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« Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 9 (Par Petit Gueye)

Je m’excuse  la critique est facile au Sénégal ; si ce n’est pas Jean, c’est Paul ; il n’ya pas de troisième voie. 14. L’incapacité à trouver des solutions Nous ne voyons que des problèmes. Nous passons un temps fou à énumérer les problèmes et les obstacles. Et si on passait plus de temps à envisager des solutions aux problèmes ? Devant chaque problème, il y a une solution.Lorsque vous demandez un avis quelconque aux Sénégalais, particulièrement les intellectuels, ils commencent toujours par énumérer les problèmes. Le focus sur les problèmes constitue un mur et ne nous ouvre pas vers le futur. Nous sommes très friands pour faire le diagnostic de ce qui ne va pas dans notre société. Nous passons notre temps à nous plaindre ; les Sénégalais se plaignent beaucoup (jambat rekk) ; dans le paradigme de la plainte facile, nous finissons par trouver quelqu’un qui est responsable de nos malheurs et nous le blâmons. Le paradigme de la plainte et du blâme des autres nous rend impotents et inactifs (yaafus). En lieu et place de se plaindre et/ou de blâmer les autres, nous aurions pu simplement nous poser la question de savoir : qu’est ce que nous faisons ou ne faisons pas qui fait que nos vœux ne se réalisent pas ? La réponse à cette question nous mènera sans nul doute à l’action pour changer notre situation qui ne nous plaît pas.

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15.Le dialogue nationalIl faut absolument dialoguer; nous devrons cependant éviter le piège du dialogue classique superficiel autour du partage des postes et de l’argent du contribuable comme nous l’ont habitué nos politiciens depuis les indépendances. Le dialogue dont nous avons besoin doit aboutir à un consensus générationnel pour le futur ; il devra être un dialogue sur les paradigmes, dialogue social, dialogue politique, dialogue culturel, dialogue économique, dialogue sur le passé, dialogue sur le présent, dialogue sur le futur, dialogue sur les investissements publics prioritaires, dialogue sur les territoires, dialogue sur l’éducation, sur la santé, sur l’assainissement ; nous devrons dialoguer pour réorienter nos investissements publics ; nous devrons dialoguer pour cesser d’investir dans le luxe, le prestige,l’opulence et dans le futile continu ; nous devrons dialoguer pour davantage investir dans la dignité des êtres humains et des terroirs. Investir pour sortir les populations de l’extrême pauvreté, les sortir de la précarité ; investir pour un accès universel et continu aux services sociaux de base. Une Commune, Un Milliard ! 16.Le terrorisme Le monde est entré dans une phase entropique (tendance naturelle à la désorganisation des systèmes humains et sociaux) durant laquelle les êtres humains s’entredétruisent, s’autodétruisent, détruisent leur environnement et la planète terre.

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Cette phase prend ses racines dans notre mode de vie, dans nos relations interpersonnelles,dans les relations entre les races et les nations ; elle prend aussi racine dans nos valeurs et nos croyances. C’est toute l’espèce humaine qui est menacée. Si nous voulons survivre en tant qu’espèces, nous devrons nous réinventer dans nos modes de pensées, nos manières d’être et nos interrelations. Le terrorisme prend ses racines dans l’esprit humain, endoctriné et transformé. La solution devra aussi prendre racine dans ce même esprit humain. Il n y a pas de guerre possible, armes à feu et bombes, contre le terrorisme. Le mythe de la superpuissance, de l’hyper-armement, de l’invulnérabilité est tombé. Nous continuons malheureusement de vivre sur les interprétations/opinions du Président Bush. Lorsque les avions avaient touché le World Trade Center ; il avait déclaré que c’était un acte de guerre. Cette interprétation a complètement changé le monde ; la guerre est maintenant partout. Imaginez qu’il ait déclaré que ce fut un acte criminel, il n’y aurait eu point de guerre mais plutôt des plaidoiries à la Haye. La réponse au terrorisme doit être basée sur un engagement individuel et collectif à la compassion, à la tolérance, au respect de la diversité et de la différence. Elle doit aussi se baser sur un engagement individuel et collectif à l’équité et à la redistribution équitable des richesses du monde, entre les pays, entre les continents et à l’intérieur des pays. Les richesses du monde doivent appartenir à tout le monde.

