Accueil / Confidences / « Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 4 (Par Petit Gueye) Le discours politique, les partis politiques au Sénégal, métaphores et violences en politique, spiritualité politique et citoyenne, division dans le champs politique, Alligators de la politique, pratique étourdie de la démocratie

« Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 4 (Par Petit Gueye) Le discours politique, les partis politiques au Sénégal, métaphores et violences en politique, spiritualité politique et citoyenne, division dans le champs politique, Alligators de la politique, pratique étourdie de la démocratie

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L’ouverture démocratique a été salutaire, le Sénégal a longtemps été cité en exemple. Aujourd’hui, cette ou- verture est en train de produire les effets contraires avec  272 partis politiques. Il est devenu urgent d’organiser des élections de représentativité des partis. Que ceux qui auront moins de 1% de l’électorat soient simplement dissous. Nous devons assainir le champ politique et permettre, à ceux qui ont un vrai projet de société com- pris et accepté par les populations, de s’exprimer et de compétir aux suffrages de manière saine. Les membres des partis politiques, futurs leaders, doivent être formés en leadership politique pour pouvoir incarner les chan- gements qu’ils proposent eux-mêmes aux populations ;Gandhi disait :«Incarnez le changement que vous voulez voir émerger ». Il est de la responsabilité des élites politiques et des intellectuels de recadrer tout cela. Le leadership politique doit être incarné par des hommes et des femmes imbus des valeurs de travail, de service et de sacerdoce. Les auteurs du leadership transformationnel basé sur les sciences de l’être (ontologie) comme Werner Erhard, sont unanimes et proposent 4 signes distinctifs fondamen- taux du leader : L’intégrité, l’authenticité, l’engagement à plus grand que soi et la responsabilité. L’intégrité est une manière d’être en complétude avec soi-même. Elle suscite la confiance des populations en leur leader ; quand quelqu’un est intègre, il ou elle respecte sa

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parole ; les gens parlent en bien de lui et le respectent ; les enfants veulent lui ressembler quand ils seront grands.
L’intégrité est une manière d’être en complétude avec soi-même. L’authenticité est la qualité de ce qui est pur, vrai.
C’est une vertu à travers laquelle un individu exprime avec sincérité et engagement ce qui est en lui profondé-ment, qui, il est vraiment. Lorsque vous êtes authentique vous vivez et agissez de la manière dont vous voulez que les gens vous perçoivent. Lorsqu’un leader est authentique, il est solidement ancré dans des valeurs et des principes etil est capable d’être direct sans utiliser la force. L’engagement à un but plus grand que soi : ici le leader a une vision exaltante de l’avenir ; un engagement inconditionnel pour la réalisation de sa vision à travers une direction bien tracée. L’engagement du leader va au-delà de sa propre personne, au-delà de ses intérêts, au-delà des gains et bénéfices immédiats que lui offre sa position. Il vit dans le futur tout en étant ancré au présent ; il travaille à construire un meilleur avenir pour les générations futures ; il est persévérant lorsque le chemin est long et difficile. Le travail et les résultats meilleurs sont sa source de foi, de plénitude et de satisfaction. La responsabilité dans l’action : le leader est toujours en cause et est maître dans tout ce qui concerne sa vie et celle de la société. Il agit en fonction de son engagement ; ses actions se font avec hauteur et grandeur. Il arrête de

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blâmer les autres pour ce qui ne va pas. Il assume la respon- sabilité de tout avec un grand « T ». Il crée les circons tances et les relations dont il a besoin pour la réussite de ses projets. Ces quatre principes nécessitent une compétence dans l’intelligence émotionnelle. La décision de vivre dans le futur rend le présent exaltant, élimine les sources de conflit. Le leader travaille avec chacun et tout le monde dans ce qu’ils peuvent apporter de meilleur dans l’œuvre de construction du futur. Chaque personne est bonté, a de la noblesse et de la grandeur en elle. Nous avons tous besoin de réussir et de faire de la différence dans notre propre vie et dans celle des autres.

