assistait à la scène avec une cravache pour me dissuader de fuir»

Toutefois, elle a poussé le bouchon trop loin. Elle est allée jusqu’à me pousser à coucher avec un homme en contrepartie d’une somme d’argent allant entre 20.000 et 25.000 FCFA. L’homme en question était un commerçant établi au marché de Pire où il vendait des cordes pour attacher des bœufs. Il venait d’un autre village et s’appelait Modou. Il n’était pas sain d’esprit. Il était un peu âgé. Ma mère attendait à chaque fois que mes frères soient à l’école pour l’inviter. Alors, le monsieur s’installait confortablement dans la chambre, avant de se déshabiller. Ma mère m’ordonnait ensuite d’en faire de même et de me coucher sur le lit. Devant mon refus, elle se mettait à me frapper avec un fil électronique. Parfois, elle restait même dans la chambre et assistait à la scène avec sa cravache à la main, pour me dissuader de me débattre ou de fuir. L’homme couchait ainsi avec moi. Il répétait à plusieurs reprises cet exercice, pendant près d’une heure, quelquefois sans préservatifs. La première fois, j’ai eu très mal. Je ne sentais plus mes jambes et je saignais. C’est ma mère qui a pris le soin de laver les draps maculés de sang. Elle a vu que je n’étais pas bien, mais cela ne lui a fait ni chaud ni froid. J’ai même fini par tomber malade. Malgré mon état, elle continuait à me faire faire les tâches ménagères. Pire, deux jours après, il est revenu à la charge, alors que je ne m’étais même pas encore remise de l’atrocité de l’avant-veille. Avec l’aval de ma maman, il a encore remis ça. Par la suite, c’est devenu une habitude. Il venait trois à quatre fois dans la semaine à la maison pour assouvir sa libido. J’avais mal, mais j’encaissais malgré moi. En silence.

«Elle m’a menacé de mort»

Quelquefois, je n’en pouvais plus. Je fuyais chez un de mes oncles à Thiès et ma mère revenait me chercher tout le temps. Je n’osais pas raconter ce qu’elle me faisait subir car elle avait proféré des menaces de mort à mon endroit. Il en fut ainsi pendant plusieurs mois. Je subissais les assauts répétés de tonton Modou. J’ai commencé à avoir des maux de ventre atroces. J’avais des picotements au sexe et de petits saignements. J’ai donc pris conscience que ma santé commençait à se fragiliser et j’ai décidé de fuir chez une dame qui travaille au tribunal de Tivaouane. Je l’ai connu quelque temps auparavant, parce qu’elle nous avait convoqué ma mère et moi. Quelqu’un s’était plaint anonymement du fait que ma mère me battait souvent. Cette même dame avait demandé à ma mère de ne plus me frapper, mais elle n’en fit rien. Lorsque je suis allée chez elle, je lui ai raconté jusque dans les moindres détails ce que ma maman me faisait faire. Elle m’a demandé si j’avais des parents à Thiès, je lui ai répondu que oui et elle m’a donné de l’argent et ses numéros de téléphone. Par la suite, elle m’a fait savoir qu’elle allait s’occuper de l’affaire. Je suis donc allée à Madina Fall, chez le frère de même père que ma mère, celui chez qui j’avais l’habitude d’aller à chaque fois que je fuguais de la maison. Quand je lui expliqué la situation, il m’a tout simplement demandé de vider sa maison et de ne plus jamais y mettre les pieds.

«J’ai des maux de ventre atroces et je pisse du sang»

Je me suis résignée à aller chez une autre dame, une responsable politique du Pds, qui habite une maison mitoyenne à celle de mon oncle maternel. Celle-ci au courant de ce qui m’arrivait m’a prêté une oreille attentive. Elle m’a conduite le lendemain dans un organisme où on défend les droits humains. A ces derniers, j’ai expliqué ma situation. Ils ont demandé à ma bienfaitrice de me garder avec elle, jusqu’à ce qu’ils puissent me trouver un foyer d’accueil. Ce qu’elle fit quelque temps, mais par la suite, elle a dû me confier à une autre femme, une enseignante. Depuis le mois de Ramadan, je suis chez elle. Cette bonne dame a bien voulu prendre soin de moi. Elle a entrepris plusieurs démarches au niveau du tribunal, mais tout est resté sans suite. Elle m’a également amené à l’hôpital pour des consultations. On lui a fait savoir que j’avais perdu ma virginité depuis belle lurette, alors que je n’ai jamais vu mes règles. Les médecins ont aussi dit que je souffrais d’une grave infection qu’il fallait déterminer à partir d’analyses (Sdu et Sérologie) que je n’ai pas pu faire jusqu’ici, faute de moyens. J’avais aussi une ordonnance que je n’ai pas pu me payer. Mes parents m’ont tourné le dos. Ce sont des étrangers qui tentent tant bien que mal de m’aider, l’une d’elle m’a offert des habits.

Ce que je souhaite, c’est me soigner au plus vite, car j’ai très mal. Parfois, il m’arrive de pisser du sang. Je n’ai jamais compris pourquoi ma mère me faisait subir de pareilles atrocités, étant donné que nous ne manquions de rien. On mangeait et buvait à satiété. Même si je lui en veux beaucoup, je n’aimerais pas la voir en détention. Tout ce que j’espère, c’est de pouvoir sortir de cette situation. Qu’on ne me laisse plus vivre avec ma mère, près de mon bourreau… Je veux qu’elle ne m’approche plus jamais…»

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

L’Obs

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