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Il y a trop plein d’excès de pouvoir et d’abus de  puissance des états forts ; trop de gaspillage de ressources contrôlées par des états opulents ; trop de pauvreté extrême non nécessaire dans le monde des pauvres et des vulnérables.La réponse au terrorisme donc doit être spirituelle, culturelle, sociale et économique. Les artistes doivent chanter et peindre la paix, les familles doivent rééduquer leurs enfants, la solidarité nationale doit se réorganiser, l’équité mondiale promue. 17.La Loi de finances Une loi de finances est une loi dont le but est de présenter les recettes et les dépenses de l’État. Elle constitue le cadre qui permet au Parlement d’approuver le budget de l’État. Malgré l’acte III, la communalisation universelle, la territorialisation des politiques publiques, la loi de finances allouent l’argent destiné aux communes au Ministère de la gouvernance locale. Cela est une aberration. Les communes devraient bénéficier d’une dotation sous forme de « mission » dans la nomenclature de la Loi des Finances au même titre que les Ministères. Que cherche l’argent d’une salle de classe au Ministère de l’éducation ? Que cherche l’argent d’un canal d’évacuation des eaux de pluies au Ministère du cadre de vie ? Que cherche l’argent d’un poste de santé au Ministère de la Santé ? Que cherche l’argent des emplois verts au Ministère de l’environnement ? Que cherche l’argent des projets des jeunes à l’ANPEJ ou au Ministère de la Jeunesse ? Que cherche l’argent des projets des femmes au Ministère de la femme ? Et nous pouvons continuer.

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Tout cet argent n’arrive pas à destination. Dès fois, c’est une maigre partie qui arrive, le reste disparaît dans le graissage ou les ristournes qui sont faits aux différents responsables de la chaîne. Est-ce que les députés qui votent la loi de finances connaissent même la destination de l’argent et leur utilisation ? Est-ce qu’ils font le contrôle de l’action gouvernementale ? Aucun député ne m’a jamais approché pour me demander si telle ou telle action gouvernementale avait été effectuée dans les délais et/ou avec qualité ? 41. LES HAUTS-CADRES ET LES MEETINGS POLITIQUES L’année 2017 est une année électorale ; ce sera la même chose pour 2018 et la moitié de 2019. C’est la périodeoù les politiciens retournent à leur base pour des visites de proximité ; c’est aussi la période des grands meetings. Les périodes électorales ont des impacts désastreux sur le fonc- tionnement de l’administration et la réalisation des projets de développement financés par l’état. J’appelle les organisations comme le forum civil à faire des études sérieuses sur l’impact des périodes électorales sur ces deux aspects. Voici quelques observations qui me semblent assez gênantes pour notre pays qui a par ailleurs des ambitions légitimes d’émergence :  Le cout des meetings : des milliers de meetings seront organisés, les coûts allant de 15 à 50 millions. 50 millions dépensés en un jour dans du folklore et dans l’ostentation.

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Pendant ce temps les budgets d’investissement des communes ne dépassent pas 15 millions pour une année entière. Cet argent vient du trésor public. C’est de l’argent qui aurait pu servir à étendre l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, à l’assainissement et des toilettes décentes. C’est l’argent de l’école et de nos enfants. C’est de l’argent amputé du budget des nombreux chantiers de désenclavement des nombreux villages où les populations vivent dans la précarité et l’extrême pauvreté. C’est de l’argent amassé illicitement à partir des fonds destinés à améliorer la qualité de vie des populations. Depuis nos indépendances, les partis politiques se sont succédés au pouvoir. Avant d’arriver au pouvoir, ils dénonçaient cet état de fait. Arrivés au pouvoir, ils font la même chose et même pire. L’histoire se répète et les comportements des politiciens sont tenaces.L’entrée en politique des cadres de la haute administration. Ces hauts cadres, souvent issus de la plus grande et prestigieuse école d’administration du Sénégal méritent les postes qu’ils occupent du fait de leur expertise, leur expérience, leur ancienneté, leur neutralité et leur loyauté à une déontologie et une éthique de la continuité de l’état. Ils sont devenus des Directeurs Généraux ou des Secrétaires Généraux. Ils ne sont pas supposés occuper des postes politiques mais des postes techniques mérités. C’est eux qui doivent faire tourner l’Etat impersonnel. Ils sont partout dans toute l’administration incluant les régies financières et foncières.

