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OUMAR GOUDJA, TÉMOIN AU PROCÈS DE HISSEIN HABRÉ « Même les chiens n’auraient pas mangé ce qu’on nous servait en prison »

  • Date: 15 décembre 2015

 C’est par vidéoconférence que les témoins Oumar Goudja et Azkhari Ibrahim Mourra ont fait leurs dépositions, hier, depuis Ndjamena. Ils ont expliqué aux juges les circonstances de leur arrestation et leurs conditions difficiles de détention.

Le procès de Hissein Habré, hier lundi, a été marqué par la suite de l’audition des témoins. Oumar Goudja a fait sa déposition par vidéoconférence depuis N’Djamena. Il est revenu sur les circonstances de son arrestation par les éléments de la Dds, le 17 avril 1989. Ce jour-là, il a été intercepté par les éléments de la Dds alors qu’il revenait du Cameroun où il était établi pendant 3 ans. Selon lui, il a tout de suite reconnu les militaires dont le directeur Ahmat Aladji. De l’ethnie Zaghawa, le témoin a indiqué qu’on lui reprochait de garder l’argent de Hassan Djamous et d’Idriss Déby. Cela lui a valu une détention avant sa libération le 1er décembre 1990. Depuis Ndjamena où il se trouve, Oumar Goudja a expliqué son calvaire dans les centres de détention de la Dds. « En prison, on a voulu me faire signer des chèques de 80 millions et 150 millions pour retirer mon argent et j’ai refusé. Mais, ce refus de signer lesdits chèques m’a valu deux semaines de torture. Finalement, j’ai accepté de signer mais ils n’ont rien retiré », a-t-il déclaré. À l’en croire, les agents lui ont posé des questions sur Déby qu’il a qualifié de « questions bêtes ». Ceci lui a également valu des tortures. Par ailleurs, dans les Archives de la Dds, on pouvait lire : « Oumar Goudja : confident de Hassan Djamouss et complice des traitres ».

La souffrance dans les prisons

Lors de sa déposition, hier, devant les Chambres africaines extraordinaires (Cae), le témoin est revenu sur les conditions de détention. Selon lui, il a été tellement torturé qu’il avait des blessures au dos. Son boubou lui collait à la peau et il fallait le tirer pour l’enlever. Il a aussi précisé qu’il est devenu presque aveugle a cause de l’éclairage en prison. C’est au regard de ce qui précède qu’il a eu à faire quatre opérations aux yeux. S’agissant de l’alimentation, Oumar Goudja a soutenu que même les chiens n’auraient pas mangé ce qu’on leur servait en prison. Les conditions étaient tellement difficiles au point qu’il y avait fréquemment des morts dans les prisons. « Il pouvait y avoir 5 à 7 morts », a-t-il encore déclaré. Et de poursuivre : « J’étais malade un jour et l’infirmier Saria a voulu me faire une injection. Je lui ai donné un coup de poing parce qu’avant de soigner quelqu’un ou de le piquer, il faut bien le nourrir d’abord ». Oumar Goudjan a par ailleurs précisé aux juges qu’il louait des maisons à des institutions comme la Banque mondiale (Bm) à N’Djamena. « Les agents de la Dds ont voulu toucher les loyers mais ces institutions ont refusé. C’est ainsi que mes comptes personnels ont été bloqués sur ordre directs du directeur de cabinet de Hissein Habré », a martelé le témoin selon qui, le Président Hissein Habré était au courant de son arrestation parce qu’ils se connaissent très bien. Mieux, précise-t-il, sa femme est la nièce de l’ancien homme fort de Ndjamena. Pour terminer, le témoin a déclaré qu’il n’a pas jugé utile de faire le déplacement à Dakar pour témoigner vu que le Président Habré refuse de parler.

Azkhari Ibrahim Mourra : « Nous étions 360 détenus répartis dans 5 cellules »

À sa suite, Azkhari Ibrahim Mourra a aussi fait sa déposition. Enseignant bénévole de son état, le témoin a été arrêté le 1er avril 1989. Ce jour-là, explique-t-il, une voiture est venue le chercher à son école pour l’emmener à Iriba. « De Iriba, on m’a mis dans un avion pour N’Djamena où j’ai été directement conduit à la prison de la présidence de la République. Sur place, je n’ai trouvé que des personnes de l’ethnie des Zaghawas. Nous étions 360 détenus répartis dans 5 cellules », a déclaré le témoin qui, a demandé pourquoi il n’y avait que des Zaghawas en prison. La réponse a été les sorties de Hassan Djamous, Idriss Déby et Mahamat Itno. Revenant sur les conditions de détention, Azkhari Ibrahim Mourra  a révélé que de 360 détenus, ils ont fini à 40 à cause de la torture et des mauvaises conditions de détention. « Les 15 premiers jours, beaucoup mourraient par suffocation. Les gardes n’ouvraient les portes que pour faire sortir les morts mais pas les malades », a-t-il indiqué. Le témoin a aussi renseigné qu’un soir, il faisait partie du groupe de détenus qui a été sorti la nuit pour être torturé. « On a commencé à nous ligoter. Cependant, j’ai commencé à réciter le Coran avant que le chef ne donne l’ordre de me remettre en cellule », a dit Azkhari Ibrahim Mourra selon qui, ce groupe de détenus a été exécuté. À l’intérieur de leur cellule, se souvient-il, un des agents de la Dds avait répandu une boule noire qui attirait des moustiques pour les piquer. En faisant sa déposition, le témoin a révélé qu’ils ne dépendaient pas de la DDS mais de la Sécurité présidentielle (SP). « C’étaient des militaires en bérets rouges qui venaient enlever les cadavres dans les cellules. Nous sommes restés en prison pendant 20 mois avant notre libération le 1er décembre 1990 », a-t-il dit.

Cheikh Moussa SARR

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