Accueil / Confidences / On a retrouvé- Assurance Malick Diop, ancien Homme d’affaires, ancien lutteur– «L’histoire de ma relation avec Youssou Ndour»

On a retrouvé- Assurance Malick Diop, ancien Homme d’affaires, ancien lutteur– «L’histoire de ma relation avec Youssou Ndour»

L’homme s’est révélé aux Sénégalais par la grâce d’une chanson célèbre de l’artiste Youssou Ndour. Assurance Malick Diop, ancien lutteur, ancien homme d’affaires, a aujourd’hui tourné le dos au monde des strass et des paillettes. L’homme vit tranquillement dans sa cossue demeure de la cité Djily Mbaye. On le retrouve tout sourire, débordant d’énergie. Il porte bien ses 77 piges. Commerce facile, Moussé Diop de son vrai nom, se dévoile. Sans détours…

Depuis la célèbre chanson de Youssou Ndour, on n’entend plus parler de vous, que devient Assurance Malick Diop ?

Je suis là à Dakar. Depuis que je suis revenu du Maroc avec mon marabout, Serigne Mansour Sy, je ne bouge presque plus de chez moi. Il m’arrive de sortir du pays de temps à autre. Mais la plupart du temps, je suis avec Manga II dans  l’association des anciennes gloires de la lutte. Je suis un père de famille qui s’occupe de ses épouses et de ses enfants. Certains d’entre eux sont en France, d’autres en Italie. Il y en a aussi qui sont aux Etats- Unis. Là je suis tout seul. Ma femme a voyagé hier (l’entretien s’est déroulé jeudi, Ndlr 🙂

On vous connaît à travers la chanson que Youssou Ndour vous a dédiée, depuis lors, vous vous êtes fait rare, pourquoi ?

Vous savez, la célébrité a ses revers.  Quand tu es célèbre, tu entends toutes sortes de rumeurs sur ton compte. Les gens aiment calomnier et ils te traitent de tous les noms. Moi, je suis du genre ouvert et généreux. Je suis l’ami de tout le monde. Mais les gens ont dit n’importe quoi sur moi. Certains me taxaient de franc maçon, d’autres de Rg, ou encore de trafiquant de drogue. Un Jour, j’étais en voyage avec Serigne Mansour, il m’a dit : «je ne savais pas que tu étais un lutteur.» Je lui ai dit : «je gagnais toujours et je sais que c’est en partie grâce à tes prières.» Quand on ne connaît pas quelqu’un et qu’il passe dans la rue, on l’indexe en racontant des contre-vérités sur son compte, on lui fait du tort.

D’où vous vient le surnom de Assurance qu’on vous colle ?

Je suis entré dans la lutte en 1954. Après mon retour de Djander où j’ai fait mes études coraniques, je suis parti à la mairie de Dakar où j’ai appris le métier de soudeur. Ensuite, je suis venu à la Gueule Tapée, le quartier de ma naissance, où je passais mon temps avec mes amis. Un jour, en rentrant du cinéma, je leur ai suggéré de passer suivre les séances de «Mbappat» et j’avais fait le pari de battre tous les lutteurs que j’allais trouver sur place. Mes amis ont rigolé et m’ont dit : depuis quand sais-tu lutter ? Je les ai convaincus de partir. Et une fois sur les lieux, j’ai battu quatre lutteurs. Le lendemain, nous sommes repartis et j’en ai terrassé 5. Le batteur de tam-tam leur a dit : ce gars c’est «Assurance». Ils m’ont demandé mon nom, j’ai répondu «Diop». Ils ont alors  commencé à m’appeler Assurance Diop. Mais mon vrai nom, c’est Moussé Diop.

Donc, votre nom n’a rien à voir avec le métier d’assureur, beaucoup pensent pourtant que vous évoluez dans le secteur de l’Assurance ? 

Non. Je n’ai jamais fait cela. J’ai travaillé à la mairie de Dakar et j’ai été embauché en 1960. Après avoir maîtrisé mon métier, j’ai voulu partir, mais les responsables m’ont retenu. J’y suis resté de 1960 à 1991. J’étais devenu contrôleur général. J’avais en charge le marché au poisson de la Gueule-Tapée. Après deux ans, j’ai pris une retraite anticipée et je suis allé aux Etats-Unis. J’ai commencé à voyager un peu partout à travers le monde. J’ai fait Paris, Atlanta aux Etats Unis…A mon retour au Sénégal, j’ai eu un rendez-vous à la Présidence et à ma sortie, je suis tombé sur Riche Niang et Pape Diop. Ils m’ont dit qu’ils voulaient que j’adhère à l’association des anciennes gloires de la lutte.