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D’habitude ces cadres ne sont  pas syndiqués ou alors garde un profil bas lorsqu’ils sont membres des syndicats de leur corporation. Depuis quelques années maintenant, on retrouve ces hauts cadres dans le champ politique en train d’exhiber leur appartenance à outrance à tel ou tel parti. Cela est préjudiciable à l’équilibre et à la bonne marche de l’administration publique. Ces cadres sont des décideurs et des gestionnaires de l’argent publique.Lorsqu’ils sont partisans en politique, ils usent et abusent de leur pouvoir et de l’argent du contribuable au détriment de leurs adversaires et même dès fois des populations qui ne partagent pas leurs opinions. D’ailleurs on pourrait bien se demander d’où est ce qu’ils tirent l’argent qu’ils dépensent dans les meetings politiques en sachant qu’ils dépensent plus que ne lepermettent leurs salaires cumulés pendant un an.Les chantiers vont aussi connaitre un coup d’arrêt en période électorale. L’incertitude des lendemains électoraux combinée à la volonté de ne pas soutenir les zones d’origine des adversaires font que les chantiers sont détournés vers d’autres zones favorables aux dirigeants. En plus les entrepreneurs doivent mettre la main à la poche pour soutenir les DG ou Ministres qui leurs ont donné les marchés. L’argent qu’ils rétrocèdent est simplement amputé des budgets des travaux prévus. C’est comme cela que dans beaucoup de communes, il y a des salles de classes inachevées, des postes de santé non équipées, des radiers qui s’affaissent et toutes sortes d’autres infrastructures mal finies sinon jamais entamées, alors que le budget a été utilisé.

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Les délais de livraison étant dépassés, il faut attendre des hypothétiques amendements de rallonge. Quelque soit l’issue des élections, l’argent détourné et dépensé dans le folklore et les fastes des meetings reste un manque à gagner pour les projets, pour les populations et les terroirs, pour nos enfants et les enfants de nos enfants. Ce que je viens d’écrire, beaucoup d’entre nous le savent pertinemment. Nous sommes cependant silencieux, un silence coupable comme si de rien n’était. Ce qui n’est pas bien, ne l’est pas et ne le sera certainement pas. Nous devons tous rompre d’avec ces pratiques pour un engagement citoyen sacerdotal au bénéfice exclusif des enfants du Sénégal. 42. BONUS Sokone, je me rappelle : 1ère partie Je rends grâce à Dieu et le remercie de m’avoir inspiré à faire le choix d’être Maire. Il n’y a pas de fonction plus exaltante que de servir le village de ta naissance, les femmes qui t’ont vu grandir, les vieux qui sont fiers de ta réussite. Lorsque je marche dans les rues du village de ma mère, les souvenirs d’enfance défilent. L’école garçon, chavanel, kasnak (le champ de bataille des écoliers), la mission catholique, l’église du Pére Mayor, le marché, la place khayi naat. J’ai été absent pour mon travail à l’extérieur du Sénégal et le temps semble s’être arrêté. Les anciens bâtiments d’avant les indépendances sont encore là, vétustes certes, mais toujours imposants et nobles.