14. LE DISCOURS POLITIQUE

« Wérente37, daggasante38, tiiñalante39, jiiñante40, sossa- lanté41, yaq der42 », justification de l’inaction et du manque de progrès. On ne peut pas construire le futur comme cela. Les raisons sont multiples, car ceux qui font les shows et animent l’espace public médiatique ne se sont pas préparés pour assouvir leur aspiration ; ils font comme ils peuvent, en fonction du discours qu’ils croient va prospérer, et de leur propre interprétation de ce que veulent entendre les Sénéga- lais. Mails ils se trompent, nos compatriotes ont soif d’une

37 Discussion stérile sans écoute mutuelle
38 idem
39 idem
40 Accusation mutuelle
41 Accusation fausse
42 Entacher la réputation de l’autre

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nouvelle offre politique articulée dans un nouveau discours responsable, un discours mesuré de paix, de propositions
orientées vers la production de résultats tangibles dans la qualité de vie des gens et le cadre de vie. Une autre raison
est que la nature a horreur du vide. Les philosophes, les ingénieurs, les juristes, les mathématiciens et autres intellec-
tuels ont déserté le champ public médiatique. Certains d’entre eux sont déprimés et découragés, ne pensent plus et
n’écrivent plus ; on les retrouve souvent dans quelques bars proches de l’université Cheikh Anta Diop entrain de con-
sumer avec nostalgie, ce qui leur reste de leur brillance céré- brale en perdition. D’autres, malheureusement, sont subju- gués, par l’opulence du pouvoir avec lequel ils ont collaboré ou continuent de collaborer ; sans s’en rendre compte, leur intelligence est devenue servile ; ils passent leur temps à défendre le Roi et à louer sa magnanimité – le Roi est sur- doué. D’autres sont aigris, critiquent, essaient de jeter le sable dans le couscous du Roi. A force de préparer et d’organiser les marches de protestation, de crier dans les rues et les médias, et d’en découdre avec les policiers, ils sont devenus austères, routiniers et colériques. J’allais oublier les autres intellectuels endoctrinés dans les idées de gauche en stagnation depuis la chute du mur de Berlin. Chez eux aussi, l’incapacité à se réinventer, à créer et/ou s’ouvrir à de nou- velles idées et de nouvelles trajectoires, les a rendus taciturnes et amorphes. Certains d’entre eux, pieds et poings liés ont rejoint la table du Roi de droite qu’il vouait jadis aux gémo- nies. Il n’y a pas pire qu’un intellectuel, un penseur qui a perdu son inspiration pour penser et rêver le futur.

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15. LES PARTIS POLITIQUES AU SENEGAL
Nos partis politiques ont été déterminants pour l’avancée démocratique au Sénégal. Il faut leur rendre hommage pour les luttes historiques pour le multipartisme, des élections apai-sées et transparentes, le code électoral et un processus con- sensuels. Ils continuent aussi à jouer un rôle majeur pour le respect des libertés, des droits humains, de l’état de droit, de la constitution et l’émergence d’une justice équitable pour tous. Cependant, les partis ont pêché pour ce qui est de la mise en œuvre des politiques publiques et des programmes et projets de développement. Cela est lié à leur mode d’existence et de fonctionnement. Les partis sont des orga- nisations privées dont la vocation est d’abord de servir leurs membres. Ils sont donc constitués selon un principe partisan et de solidarité interne pour les membres du parti. Le pro- blème au Sénégal est que ces principes partisans qui fondent la création et l’existence des partis se prolongent dans l’appareil d’état lorsque les partis arrivent au pouvoir. Nous vivons cela depuis l’indépendance. Tous les partis au pouvoir ont pêché dans la répartition des ressources et des investis-sements prioritaires de notre pays. C’est là que naissent le favoritisme et le népotisme. Sans s’en rendre compte, les
membres des partis politiques qui arrivent au pouvoir se servent d’abord avec leurs proches ; ils manipulent les insti-
tutions et les services qui leurs sont confiés à des fins politi- ciens et de partage des privilèges ; dans certains cas, c’est simplement du chantage qui est exercé sur les honnêtes

