Accueil / ECONOMIE / Nigéria- l’insécurité grandit mais les pétroliers restent

Nigéria- l’insécurité grandit mais les pétroliers restent

Les compagnies pétrolières internationales comptent bien rester au Nigeria malgré la multiplication des enlèvements de leurs employés, pour continuer à profiter des lucratives perspectives offertes par le premier producteur africain d’or noir.

Source : Jeune Afrique
« La situation est préoccupante mais l’avenir du pays est prometteur avec des perspectives sans limites », résumait récemment un haut dirigeant de Total, Yves-Louis Darricarrère.

Depuis un an et demi, les pétroliers anglo-néerlandais Shell, américains Chevron et ExxonMobil, français Total et italien Agip (Eni) sont la cible d’attaques menées par des militants séparatistes ou de simples groupes armés, notamment dans le Delta du Niger (sud-est), riche en pétrole.

Près de 200 expatriés ont été enlevés au Nigeria depuis janvier 2006. Les militants armés réclament un meilleur partage des bénéfices de la manne pétrolière.

Ces violences ont pesé sur la production pétrolière nigériane, qui a été amputée d’un quart depuis janvier 2006. Le Nigeria est le douzième plus grand producteur d’or noir au monde, avec 2,44 millions de barils par jour.

Selon Leo Drollas, économiste en chef du cabinet Centre for Global Energy Studies (CGES), « ce qui a changé, c’est que les violences ne concernent plus seulement les installations à terre. Elles ont touché aussi des plateformes offshore ».

En mai, Chevron, troisième opérateur au Nigeria (360.000 barils par jour) a été contraint d’arrêter temporairement la production de 15.000 barils venant d’un de ses gisements en mer après l’enlèvement de quatre Italiens, d’un Américain et d’un Croate. Les cinq hommes avaient été libérés peu après.

Chez ExxonMobil, deuxième producteur (650.000 bep/j), on assure que la sécurité des salariés et des installations est « une priorité ».

Plus important opérateur au Nigeria, Shell a produit 924.000 barils par jour en 2005 mais seulement 658.000 en 2006. Ces difficultés ne le font pas partir. « Nous avons de grands projets en cours dans le pays et nous continuons à y investir », explique un porte-parole du groupe.

Shell reste toutefois attentif à la sécurité de ses expatriés, qu’il a rapatriés en partie en décembre et auxquels il recommande de s’installer à Lagos (sud-ouest) plutôt qu’à Port-Harcourt.

Le groupe souligne aussi que la proportion d’expatriés est « très faible ». Comme Total, Shell a privilégié l’emploi de salariés locaux. « C’est plus facile pour se faire accepter de la population », explique aussi une porte-parole de Total, qui compte 900 locaux parmi ses 1.200 salariés au Nigeria.

Face aux critiques des populations du Delta, Shell affirme que la part de profits des compagnies pétrolières reste très faible. « L’Etat nigerian touche 95% des revenus, nous nous partageons, avec Total et Agip, seulement 5% des profits », précise son porte-parole, en demandant « au gouvernement nigerian de résoudre ce problème » de sécurité.

Total non plus ne prévoit pas de réduire ses activités au Nigeria, où sa filiale est la troisième plus importante du groupe, avec 242.000 barils par jour en 2006.

L’italien Eni a réduit sa présence humaine au minimum depuis novembre mais pour lui « la réduction du nombre d’expatriés ne signifie pas une réduction de l’activité ». A moyen terme, Eni veut d’ailleurs porter sa production à 200.000 barils par jour, contre 150.000 en 2006.

« N’importe quelle activité pétrolière dans le monde, quel qu’en soit le coût, demeure extrêmement profitable, parce que ces activités ont été lancées quand le baril de pétrole ne valait que 25 dollars », souligne Fadel Gheit, analyste chez Oppenheimer. Le baril vaut aujourd’hui environ plus de 70 dollars.


À voir aussi

Wari ouvre son capital aux banques

Wari souhaiterait procéder à une ouverture de son capital à des investisseurs institutionnels (banques et …

Bourses universitaires : Ecobank et la direction des bourses épinglés

La direction des bourses et Ecobank, la banque attributaire du paiement de bourses aux étudiants …