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Certains  seront réhabilités car sans eux, Sokone perdra une partie de son charme d’antan. Je me rappelle encore de ma grand mère Ndioba, de Mame Ya Mane Faye (comme l’appelait ma mère), Mame Nafi Kandji (mère de feu Babacar Ba, ancien Ministre des finances de Senghor), Pa Modou Ndiaye Diossong (le plus riche du quartier Léona) avec sa chaise pliante sur son perron, Pa Diogoye et Papa Sang Sané coupant les énormes barracudas du temps où la pêche était faste ; Pa Ousmane Diama Satou à la silhouette imposante et à la voix rauque ; il était notre imam et marabout de confiance au quartier Léona. Ses nianes et safaras pouvaient soigner les maux de tête et de ventre les plus terribles, en plus ils garantissaient la victoire immuable à l’équipe des onze diables du ballon (ODB) et du Kéléfa durant les matchs de navétanes contre Santos, Gandoul puis Daraji. Il y avait aussi Pa Babou Cissé daara (maître coranique au fouet facile et gratuit) ; je fais une mention spéciale à Pa Aladji Amadou Dème, notre vénéré guide spirituel ; il était vraiment un « Waliiw »106 ; mon père m’avait amené une fois avec mon grand frère pour le saluer et recevoir ses prières ; sa seule vue m’avait inspiré la paix et la confiance ; il y avait quelque chose de vrai et d’authentique en lui ; je me rappelle ses mains lorsqu’il m’a salué, elles étaient douces et molles. J’ai reçu ses bénédictions qui me suivent et me protègent encore, j’en suis sûr ! Gare à ceux qui me veulent du mal, ils auront affaire à Pa Aladji. Pa Aladji continue de nous inspirer, j’espère que ses petits-fils et petites-filles aussi s’inspirent de lui.

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Sinon 106 Saint Homme un jour viendra où nous ne trouverons plus de raison de les suivre. Cela est valable pour tous les descendants de nos anciens guides spirituels et religieux à travers le Sénégal. Ouf j’allais oublier Pa Waly Cadet, les jeunes circoncis avaient peur de lui; il avait un vitiligo visible sur ses mains ; on disait qu’il était capable d’appeler « MAME » (un esprit) qui pouvaient emporter les jeunes circoncis (ndjiouli) qui ne respectaient pas les règles du « MBAAR » (case des initiés) ; c’était un « kumax» ; je dois dire qu’il était quand même intriguant, Pa Waly Cadet, peut être à cause de son vitiligo. Maintenant que j’y pense, à l’époque, le paradigme dominant était que tout ce qui n’était pas courant ou compréhensible, relevait du mystique ou des djinns. Pa Ibou Coulibaly (oncle de mon grand frère et inspirateur, le Ministre Abdou Latif Coulibaly), toujours habillé en patch, il paraît qu’il avait fait le pèlerinage à la Mecque à pied. Il ne faut pas que j’oublie Nosto, Moulaye, Pa Babou Ndiaye « gaana » qui avait souffert de la lèpre (oh la la, il insultait trop), Ndiol Ndiaye et Fat lèye. Paix à leurs âmes, tous ces vieux et ces braves femmes ont disparu à jamais. Il reste quelques icones de mon enfance : Pa Latyr Sèye (âgé mais toujours d’aplomb – on l’appelle petit guèye aussi, car je suis son homonyme idole – Dieu est Grand), Pa Mama Goumbala… que Dieu leur donne longue vie et bonne santé.

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Sokone, je me rappelle : 2ème partie : J’ai fait une promenade le long du littoral qui ceinture la commune, j’en suis sorti un peu attristé par les effets négatifs du changement climatique sur notre écosystème. Je me rappelle des bambous à kasnack (notre champ de bataille de jeunesse) qui ont disparu ; très peu de pélicans chétifs et dénutris, les canards se font rares, les « kamb », crabes de mangroves, ne courent plus assez vite que du temps de notre tendre jeunesse. Que sont devenus les « pitch mboume »107 et les « coumba ting ting »108 ? il arrive qu’on les aperçoive sporadiquement et rarement danser au dessus des épis de mil et dans les arbres adultes de Moringas. Par contre, je cherche depuis 2 ans le « Pro pro » sans succès. C’est le pigeon vert, merveilles des pigeons sauvages ; il parait qu’il a disparu du fait que les figuiers, son arbre préféré, ont été abattus. On raconte que les ailes du « pro pro » ne peuvent pas vaincre la pesanteur, c’est un oiseau qui ne se pose pas par terre. En tout cas, nous ne l’avons jamais vu se poser comme les autres pigeons sauvages. Les grands fromagers aussi ont été abattus ; mon cousin Malick vient de me donner une trentaine de fromager en pépinière que nous allons planter tous les 100 mètres le long du littoral. Lorsque nous étions jeunes, la croyance était que les fromagers sont les demeures des « Djinns » ; on disait aussi que les « sissopes » étaient des arbres maudits. Je viens enfin de trouver le « Ninkome », l’arbre dont Adama (notre grand père, père de l’humanité) 107 Petit oiseau multicolore (mange mil) 108 Petit oiseau avec une queue violette friand des fleurs de morenga avait mangé le fruit (défendu) qui s’est calé au niveau de sa gorge.