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citoyens. « Tu rejoins le parti ou je t’oublie et je ne prends pas en compte tes idées de projets de développement ». Une autre tare des partis au Sénégal est qu’ils sont pléthoriques. 270 partis voire plus, cela ne fait pas sérieux et fait même désordre. La création des partis n’est plus liée à des questions idéologiques, conceptuelles ou programmatiques. Je crée mon parti pour entrer en coalition afin d’voir ma part du gâteau. Certains partis emblématiques et anciens ne vont plus seuls aux élections. Ils sont dans des coalitions de fortune, dès fois
contre nature, et sont devenus des partis « Yobaléma ». D’autres partis sont réduits à la plus simple expression de leurs fondateurs qui, à part le président ou le secrétaire général du parti, ne savent même pas ce qui se trame. Ce n’est pas éton- nant que les partis se fissurent au gré des élections et lors du partage du butin. Les coalitions sont des conglomérats d’individus cachés derrière leurs récépissés et à l’affut de privi- lèges. Les deux alternances portées par des coalitions ont connu leurs limites du simple fait qu’il n’y’avait pas d’alignement dans les visions et les stratégies de dévelop- pement une fois au pouvoir. En fait, les partis et les coali-tions de partis au pouvoir passent leur temps à manger et boire le sang du peuple ; de presque rien, aucun patrimoine ni foncier ni matériel avant le pouvoir, les dirigeants devien-nent riches comme crésus, se congratulent et se donnent des médailles ; l’appétit venant en mangeant, ils oublient le peuple pour lequel ils ont porté les cris du cœur. Cela a été le cas avec Wade et son parti jusqu’à ce que tout le monde en eu marre. Y’en a Marre ! Le Président de notre généra- tion avait bien campé le décor de ce qu’il ne fallait pas faire,en connaissance de cause. Malheureusement, son entourage

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s’est braqué et n’a pas été capable d’élévation spirituelle dont le slogan « la Patrie avant le Parti » avait besoin pour se ma- térialiser. « La Patrie avant le Parti » nécessite un engagement citoyen fort, la promotion et l’appropriation des valeurs de « doylou », de « dogu » et de « dëggu ». Les victoires électo- rales sont devenues des opportunités de partage de butin. L’arrogance de certains dirigeants au pouvoir se fait de plus en plus visible. Comme durant l’ère Wade, des dizaines de millions par jour dans les meetings. 30 millions voire 50 mil-lions par jour dépensés dans des meetings, pendant que nos communes ont des budgets d’investissement annuel de moins de la moitié. C’est du déjà vu. Il ya eu « Y’en A Marre », il continue. Après cela, le futur doit être « Autrement » dans les pratiques politiques et de celles de nos institutions. Il est temps que les citoyens et les mouvements citoyens s’engagent dans des actions politiques pour construire un Sénégal Autrement.

16. LES METAPHORES ET LA VIOLENCE EN
POLITIQUE

Le terrain politique au Sénégal est un champ de ba- taille féroce. « Tër ko43 ; ray ko44 ; dinaa ko yobbu silxafaar45 ; di na ko yanu ba biir weex 46; maa ko mën47 ; duma naa ko 48; fii muus du fi naane ñeex 49; dafa soxor50 ; daf ma bañ 51; dama

43 Étale-le
44 Tue-le
45 Je vais l’amener en enfer
46 Je vais le soulever jusqu’à exhiber son ventre
47 Je suis plus fort que lui
48 Je l’ai battu
49 Le chat ne boira pas ici de la sauce
50 Il est méchant

