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Oumoul Khayry Sow : « Je veux toucher 60% de la population dont 60% de femmes enceintes »

Oumoul Khayry Sow est une jeune sénégalaise qui a déjà les pieds dans la Cour des Grands. Etudiante en sciences politiques au Canada elle est depuis 2003 la reine sénégalaise de la lutte contre le Paludisme. Elle a été élue à ce titre par Eva Marie Col Seck, la responsable de la première structure de la région Afrique qui lutte contre cette maladie qui font des ravages chez les enfants en bas âge, les femmes enceintes et les personnes du troisième âge. Dans le cadre de sa mission humanitaire elle a été reçue par l’ancien Secrétaire général des Nations Unies Koffi Annan et de plusieurs chefs d’Etats à travers monde, mais pas encore celui du Sénégal.Elle tient coûte que coûte à rencontrer ce dernier en vue de mieux cibler ses actions pour le bien être de ses compatriotes. Dans cet entretien qu’elle nous accordé à quelques jours du lancement de sa énième caravane de lutte contre les trois malades les plus courantes au Sénégal : Paludisme, le Sida et la Tuberculose ; elle revient sur son expérience, ses relations au niveau international et le soutien qu’elle compte apporter à son pays à travers son action.

Source : Sudonline
SUD QUOTIDIEN : Qu’est ce qui vous motive ?

Oumoul Khayry SOW : En 1997, j’ai été atteinte d’un rhumatisme articulaire aigu avec une décompensation cardiaque. J’ai été hospitalisée à l’hôpital Principal à Dakar et les médecins ont conclu que la maladie est incurable au Sénégal. Après, ils m‘ont mis en relation avec une Ong « Terre des hommes » qui nous a pris en charge pendant un mois avant que je sois acheminée en France où j’ai été opérée et puis je suis rentrée au Sénégal toute guérie. Malheureusement, dans mon quartier j’avais un ami qui avait la même maladie que moi. Je l’avais mis en rapport avec « Terre des hommes » mais, vu son état de santé qui était aggravé, il a finalement succombé à sa maladie. Cela m’avait bouleversé et touché. Je me suis rendue compte que sans la solidarité, je ne serais pas là. Pour cela, j’ai décidé d’être au service de mon prochain.

Quelles sont vos ambitions pour le Sénégal

Déjà, chaque année, j’organise des caravanes pour la lutte contre le Paludisme. A l’occasion on distribue des moustiquaires imprégnés. On sensibilise les populations et on fait des consultations gratuites. Pour cette année, la caravane se fera du 4 au 16 août dans les régions de Dakar, de Louga, et de Saint-Louis. Nous avons 11 mille de Coartem, un médicament contre le paludisme à distribuer. En plus, nous avons du matériel bio médical et nous comptons distribuer 15.000 moustiquaires imprégnés. Nous partons avec des médecins comme chaque année pour des consultations gratuites. Et nous allons avec des jeunes caravaniers de mon âge pour la sensibilisation des populations. Cette année, grâce à mes partenaires on a pu soigner à l’étranger une autre fille qui a la même maladie que j’avais. J’envisage de créer un réseau social pour la prise en charge de certains fléaux au niveau de la sous-région. Ce qui va créer une synergie entre les différents pays africains.

Pour organiser une caravane, cela nécessite des moyens. Comment réussissez-vous à mobiliser autant de moyens pour vos caravanes ?

Je me débrouille. J’avoue que je n’ai pas assez de moyens, mais j’ai des partenaires nationaux comme internationaux qui me soutiennent. Pour la caravane de cette année, nous avons mobilisé 40 millions de FCfa, mais je fais appel à plus de sponsoring pour aider les autres. La caravane de cette année est dédiée au médecin Mamadou Sarr, médecin chef de district de Podor qui nous avait suivi quand on venait juste de démarrer.

Vous aviez été sacrée reine de la lutte contre le paludisme. Quels sont les critères qui ont été retenus pour la sélection ?

Lors du téléthon 2003, l’ancienne ministre de la Santé, Eva Marie Coll Seck avec qui je travaillais a remarqué que justement je m’investis sur le plan social en ce qui concerne la santé. J’allais dans les coins les plus reculés du Sénégal et j’organisais des caravanes pour combattre le paludisme. Elle avait vu que j’étais un exemple et elle a trouvé que j’étais très jeune. C’est comme cela qu’elle m’avait sacrée reine de la lutte contre le paludisme. Elle avait exhorté les jeunes de mon âge à suivre mon exemple .

De 2003 à nos jours, quel est le bilan que vous avez tiré de vos activités ?

