24 octobre, 2014
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Ndèye Coumba Diaw, 75 ans, victime d’escroquerie «comment j’ai été abusée et délestée de mon terrain par des ouvriers que je voulais aider»

Ndèye Coumba Diaw, 75 ans, victime d’escroquerie «comment j’ai été abusée et délestée de mon terrain par des ouvriers que je voulais aider»

Ndèye Coumba Diaw, 75 ans, ne sait plus où donner de la tête. Elle qui pensait bien faire, lorsqu’elle a prêté son terrain de Keur Massar (Dakar) à un nommé Cheikh Tidiane Dieng. Lequel s’est arrogé le droit d’y construire sa maison. Malgré une décision de justice qui lui est favorable en 2006, ordonnant à Cheikh Tidiane Dieng de quitter les lieux. La vieille dame n’arrive toujours pas à recouvrer son bien. Malgré les injonctions des gendarmes et un huissier accusé de faire du dilatoire.

L’histoire. On est en 1994. Ndèye Coumba Diaw vendeuse dégourdie et volontaire, gagne sa vie dans le commerce du sel. Elle possède un terrain à Keur Massar qui lui sert d’entrepôt. À l’époque, cette localité de la banlieue dakaroise est squattée par une kyrielle d’ouvriers installés de façon anarchique sur les lieux. Un beau jour, un mécanicien qui exerçait à Keur Massar lui demande de l’aider pour qu’il occupe une partie de son entrepôt. Sans hésiter, et animée d’un devoir d’assistance, la dame Ndèye Coumba Diaw consent à lui céder une partie de son terrain. «Ce terrain m’avait été offert par mon père, je l’utilisais comme entrepôt pour mon commerce de sel. C’est dans la même époque que Cheikh Tidiane Dieng (mécanicien) m’a sollicitée pour que je lui prête une portion de mon terrain afin qu’il exerce son métier», dit la vieille dame, assise sur un petit lit en bois dans son domicile à Grand-Yoff (Dakar). Aujourd’hui, cette septuagénaire à la santé fragile attend de récupérer son terrain sur lequel le mécanicien a construit 2 chambres et en a légué une partie à un mouleur du nom de Modou Ngom. «Je suis partie directement voir le préfet de Pikine en 1994, qui a mentionné dans une lettre adressée au commandant de la brigade de gendarmerie de Thiaroye que je faisais partie des personnes recensées, avec le lot numéro 14, page 33 du rapport de la commission en date du 21 juillet 1988. Depuis 1994, je cours derrière ce terrain. Cheikh.T. Dieng et Modou Ngom n’ont pas bougé d’un iota. Pis, ils ont érigé sur ma parcelle deux étages et habitent avec leurs familles respectives. Je suis allé partout pour récupérer mon terrain, un vain. Un jour, devant le préfet, ils ont proféré des menaces contre ma personne. Même si tu gagnes, jamais tu ne vas bénéficier de ce terrain», m’ont-ils dit. J’ai pris plus de cinq (5) avocats et chaque fois ils finissent par m’abandonner. Cependant, la situation s’est décantée en 2006, avec les 2 derniers avocats, qui ont fait avancer les choses», lâche Ndèye Coumba Diaw.

Le tournant. En 2006, l’affaire était déjà au tribunal régional de Dakar, Me B. Diouf et Me C. Faye obtiennent gain de cause devant la barre. Depuis 2006, les constructions de C. T. Dieng et M. Ngom devaient être démolies. «Me C. Faye nous a vraiment beaucoup aidés. Et Me C. Faye nous a mis en rapport avec l’huissier Me Djiby Diatta, qui serait le président de l’association des huissiers du Sénégal. Celui-ci nous a réclamé la somme de 1 750 000 FCfa. J’ai vendu beaucoup de mes biens pour collecter la somme, dont 1 million lui a été remis», explique la mémé. Assise aux côtés de sa mère, Khady Diallo, architecte, avec plus de 17 ans d’expérience, dit avoir abandonné son métier, «parce que ma mère n’arrive plus à aller à la boutique, a fortiori faire des déplacements chez le huissier, au 29 Bis rue Gras Land X Valmy.» Elle raconte à son tour : «C’est moi-même qui ai remis le million FCfa le 7 Janvier 2011 à l’huissier, qui nous a promis qu’il allait déposer une lettre auprès de la gendarmerie pour accélérer les choses», avise Khady Diallo. Entre-temps, les années passent. En 2012, Cheikh Tidiane Dieng et Modou Ngom ont fait appel au tribunal régional hors classe de Dakar. Sans succès.

L’injustice. La fille de la vieille dame, Khady Diallo, est meurtrie par «l’injustice» dont est victime sa mère. La voix tremblotant de colère, elle dit : «Lorsque je suis repartie voir l’huissier pour demander l’état du dossier, il m’a dit qu’il a déposé une lettre à la brigade de gendarmerie de Keur Massar. Après vérification, j’ai su qu’il nous menait en bateau. Alors, j’y suis retournée pour le lui faire savoir. Ensuite, il m’a mise en rapport, avec un de ses clercs. Puis, il m’a fait attendre dans le bureau toute une journée. C’est au troisième jour que nous avons eu satisfaction, vers 21h dans la soirée à la brigade de gendarmerie de Keur Massar. C’est récemment, le 10 mai 2013, 3 jours avant l’expulsion, que l’huissier, Djiby Diatta, nous a demandé les 500 000 FCfa restants. Comme convenu, la somme lui a été remise par le biais d’un intermédiaire. Mais nous ne pouvons toujours pas récupérer notre terrain. Ce que ma mère subit est injuste. Car le jour de l’expulsion, l’huissier, Me Djiby Diatta, ne s’est pas présenté et des gendarmes nous ont appelés pour nous signifier qu’ils n’attendaient que lui», se plaint Khady Diallo, le regard assombri de tristesse.

La version de Me Djiby Diatta, huissier de justice

«Je n’attends que la gendarmerie pour les déloger…»

«Un week-end, je ne me souviens plus de la date, on m’avait appelé pour me dire de venir mardi. Le dimanche, le commandant de la gendarmerie de Keur Massar m’avait appelé pour me dire qu’il consignait et se désolait, parce qu’il doit aller veiller au déguerpissement de marchands ambulants. Il nous avait rappelés la semaine suivante, mais j’étais en voyage et je suis revenu avant-hier (lundi). J’ai quitté Dakar le 17 mai. Je ne pense pas que mes clercs puissent faire le travail en mon absence. Le commandant de la Brigade de gendarmerie était au courant de mon voyage. J’attends que la Brigade de Keur Massar nous fixe une date, puisque c’est elle qui prévoit le groupe de 75 hommes, pour l’expulsion. C’est la famille qui a payé la gendarmerie. Je suis au même niveau d’informations que la famille de Ndèye Coumba Diaw.»

L’Observateur