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ko daaneel ba toog ci dënn bi52, sëlëm ko53 ». Les plus cé- lèbres pour notre génération sont sans nul doute « duma ko lekk54, du ma ko naan55 » ; j’allais oublier « monsieur forage, madame moulin ». Plus récemment nous avons entendu « ne réveillez pas le lion qui dort ». Le lion qui dort semble plus sympathique, mais attention à son réveil brutal. Du point de vue ontologique, les êtres humains sont émotion, langage et action. A travers ce que nous disons, une créons une certaine réalité à partir de laquelle nous agissons. Ces métaphores violentes conduisent à l’adversité et à la violence dans le champ politique. Eh Oui, nous sommes, à travers nos méta- phores, à l’origine de la violence que nous n’aimons pas. Le paradigme dominant est : je gagne – tu perds. Perdre signifie ici perdre les privilèges et le pouvoir de faire et de dire ce que l’on veut, endurer les excès que l’on faisait subir aux autres, mourir, disparaître. Imaginez que nous fassions de la politique pour co–construire un meilleur futur pour nos enfants, les enfants du Sénégal. Imaginez que nous fassions de la politique dans la compassion. Imaginez qu’une élection est seulement un comptage de cartes d’électeurs ayant voté pour un camp ou un autre. Imaginez que le camp qui gagne, les personnes
qui gagnent ont juste eu plus d’électeurs ayant voté pour eux que les autres qui ont perdu. Perdre signifie simplement avoir eu moins de cartes d’électeurs ayant voté pour vous. Imaginez que ceux qui briguent les suffrages des Sénégalais

51 Il me déteste
52 Je l’ai battu jusqu’à m’assoeir sur sa poitrine
53 Mets-lui du sable sur le visage
54 Je ne le boufferai pas
55 Je ne le boirai pas

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parlent de leur programme ; des activités qu’ils vont mener une fois élus ; parlent des changements qui vont se produire, du progrès qu’ils vont réaliser. Les métaphores guerrières et d’adversité créent de la tension entre les individus et au niveau social. Cette manière de parler suscite des émotions négatives qui empêchent la réflexion stratégique, l’écoute mutuelle et la co-création. L’adversité construite durant les batailles élec- torales font que les gagnants ont tendance à se venger sur les vaincus, à les exclure du processus de gestion du pouvoir. Mais sans en rendre compte, les gagnants se privent aussi du talent, du génie, de l’expertise et de la sagesse d’autres enfants
de leur localité et du Sénégal. En se privant d’une frange de la population, on se prive aussi de leur réseau de partenaires.
17. SPIRITUALITE, POLITIQUE ET
CITOYENNETE

L’Association Présence Chrétienne a organisé une con- férence publique dont le thème était « engagement citoyen »le Samedi 18 Février 2017 au centre culturel Douta Seck. L’Archevêque de Dakar était présent, du début à la fin. Je
voudrai saluer ici son leadership et sa clairvoyance. Cela m’a inspiré quelques réflexions sur l’engagement et la citoyenneté au Sénégal. Lorsqu’il est honnête et sincère, l’engagement mène à la réalisation de grande chose. D’ailleurs, on parle d’engagement pour le mariage, d’engagement pour la patrie, pour l’armée. Dans ces cas, l’engagement inclut une notion sacrificielle, de don de soi à l’autre ou à la patrie. « Doggu » !Dans le mot citoyen est sous entendu une personne qui adopte des attitudes et des comportements de civisme, respectueuse des lois et règlements qui gouvernent la vie en

