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« Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Suite… (Par Petit Gueye) paradigmes, notre temps et l’instant, legs aux générations futures sénégalais et la mort, fatalisme et superstition

Rewmi.com vous propose quelques pages du livre de Moustapha Gueye dit « Petit Gueye », Homme politique, Maire de Sokone. Hier les premières pages ont paru sur votre site. Il en sera ainsi tous les jours de la semaine jusqu’à la dernière page.
8 LES PARADIGMES

décrire l’ensemble des expériences, des croyances et des valeurs qui influencent la façon dont un individu développe
une perception de la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation lui permet de définir l’environne-ment, de communiquer à propos de cet environnement, voire d’essayer de le comprendre ou de le prévoir. A l’intérieur d’un paradigme donné, les mots ont leurs significations précises ; les comportements sont en adéqua-tion avec les perceptions que nous avons des situations.Lorsque nous changeons de paradigme, les significations changent induisant de nouvelles actions et de nouveaux comportements qui, à leur tour, vont produire de nouveaux résultats différents de ceux que nous avons toujours eus.Encore plus intéressant est le fait que les Sénégalais se plaignent beaucoup ; nous nous plaignons de tout et nous accusons toujours quelqu’un d’autre pour ce qui ne va pas pour nous. A l’intérieur du paradigme dans lequel nous pensons et agissons, nous ne nous rendons même pas compte que nous sommes les causes de nos problèmes. En

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fait, nous avons des attitudes et des comportements qui produisent des résultats que nous n’aimons pas et pour lesquels nous nous plaignons. A l’intérieur de nos para- digmes, nous sommes comme l’oiseau (qui ne voit pas l’air) dans l’air ou le poisson (qui ne voit pas l’eau) dans l’eau. Afin d’explorer les paradigmes prédominants chez les
Sénégalais, nous allons travailler avec les thèmes suivants.

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1. NOTRE TEMPS ET L’INSTANT

Chers enfants du Sénégal, qu’avez-vous fait de votre temps aujourd’hui ? Avez-vous passé votre temps à chercher le plaisir ? A éviter le déplaisir et la douleur ? A ressasser le passé ? A construire le futur ? Qu’avez-vous pensé et qu’avez-vous fait de vos pensées ? Qu’êtes-vous en train de penser en ce moment précis pendant que vous me lisez ? Très peu d’entre nous ont une conscience présente de leurs pensées, de leurs attitudes et de leurs comportements. En d’autres termes, sommes nous conscients de nos pensées dans l’instant, sommes nous conscients de nos émotions dans l’instant, sommes nous conscients de nos comportements dans l’instant ? Sans nous en rendre compte, le temps passe et nous surprend.

2. LE LEGS AUX GENERATIONS FUTURES

Quel est le legs que nous voulons laisser à nos enfants ? Quel est l’héritage que nous voulons laisser aux générations
futures ? Le jour de notre oraison funèbre, que voudrions nous que les gens disent de nous ? Que voudrions nous que
les gens disent de nos réalisations ? Quelle est la vie que nous avons vécue et qui mérite d’être racontée à la postérité ? De toutes les façons les gens vont faire des témoignages sur nos hauts faits et aussi sur nos erreurs de vie. Souvent après les enterrements, on entend des témoignages du genre « aka naqariwoon deret ; aka baaxoon ; aka soxoroon ; aka iñaa- noon ; aka neexoon deret ; aka bëggoon mbokk ; aka gëmoon sërwiis ; aka doon naaféq ; boroom ree ju neex ja demna ; aka mënoon fen ; ndeysaan moo bëgoon adina te

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bari woon tiitër, aka mënoon geraw »1

; il n’a jamais respecté
sa parole… C’est maintenant, à travers nos paroles et nos actes, que nous pouvons formater les témoignages de notre propre oraison funèbre. Même si l’on croit que « Abdu Jàm- baar » va nous poser beaucoup de questions sur la base des rapports des anges postés sur nos deux épaules gauche et droite, nos réponses ne seront pas connues du grand public. Par contre, le jour de notre oraison funèbre, les témoignages se feront et seront entendus. Ainsi donc chaque instant de notre vie du présent contribue à l’écriture des témoignages qui seront faits sur nos actes. Les politiciens, les ingénieurs, les Médecins, les enseignants, les chefs de services, les Magis- trats, les Directeurs, les Ministres tous et tant d’autres, auront des témoignages faits sur leurs actes. C’est maintenant, dans l’instant, que nous devrons nous poser la question de savoir : Que voudrai je que les gens disent de moi ? Est-ce que je suis en train de me conduire conséquemment ?