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Origine de la pomme d’Adam.Ma Ema Sène ; Pa Yaya Diallo; Pa Seyba Diakhaté ; Pa Boune Faye ; Pa Sonel Thiandoum ; Ya Ndiouck Thiandoum. Diankha Mody. J’allais oublier Pa Boubacar Thiam Drane, le seul camion benne du village. Il y avait aussi un autre vieux dont le vrombissement du moteur de sa « tombe mort » continue de résonner dans mes oreilles. Je me rappelle aussi des transporteurs Pa Lamine Sarr, Pa Thiandoum qui nous lançait des oranges à chaque fois qu’il passait en provenance de Banjul vers Kaolack. Tous les enfants le guettaient et répétaient « Thiandoum, Thiandoum, Thiandoum » à la vue de sa 404. C’était quand même dangereux quand j’y pense maintenant. Insouciance de l’enfance. Et puis, Pa Seyba Diakhaté, « Daw ndank, dal ndank »109 était sa devise ; je pense qu’il mérite le prix posthume du transporteur le plus prudent de sa génération. « Daw ndank, dal ndank » ! L’absent le plus remarqué des souvenirs de Sokone dans la première parution a été sans nul doute, Samboudian Kanté ; originaire de la Gambie, seul pompiste du seul dépôt de carburant du village, Kanté était l’icône, le dirigent, le 1er fan du club de football ODB (onze diables du ballon) devenu Kéléfa. Samboudian était socé et il avait un charme et un don linguistique de toujours parler un ouolof avec un accent socé. Je pense qu’il pensait socé et gambien avant de traduire intérieurement ses mots en ouolof. Kanté fermait systématiquement sa pompe à essence lorsque le Kéléfa 109 Roule doucement, choc doux perdait un match.

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Même si le réservoir venait d’être approvisionné, Kanté répondait toujours aux clients « Essence amul »110. Sokone est à mi chemin entre Kaolack et Banjul, sur la route nationale RN5. C’est une route très fréquentée mais quelque soit le client, Kanté répondait toujours « Essence Amul » lorsque le Kéléfa était battu. Heureusement pour tout le monde, les défaites du Kéléfa était rares. Il y avait aussi les jeunes adultes « waxambaané » de l’époque et classe d’âge de mon oncle Pape Médoune Mbengue ; ils avaient tous un surnom – le Grand Doki – Dokimment ; Mike Jagger, Attila, Beckenbaeur, Ringo star, Otis Redding ; c’était des surnoms qui rappelaient les grands footballeurs ou les stars du « rythm and blues ». Ils semblaient heureux lorsqu’on les appelait par ces surnoms, cela devait être valorisant et attractif pour leurs copines de l’époque. D’autres surnoms étaient plus vernaculaires et moins attractifs comme l’Ane, Kaassi, Wensi Galé et Ngoumbane ; gare à celui qui prononçait ces surnoms en leur présence. Il y’ avait aussi certains noms de filles célèbres, certes pour leur beauté ou le feeling qu’elles dégageaient. Je me rappelle de Diatou Diack, Yatou thiam,Mame Ndéla, Ngoné Diagne (ma chérie lorsque j’avais 5ans) qui m’avait donné un surnom que je ne vous dirai pas ; plus jeunes, il y avait Mame Khorédia, Khadidiatou Diouf, Toutane, Ndèye Ami Ndiaye. En fait Sokone a toujours eu une très belle progéniture. D’ailleurs la première Miss du Sénégal de 1974, Thioro Thiam, est de Sokone. Durant la cérémonie de dédicace de la première parution, mon grand Latif m’a rappelé Ndiol Ndiaye et Fatou Lèye ; deux malades 110 Il n’y a pas d’essence mentaux qui vivaient un amour fantastique et sublime. Certainement les grands les enviaient.