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société organisée, une personne respectueuse du bien commun et qui agit pour l’intérêt général. Un citoyen engagé devient ainsi un modèle, un exemple pour ses concitoyens. Dans une société qui progresse, tous ceux qui y vivent doivent aspirer à devenir des citoyens enga- gés, des modèles, des « royoukaye ». Un engagement citoyen provient d’une décision indivi- duelle puis collective de vivre par des valeurs. La vie par les valeurs s’apprend et se cultive. L’engagement citoyen en ce qu’il implique un don de soi, est spirituel. Dans son niveau le plus évolué, l’engagement sacerdotal est une quête perpé- tuelle d’élévation spirituelle dans l’action citoyenne de tous les jours. Quid des hommes politiques ? Sont-ils des citoyens engagés ? L’engagement politique, est il antinomique de l’engagement citoyen ? Les politiques, lorsqu’ils réussissent à bénéficier de la confiance de leurs concitoyens, occupent et
exercent des fonctions où ils gèrent des biens appartenant au plus grand nombre. Les hommes politiques doivent alors être des citoyens engagés. Les valeurs dont les hommes poli- tiques ont besoin pour gérer dans l’honnêteté, la transparence, l’équité sont en fait des valeurs spirituelles à apprendre, cul- tiver et entretenir. « Doggou, Doylou, deugou, deudou et jombou ». Pour amener ses partisans à gérer dans la sobriété pour l’intérêt général, le Président Macky SALL avait un beau slogan « la patrie avant le parti ».

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La patrie est le pays ou la nation pour laquelle on est prêt à se sacrifier. Pour que ses partisans s’approprient ce slogan, il faudra leur offrir des opportunités d’apprentissage et de maturation émotionnelle et spirituelle ; ils ont besoin d’un nouveau formatage sinon ils vont simplement continuer à faire ce que les partis politiques ont toujours fait au Sénégal : « Séddo xaalis ak tessanté ». Il est important pour le futur de notre pays, de réconci-lier la spiritualité, la pratique politique et l’engagement citoyen. En fait, la nature et le niveau d’engagement feront la diffé-
rence.
18. DIVISION DANS LE CHAMP POLITIQUE
Chers amis « poloticiens », qu’est ce qui, selon vous, explique les divisions que nous avons à l’intérieur de nos
partis politiques ? Entre les partis politiques ? Il semble que nous n’ayons pas de division idéologique sur la conception et la formulation des offres politiques? Il semble que beaucoup de partis n’aient pas d’offre politique claire pour le Sénégal. Est-ce que nos divisions sont liées au fait que nous sommes incapables de contenir nos colères ? Sommes-nous incapables de respecter nos différences et la diversité de nos opinions plurielles ? Il semble que la création des partis obéisse au seul objectif d’accéder aux privilèges du pouvoir. Pour beaucoup de partis, leur seul haut fait réside dans leur participation à la coalition au pouvoir. Leurs dirigeants peuvent ainsi négocier leur part du gâteau. Qu’est ce qui explique que des dirigeants d’un même parti politique, dans un même département se liguent les uns contre autres ? Ce n’est assurément pas pour l’intérêt du parti ni pour celui des populations.

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Les enjeux se résument souvent à la bataille pour un poste ; ou encore c’est des batailles de dirigeants au sommet du parti qui sont trans- férés à la base. Les partis politiques au pouvoir, depuis Senghor, deviennent des mares à crocodiles. Ce qui semble être la règle est que les crocodiles les plus féroces, à l’origine de beaucoup de désordres, sont ceux qui n’ont pas de base politique et n’ont personne derrière eux. Mais ils sont à côté du ROI. Est ce que les divisions sont liées à l’absence de vision partagée de pourquoi nous sommes ensemble dans le parti ? Absence de clarté sur les rôles et les responsabilités ? Absence de communication sur les motivations, les engagements et les
attentes des uns et des autres ? Absence de valorisation de ceux qui se donnent à fond ? Dans les partis au pouvoir,
l’opulence, l’argent, la proximité avec le roi créent des envies et des frustrations qui finissent dans des batailles féroces, des séparations et la perte du pouvoir. Tous les partis au pouvoir au Sénégal l’ont perdu du fait de divisions et de séparation. Les cas de Diouf et de Wade sont bien récents.
19. LES ALLIGATORS DE LA POLITIQUE
Un alligator est un reptile dont la longévité peut atteindre 72 ans voire 80 ans. Il est dit que les alligators ont survécu à l’ère des dinosaures. Nous aussi au Sénégal, nous avons nos alligators en politique ; ils ont accompagné Senghor et Abdou Diouf ; certains d’entre eux ont accompagné et même com- battu Abdoulaye Wade, puis ils ont survécu à l’adversité. « Maachala, kaar, kaar56 », que Dieu leur donne longue vie et 56 Conjure les mauvaises langues bonne santé.