Vous avez été célébré dans des chansons par beaucoup d’artistes, à quoi devez-vous cette célébrité ?

Ce n’est pas parce que j’étais plein aux as, mais je suis juste du genre à partager tout ce que j’ai. Je suis généreux de nature. Je suis ouvert, j’ai un bon cœur et je suis ami avec tout le monde. C’est pourquoi j’étais célébré partout. Il n’y a jamais eu de restrictions dans ma maison. Les gens entraient et sortaient à leur guise. Je n’ai jamais fermé mes portes. Je travaillais à la marie et j’étais en même temps dans la lutte.

Quelles étaient vos relations avec Youssou Ndour ?

Nous sommes tous les deux des enfants de la Médina. Son père est mon ami.  Nous n’avions pas de relations particulières.


Combien lui avez-vous donné quand il vous a dédié cette chanson?

Je ne sais pas. Quand on calcule ce qu’on donne, on ne donne pas. Lors d’une soirée à Atlanta, il a passé toute la nuit à chanter mes louanges.

Mais cela devait être beaucoup d’argent ?

Je lui ai donné ce que j’avais. Quand on est dans une soirée avec d’éminentes personnalités et qu’on chante vos louanges, la seule chose qu’on peut faire, c’est de donner ce que l’on a. Je ne lui ai pas offert une maison, une voiture, des millions de FCfa, je lui ai juste donné de l’argent et je ne sais pas combien.

Qu’avez-vous ressenti quand You vous a chanté ?

Je ne m’y attendais pas. Ce jour-là, le Président Abdou Diouf était dans la salle et pourtant, c’est moi que Youssou Ndour a chanté. C’était vraiment une belle surprise

Etes-vous toujours aussi altruiste, les gens vous sollicitent-ils toujours ?

Bien sûr. Du matin au soir, je ne règle que les problèmes des autres. J’en arrive même à oublier mes propres soucis. Aider les gens, cela  fait partie de ma vie.

Mais certainement, ce n’est plus la même chose que par le passé ?

Dans la vie, il y a un temps où il faut savoir s’arrêter, faire le bilan de sa vie. Les gens sont pleins de mystère, à la limite, ils sont ingrats. Beaucoup de choses ont changé. Mais je rends toujours grâce à Dieu. Quand on va à la retraite, beaucoup de choses changent. Je n’ai plus les mêmes moyens, mais je partage toujours ce que j’ai. J’œuvre beaucoup dans le social.

Est-ce à dire que vous ne voyez plus certains qui étaient tous les jours à la porte de votre maison ?

Vous savez comment va le Sénégal. En tout cas, je garde les mêmes amis, que je ne vois plus. Les gens sont là pour leur intérêt. Maintenant, ils se sont peut-être dit que je ne peux plus leur offrir grand-chose, ils sont partis voir ailleurs.

La lutte n’était pas assez rentable à votre époque, vous devriez certainement avoir une activité parallèle?

Je faisais de l’import-export. J’avais un ami qui travaillait dans une banque, il m’a prêté 10 millions FCfa, j’ai acheté des marchandises que j’écoulais et cela me rapportait beaucoup d’argent.

En tant qu’ancien lutteur, quel regard jetez-vous sur la lutte aujourd’hui ?

Le problème de la lutte, c’est que beaucoup de gens y sont entrés par accident et non par passion. Ils sont juste à la recherche de l’argent. Quand on cherche de l’argent, parfois dire la vérité n’est pas chose aisée. Les lutteurs n’apprennent plus la lutte pure. Pour eux, il suffit de développer sa corpulence pour penser qu’on est le meilleur. Il y a des techniques de lutte qu’il faut apprendre. Lors du combat Modou Lô-Bombardier, je leur ai dit que Modou Lô allait être terrassé, parce que quand on regarde ses entraînements, on sent qu’on le prépare pour qu’il soulève Bombardier et ce n’était pas possible, vu la masse du celui-ci. On ne peut pas soulever un lutteur puissant. On doit lutter avec lui sur les flancs. J’ai été le premier à gérer la lutte, sur instruction de Senghor, j’étais avec Bakar Seck, Alioune Mbodji. Le colonnel Alassane Guèye nous avait affecté des militaires, qui avaient en charge la vente des billets. Je finançais par mes propres moyens. Nous avons pu réaliser un bénéfice de 13 millions FCfa. Après, quand Alioune Badara Paye est devenu ministre de la Jeunesse et des Sports, il a choisi Alioune Sarr et Cie. Quand Abdoulaye Makhtar Diop a pris les rênes du ministère, il m’a encore confié la lutte. Par la suite, Alioune Sarr est revenu, avec Armand Ndiaye et les autres qui étaient avec moi sont partis avec lui. Je n’ai rien dit.

