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Que fait-on de la vulnérabilité des enfants ?(Par Ibe Niang Ardo)

Au même moment où les nations modernes se proposent de prendre en charge l’éducation standardisée des enfants à partir de trois ans, l’on reste tous indifférents à la prolifération d’enfants pétris de misère à l’abandon dans nos rues

Aujourd’hui que l’effusion d’émotions excessives s’est estompée, l’on peut enfin sans risque de quiproquo émettre une opinion utile, résolument motivée par la recherche de résultat durable au phénomène. Convenons-en l’image d’un enfant ravi à ses parents, kidnappé puis supplicié, est d’une violence insoutenable, capable de faire sortir de ses gonds même les plus calmes d’entre nous. N’empêche, il faut savoir sérénité garder et ne pas verser dans des dérives niaises, quand cela arrive. Par exemple, le fait de partir d’une violence instamment provoquée par une série de quatre crimes odieux sur des enfants, et en déduire qu’une ville ou carrément tout un pays est en proie à une effroyable violence, est quelque peu saugrenu.

L’indignation et les initiatives prises par tous ceux qui ont réagi à une telle horreur sont à louer, mais pour ce qui est des approches au problème et des solutions préconisées ci et là, l’on peut regretter une confusion latente grave – le crime perpétré sur ces enfants ne renvoie pas en premier lieu à la problématique de l’insécurité, mais plutôt à celle de la vulnérabilité des enfants, chez nous. Et ces deux problématiques sont parfois paradoxales – pour qui connaît un pays en proie à la grande criminalité, l’on sait que les enfants ne s’aventurent pas librement dans les rues comme c’est le cas partout ici, 24/24h, 7/7. Des tous petits de moins de cinq ans et de la tranche entre cinq et 13 ans sont dans la rue abandonnés à eux mêmes, devenus de pathétiques icônes de notre quotidien, une horreur dont malheureusement nous nous sommes habitués au point d’en voiler notre conscience. Quand un pays en arrive là, il faut se rendre à l’évidence que l’enfant n’est plus hissé au rang de sanctuaire comme il mérite de l’être dans toute société civilisée. D’une telle situation, à quoi d’autre pouvait-on s’attendre, si ce n’est ce qui nous arrive? – Que nos enfants demeurent indemnes et en totale sécurité au sein de notre société. Que nenni! C’est de l’utopie que de l’espérer.

Par ailleurs, que quatre ou cinq enfants soient tués, c’est sûrement autant de trop, mais l’on n’intéresse pas encore les statistiques avec ce nombre, loin s’en faut. On a pas de pandémie avec autant pour se mettre à changer toutes nos lois. Par contre, on a là une alerte de plus qui vient rappeler avec insistance celle donnée avec la mort de talibés dans un incendie à la Médina, il y a quelques années.  Celle-ci vient interpeller notre indifférence devant la courbe ascendante de la vulnérabilité de nos enfants, aujourd’hui dangereusement proche de sa masse critique.  Il faut par conséquent arrêter le divertissement politicien qui consiste à faire dans l’amalgame et le dénigrement systématique des autorités chaque fois qu’un phénomène révélateur met à nu un fléau latent systémique, auquel il urge de faire face.

En pointant la violence en lieu et place de la vulnérabilité on a vu les résultats inconséquents auxquels cela abouti : c’est indexer uniquement les autorités en place tout de go, instrumentaliser l’émotion et au nom de la sévérité envers les criminels faire appel à un retour en arrière sur la peine de mort, susciter la suspicion sur les hommes politiques et les conducteurs de voitures 4×4 etc…Tout sauf aller à l’encontre de ceux qui font des enfants dans la rue leur business et dégradent ainsi toute notre société. Souvenons-nous qu’au lendemain de l’incendie de la Médina il y avait eu un haro sur le traitement des enfants et un cortège de mesures responsables avaient été annoncé par les autorités. Il fut bloqué par un lobby de marabouts, au nom du fallacieux prétexte que l’Etat s’en prenait ainsi à l’enseignement coranique.

C’est là notre problème : ce ne sont pas quatre enfants qui sont kidnappés, c’est notre société qui est pris en otage par un lobby qui abhorre la modernité et toute sorte d’organisation qui en relève. Et aujourd’hui, le fait de s’habituer à ces pauvres enfants dans la rue, se complaisant dans le statu quo, au point de ne même plus relever le déficit social grave qu’il atteste, affecte toute la société, même ceux qui éduquent bien leurs enfants dans leur foyer.

Au même moment où les nations modernes se proposent de prendre en charge l’éducation standardisée des enfants à partir de trois ans, l’on reste tous indifférents à la prolifération d’enfants pétris de misère à l’abandon dans nos rues, pour ne faire zèle de notre indignation que lorsqu’une fatalité s’abat sur l’un d’eux. Ce n’est pas comme ça que l’on réglera leur vulnérabilité une bonne fois pour toute. Il faudrait faire en sorte que plus personne ne puisse, s’abriter derrière le mur de la foi ou sous le manteau de marabout animé d’un illusoire combat contre des ennemies imaginaires, ne puisse les instrumentaliser et se payer un luxe au dépens de leurs droits en tant que citoyens de notre pays. Ce phénomène a atteint une échelle telle qu’en ces enfants anonymes il ne faut plus y voir l’enfant de Massamba ou Mademba, Astou ou Sokhna, mais plutôt le nôtre, ce sont les enfants de la Nation, sur qui nous comptons et sur qui repose notre Avenir. En eux et leur misère quelque part factice, je suis sûr qu’une bonne part du génie de notre peuple est tuée dans l’œuf chaque jour que Dieu fait. Ayons le courage de faire ensemble, sans hypocrisie politicienne, face à leur vulnérabilité.

iniang@seneplus.com

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