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Nos vieux politiciens, même « xubidas57 » ne veulent pas aller à la retraite. Ils s’accrochent mais sont décalés. Récemment, un poulain de Senghor proposait un couplage des futures élections présidentielles et législatives
en 2019. Ce genre d’apparition médiatique pour réorienter l’actualité et à la recherche de buzz, dans un contexte de con-testation politique liée au pétrole, est simplement décalé et inopportun. Même si son intention pouvait être d’apaiser ou de changer le focus de l’actualité médiatique, la méthode est saugrenue et dépassée. Il ya une retraite à toute activité hu- maine, même politique, sinon les jambes ne répondent plus, le cerveau devient lent, et la nostalgie du passé de gloire peut conduire à la mélancolie et la sécrétion d’adrénaline pouvant entraîner une fragilisation du cœur. D’autres personnes âgées de la politique sont toisées par des jeunes aux dents longues ; il paraîtrait qu’un membre de la clique veut faire renaitre l’Assemblée Nationale. Les biologistes et les physiologistes le savent parfaite-
ment ; à partir de 65 ans, on pense plus au bien être et au plaisir ; on a tendance à dormir et à chercher les bons mas-
sages ; l’homme de Freud qui dormait en nous se réveille : la tendance est de chercher le plaisir, d’éviter la douleur et le déplaisir. « Gunnux gunnux, gannax gannax rekk58 et quelque njarum lambaay »59 . Notre salut sera dans le sport doux, l’apprentissage de l’intelligence émotionnelle et certai- nement l’écriture de nos mémoires pour la postérité.

57 Vieillesse avancée
58 Jouissance
59 Cocktail de Lambaye (village du Sénégal)

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Même si « mag mat naa bayyi cim réew »60, il faut savoir rester à l’arrière plan et éviter de prendre les « lénge61 » – quelque soit le prestige de l’institution en jeu ! Il n’est peut être jamais tard de façonner le discours de son oraison funèbre mais lorsqu’on a tout eu en politique, occupé d’énormes fonctions prestigieuses et lorsqu’on a profité de toutes les opportunités matérielles, financières, de respect, de « daraja » et j’en passe, il faut savoir se retirer.
Savoir quitter « les honneurs pour l’honneur » comme disait l’autre. Nul enfant du Sénégal n’est indispensable pour la construction du futur de notre pays. Personne ne finira l’œuvre de construction du futur de notre nation. Nous avons seulement notre contribution à faire pour un temps. Ensuite d’autres, aussi brillants que nous, prendront le
flambeau pour continuer. A force de persister et de faire du « sissou »62 les poulains de Senghor sont en train de faire ombrage aux jeunes qu’ils ont eux-mêmes enfantés. Et puis, qu’est ce qu’ils apportent vraiment en plus de ce qu’ils ont déjà fait ? A la retraite waay, ALLIGATORS !!!