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A l’époque, ce n’était pas facile d’avoir une « gél » car il y avait beaucoup de critères dont les études et les diplômes. Il fallait aussi être beau gosse, sinon tu ne faisais qu’accompagner les heureux élus. Certains « grands que je rencontre toujours mais dont je tairais les noms, avaient d’énormes difficultés pour décrocher des copines. Ils se consolaient en accompagnateurs,mais ils étaient belliqueux et se chargeaient de tabasser les djamalés de leurs amis. C’est plus tard que j’ai compris leur comportement belliqueux liés à la solitude. Et puis il se valorisait de leur réputation de bagarreurs. J’étais récemment à la finale d’un match de football parrainé par le grand Latif. Les jeunes lui ont offert un maillot, numéro 8. Ses amis d’enfance présents se sont tous regardés avec étonnement. L’un d’entre eux m’a chuchoté à l’oreille : est ce que tu l’as jamais vu porter un maillot dans un terrain ? En fait il a rectifié pour dire que le n°8 était son maillot préféré et le seul qu’il aurait aimé porter s’il était joueur de champ. Il devait être parmi mes fans car j’étais un redoutable n°8 très waané. En fait le grand Latif était un excellent « joueur » des réunions de critiques. C’était son terrain favori. Gare aux joueurs qui rataient un but ou un pénalty, et les défenseurs qui faisaient des « loupés » dans les 18 mètres. On comprend aisément pourquoi ses livres sont succulents, surtout lorsqu’il n’est pas d’accord avec un adversaire politique. C’est un don de l’enfance bien maîtrisé depuis les réunions de critique des « après » matches. Franchement, j’adore les « grands » de Sokone ; ils sont magnifiques, sympathiques et sans façon.

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Que Dieu les garde, leur donne longue vie, bonne santé et pleins de bonheur avec leur famille. Il y avait aussi quelques tristes souvenirs de décès brusque de jeunes à la fleur de l’âge comme Boy Mbow (indien car redoutable buteur mais ne portait jamais de chaussures durant les matches de football), Diègane Sarr, Guillaume, Georges et Mbaye Dianko. C’était de vraies pertes qui ont ému tout le village. Paix à leur âme. La vie de Maire est aussi rythmée par les cérémonies familiales heureuses et/ou tristes. J’étais aux funérailles d’un notable. J’étais assis à côté d’un de ses camarades de classe d’âge qui m’a fait une confidence. Il m’a dit : Mr le Maire : j’ai tellement pleuré, depuis hier je pleure. Tu sais, en parlant du défunt, nous partageons le même Dahira mais depuis qu’il est malade, on m’a transféré tous les postes qu’il occupait. Maintenant qu’il est parti, peut être que ce sera mon tour ! Eh Oui la mort ! Elle arrivera certes, mais on ne sait jamais quand. Ici à Sokone, les gens partent, dès fois un peu trop rapidement ; les jeunes, les femmes, les vieux et les vieilles. Je me rappelle encore ma grand-mère qui disait tout haut que si elle arrivait à mourir, il faudrait que l’on attende que son enfant, situé dans la ville la plus éloignée, arrive. Elle ne voulait pas être enterrée en catimini. Ah oui on enterrait trop rapidement les morts, peut être parce qu’il n’y avait pas de morgue,mais on enterrait quand même de manière supersonique. Ouf ! Heureusement que nous avons maintenant une morgue, le corbillard est arrivé enfin, offert en don par un enfant de Sokone.

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