«Gris 2 sera l’un des meilleurs lutteurs de l’arène»

En tant que féru de lutte, quel est le combat qui vous a le plus marqué ?

Le combat Modou Lô-Eumeu Sène. Ils ont fait de la lutte pure. Le combat Ama Baldé-Malick Niang était aussi un bon combat.

Qui sera le meilleur lutteur de l’arène, selon vous ?

Sans hésiter, je dirai Gris 2, le petit frère de Gris Bordeaux. Il maîtrise bien la lutte. Les gens ne lui prêtent pas beaucoup d’attention, mais il a beaucoup d’avenir. Il faudra compter avec lui. Il lutte avec le pied et c’est cela la force d’un lutteur. Je peux en dire autant pour Modou Lô.

Votre lutteur préféré ?

Je n’en ai pas. Mais je sais reconnaître les efforts de tout un chacun.

Quel a été votre plus gros cachet en tant que lutteur ?

Ce sont mes grands parents qui géraient mes combats. Là où les lutteurs gagnaient 100 mille F Cfa, moi, j’empochais 200 mille FCfa.

Pensiez-vous que ce sport allait générer autant de millions ?

Bien sûr. C’est pourquoi j’ai fait beaucoup de sacrifices pour ce sport. Je savais qu’un jour, ce serait un sport très convoité.

Comment passez-vous vos journées ?

Je reste dans ma chambre et je regarde la télévision.

D’où tirez-vous vos ressources désormais ?

Quand on travaille jusqu’à la retraite, on doit avoir de quoi entretenir sa famille. Mes enfants et mes neveux sont devenus de grandes personnes, ils m’envoient de l’argent quand j’en ai besoin. Ils m’on dit de ne plus rien faire et que je ne manquerai de rien. « Xifouma guinaar, namouma nene ».

Vous avez fait les beaux jours du théâtre national Daniel Sorano, vous arrive-t-il de sortir de temps à autre ?

Non. J’ai dépassé cela. Quand on est jeune, on peut faire cela, mais quand nos enfants deviennent de grandes personnes, on ne peut plus se permettre certaines choses. Il faut laisser la relève à la nouvelle génération. Je vis tranquillement ma vie. Je ne sors presque pas de chez moi.

Avez-vous des regrets dans votre vie ?

Non. J’ai toujours agi en ayant à l’esprit que Dieu me voit partout où je puisse être. Et depuis lors, je n’ai jamais tendu la main.

Où est-ce que vous avez passé votre enfance ?

J’ai grandi entre la Gueule-Tapée, Fass, Gibraltar, jusqu’à ce qu’un de mes enfants m’achète une maison à la cité Djily Mbaye, où je vis.

Avez-vous fait des études françaises ?

Non. J’ai fait des études coraniques.

Quelle analyse faites-vous du comportement actuel des jeunes lors des soirées ?

Je n’aime pas leur façon de faire. Ils sont vulgaires dans leur façon de donner de l’argent. Ils font de l’exhibitionnisme. J’ai été l’un des premiers à donner des billets à un chanteur. C’est quand Youssou Ndour m’a dédié une chanson. Mais je ne suis pas dans le gaspillage. Quand je lui donnais de l’argent, lorsque les gens ont commencé à compter, je donnais par liasses, pour que les gens ne sachent pas combien. Mais je n’ai jamais donné un million Cfa à un griot.

Combien de fois êtes-vous parti à La Mecque ?

7 fois et j’ai permis à presque 10 personnes de faire le pèlerinage à La Mecque. Pour la plupart, ce sont des gens que je ne connais pas.

L’Observateur

À voir aussi

LA SAISON DE LIGUE 1 SERA CLÔTURÉE DIMANCHE

Le championnat de ligue 1 sera clôturé, ce dimanche, avec la lutte pour le titre …