3. LES SENEGALAIS ET LA MORT

« Siggil ndigaale ; yalna nako yalla yërëm te yeexe nu »2
.
Cette deuxième partie de la présentation des condoléances me fait penser que les Sénégalais ne sont pas amis avec la mort. « Te yeexe nu » est une expression qui renvoie le plus loin possible, aux calendes grecques, notre rencontre avec la mort. Dans les discussions courantes, nous pensons que les Sénégalais ont peur de la mort ; mais est ce réellement une

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Qu’il était nerveux ; qu’il était gentil ; qu’il était méchant ; qu’il était fumiste ; il aimait ses parents ; il aimait la vie… 2
Nos condoléances ; que Dieu lui pardonne et nous laisse encore longtemps en vie ;

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peur ? Lorsqu’il y a décès, les sentiments vont de la tristesse, la mélancolie, la solitude, l’incertitude des lendemains lorsque le ou la défunt (e) était chef (fe) voire soutien de famille. J’ai noté une réceptivité particulière des gens aux bonnes paroles et aux bons témoignages concernant le défunt ; tout le monde est tout ouïe lorsqu’il ya des recommandations de prières ouvrant la porte du paradis au défunt. Il ya tellement de recommandations de prières qu’on s’y perde parfois. Les vieilles personnes sont plus enclines à donner des recomman-dations de prières ; il y a des 11, 12 ou 15 likhlaas, 7 inaa anzal- naahou…Pour quelques vieilles personnes, je crois qu’il y a quand même un peu de peur ; les visages que j’ai vus derniè- rement donnaient une impression d’anxiété et de mort pro- chaine. Le problème avec la mort est que nous ne savons pas ce qui nous attend. Pour beaucoup d’entre nous, la mort
nous surprend. Nous voulons tous aller au paradis mais nous ne travaillons pas assez pour le paradis. Notre vie est
rythmée par la routine et la recherche effrénée de plaisir existentiel – matériel, physique corporel, sensation, confort.
Autant de plaisir qui conduisent en enfer. Nous avons des aspirations de paradis mais nous travaillons pour l’enfer,
sans nous en rendre compte. Pour réaliser le paradis dont nous aspirons, nous devrons être dans la quête perpétuelle de la spiritualité ; le dépassement de soi et de ses pulsions, l’élévation spirituelle qui conduit au « doylou, au djombou et au deudou », c’est cela qui conduit au Paradis.

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4. FATALISME ET SUPERSTITION

Le fatalisme est une manière de vivre selon laquelle le cours des évènements échappe à notre volonté humaine. C’est une mentalité qui nous confine au présent, au jour le jour. La fatalité tue l’innovation et la créativité, lorsqu’on est fataliste, on n’ose pas le futur. Nous ne sommes pas nés fata- listes, nous l’avons appris par notre socialisation. Sans nous en rendre compte, le fatalisme nous rend impotent et nous amène à nous résigner sur notre sort. Dans notre socialisa-tion, le fatalisme est lié à la croyance en un Dieu unique, omnipotent, Maître de l’univers et de notre âme. Dieu étant notre dernier rempart, nous comptons beaucoup sur Lui pour assurer notre avenir. C’est de l’amalgame. Dieu ne construit pas notre avenir. Nous avons notre avenir entre nos mains ; les enseignements de Dieu à travers ses envoyés doivent nous servir à choisir l’avenir que nous voulons et à baliser les chemins qui y mènent. Lorsque quelqu’un détourne les deniers publics nous disons « ndogal la

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, Yalla baax na4 ; ndogal la, Yalla baaxna » lorsqu’un chauffeur va exagérément vite et fait un accident ; « ndogal la, Yalla baaxna » lorsque nous divorçons de nos époux ou épouses ; ndogal la, Yalla baana lorsque nous nous battons dans les rues ; ndogal la, Yalla baaxna lorsque nous mettons en faillite nos entreprises et que nous mettons les travailleurs au chômage ; ndogal la, Yalla baaxna lorsque nous allons en grève et que les résultats scolaires des enfants sont mau- vais ; ndogal la, Yalla baaxna lorsque Le bateau le Diola a

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C’est un fait de Dieu
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Dieu est bon

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coulé. Les émotions se sont estompées depuis et nous avons recommencé de plus bel les comportements d’origine. Eh oui, « Yalla baaxna » et c’est pourquoi il nous a tout donné pour transformer notre être, nos manières de faire, notre environnement immédiat et notre monde. En plus d’être fatalistes, nous sommes aussi superstitieux :
« kaar, kaar5 ; niamine koss6 ; kuf ma la7 ; yaa ma gis de8,laalal bant9 , rawal, rawal10… » pour conjurer le sort. Nous avons le sentiment qu’il ya toujours quelque être invisible susceptible de nous empêcher de réaliser notre rêve. Et nous estimons que cet être invisible, immatériel entend nos « niamine koss, kuf mala et maara deytaali… »
Dans les pays dits avancés il y a de plus en plus des programmes ontologiques ou de leadership, simples et
accessibles à tout le monde, quel que soit le niveau d’études, pour s’améliorer, se bonifier et faire face aux défis, sociaux humains et professionnels. Nous avons des pro- grammes similaires aussi au Sénégal. L’apprentissage desêtres humains, des adultes ne s’arrête pas ; notre potentiel de raffinement et d’amélioration est sans fin. Notre poten-tiel de réussite aussi. Nous avons toutes les ressources de la réussite en nous ; nous avons le talent;

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