20. UNE PRATIQUE ÉTOURDIE DE LADÉMOCRATIE

60 Une personne agée a sa place dans la cité
61 Position de pouvoir ou de décideur
62 Résister

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Dans tous les pays du monde, les acteurs politiques sont représentés par les militants des partis politiques qui cherchent à conquérir le pouvoir et les citoyens ancrés dans des organisations qui cherchent à influencer les politiques publiques et l’action du gouvernement dans le sens de leurs intérêts. Ainsi donc à côté des partis politiques, les organisa- tions professionnelles, les organisations de la société civile, les institutions parlementaires et judiciaires, les Universités et l’Etat, chacun en ce qui le concerne, est un acteur unique ayant un rôle distinct et irremplaçable. La finalité de l’action publique et de la cohésion sociale est le bien être individuel, social, économique et culturel. La démocratie n’est pas une fin en soi mais un moyen pour réali- ser le bien être et la dignité des êtres humains. Pour faire une démocratie réussie, il faut que les acteurs agissent en synergie, dans une clarté distinctive des rôles, avec sérénité, écoute et respect mutuel. La démocratie se construit à travers nos manières de penser, nos manières de parler, nos attitudes les uns vis-à-vis des autres, nos comportements et nos pratiques. Le Sénégal est à la croisée des chemins et vit des mo- ments uniques de son histoire. Une nouvelle génération post-indépendance est aux affaires et dans l’opposition ; l’économie nationale a d’énormes promesses favorables avec la découverte de pétrole et de gaz. Les batailles électorales s’annoncent rudes et deviennent de plus en plus prématurées. Malgré l’importance des enjeux actuels et futurs, nous avons tous la responsabilité d’œuvrer pour des débats apai-
sés sur l’orientation de nos politiques publiques, l’utilisation de l’argent public par une gouvernance transparente et démocratique et l’effectivité d’une démocratie administrative
au service unique du bien être du citoyen.

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Au Sénégal, malheureusement les acteurs de la pratique démocratique sont on ne peu plus confus et nagent dans une absence quasi-totale de discernement. Notre pratique démo- cratique semble étourdie. Nous avons une permanence de la contestation dirigée par les partis politiques comme s’ils voulaient prolonger les batailles électorales perdues. Ce n’est pas leur rôle. Il n’est pas du ressort d’un parti politique d’organiser des marches et de les diriger. Leur vocation est de conquérir le pouvoir par la conception et la vulgarisation d’une nouvelle offre politique,
sinon cela ressemble à une révolution. Les partis politiques doivent continuer à former leurs militants, se massifier et
concevoir des programmes alternatifs pour la conquête du pouvoir. Leur action significative doit se construire autour
des joutes électorales. Il faut reconnaître que plus de 280 partis dans un pays comme le Sénégal, c’est quand même
excessif. Nous devrons mieux réguler cela. Une élection de représentativité est nécessaire ; tous les partis « cabine télé- phonique » avec moins d’1% de représentativité devrons simplement disparaître et se fondre dans d’autres structures plus crédibles. La société civile doit être d’alerte ; elle doit cesser d’être une société civile d’anecdotes ; elle doit éviter de faire les batailles des partis politiques ; elle doit chercher, fouiller, interpeler le gouvernement et l’Assemblée Nationale lorsqu’elle sent une déviation dans l’action publique ; elle doit  également informer les populations, faire le plaidoyer pour la prise en compte de questions émergentes et de nouveaux défis. La construction d’une grande démocratie nécessite une société civile informée, d’alerte, structurée, forte et mesurée.
Le gouvernement doit aussi répondre et prendre au sérieux les interpellations de la société civile et des citoyens.
Lorsque le Gouvernement fait le « mort » ou dans la menace, cela suscite de la colère et des tendances de révolte. Il est  devenu exceptionnel d’avoir une audience sérieuse avec les Ministres et les directeurs généraux ; l’administration ne fonctionne plus, les lettres ne sont plus répondues, les enga- gements du Président ne sont pas suivis et sont simplement oubliés par ses collaborateurs supposés les mettre en œuvre, la parole n’est plus d’or. Les institutions sont dans l’inertie. L’Assemblée Natio- nale n’est pas fonctionnelle pour le progrès et ne l’a jamais été. C’est en partie lié au fait que depuis Senghor, nos députés ont la perception que leur choix est une récompense du ROI, du parti au pouvoir. Ils sont là pour servir le ROI, le parti, pour jouir de privilèges de récompense ou de compensation. Ils sont pour eux-mêmes et pas pour le peuple. Le pouvoir judicaire est malmené, composé jadis, d’hommes de vertus, maintenant écartelés par la nécessité de sauvegarder des privilèges matériels excessifs et le désir de loyauté vis-à-vis du pouvoir qui vous a nommé. Les média font la dure épreuve de l’entreprenariat, elles veulent vendre pour sauver les emplois et exister.

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