OKS :Je dirais que le bilan est positif. Car depuis 2003 nous avions distribué plus de 30.000 moustiquaires partout dans le Sénégal. Plus de 12.000 personnes ont été consultées et on a atteint des milliers de personnes. Il y a une affluence de personnes qui se sont présentes dans les sensibilisations et caravanes que nous avons faites. Un changement de comportement a été remarqué. Les gens dorment de plus en plus sous des moustiquaires de même que les enfants en très bas âge. Nous nous sommes fixés des objectifs à Abuja pour couvrir 60% de nos populations en moustiquaires et parmi ces populations nous voulons couvrir 60% de femmes enceintes.



Quelles sont les difficultés que vous avez l’habitude de rencontrer dans vos activités ?

C’est vrai que j’investis, je fais tout mais cela demande des moyens et l’implication des autorités. Je reconnais que les autorités du ministère de la Santé m’aident beaucoup. Mais je n ‘ai jamais eu à rencontrer le Premier ministre, encore moins le Président de la République. Ce que je regrette à juste raison car j’ai été reçue dans le cadre du combat que je mène par l’ancien Secrétaire des Nations Unies, Koffi Annan, par le président de la Confédération hélvétique, par le Président du Mali, M. Amadou Toumani Touré (ATT) et par le président du Libéria Mme Ellen Johnson Sirleaf. Mais jusque=là je n’ai jamais été reçue par le président Abdoulaye Wade. Le programme paludisme nous avait accompagné dans les différentes caravanes de 2001 à 2003 et qu’elle nous suive également durant notre caravane de cette année. Nous pensons également que le programme Sida, comme celui de la Tuberculose nous accompagnent dans le cadre de cette caravane pour mieux sensibiliser les populations.

Qu’est ce qui vous pousse à intégrer les maladies du Sida et la Tuberculose dans vos combats ?

OKS : C’est vrai que le paludisme fait des désastres. Mais le Sida et la tuberculose font également des désastres. Surtout le Sida qui, même s’il ne tue pas laisse des séquelles. C’est une maladie qui condamne la personne. C’est une maladie qui est tabou au Sénégal. Dans les caravanes, les populations nous écoutent, il y a des personnes âgées comme les moins âgées qui écoutent les communications qu’on lance. Cependant je reconnais ce que je fais c’est une goutte d’eau dans la mer même si j’essaie de toucher le maximum de personnes. Il faudrait alors l’implication de tout un chacun pour l’éradication de ces fléaux.

Quel est le combat que vous menez au niveau international ?

Au niveau international, c’est grâce à l’ancienne ministre de la Santé et de la Prévention Eva Marie Coll Seck que je suis devenue assez connue. Quand elle a été nommée au poste de Secrétaire général de roll back malaria (Onu/Paludisme), elle m’a invité aux Nations-Unies à l’occasion du lancement du premier rapport mondial sur le paludisme. Devant plus d’une quarantaine d’ambassadeurs, elle a parlé de moi. J’ai pu devant ces ambassadeurs évoquer les questions de moyens pour mener mon combat. Ce que les ambassadeurs ont vivement apprécié. Et à partir de là, j’étais souvent invité par Roll back Malaria à assister aux réunions à Genève, en France, en Tanzanie, au Cameroun. Grâce à cette Roll Back Malaria, j’ai pu connaître une association de paludisme. C’est grâce à eux et une société informatique que j’ai signé des partenariats pour lutter contre le paludisme. Cette société informatique durant son 125èmeanniversaire a décidé d’allouer 4% de son budget à notre association de lutte contre le paludisme. Au 100ème anniversaire des Nations-Unies, Koffi Annan à l’occasion d’un cocktail m’avait nommé officiellement devant tout le monde Ambassadrice de l’Onu pour le Paludisme. J’ai également rencontré la présidente d’un réseau femmes Africa solidarité qui s’active dans la lutte contre la pauvreté. Elle m’avait invité au Mali où le réseau décerné à ATT, le prix « Tombouctou de la Paix ». Je collabore également avec des firmes pharmaceutiques. Je fais partie du Comité de coordination du fonds mondial de lutte contre le Sida, le Paludisme et de la Tuberculose.

Qu’est ce que le Sénégal gagne dans votre combat au niveau international ?

Cette année, on m’a mis en rapport avec une fille qui avait la même maladie que moi. Grâce à mes partenaires, elle a pu être acheminée en Suisse. Elle a été opérée et elle est rentreée guéri. La structure sanitaire qui l’avait opérée, nous a offert la possibilité d’amener chaque année, cinq personnes malades pour qu’elles soient prises en charge par cet hôpital Suisse. Le billet et l’hébergement de ces malades sont pris en charge gratuitement par nos partenaires et la structure médicale.

Si Vous aviez un message a délivré au peuple sénégalais. De quoi leur recommanderez-vous ?

J’ai deux messages. L’un concernant le président de la République du Sénégal à qui je demande tout simplement de me recevoir. Car depuis 2001, je m’investis pour une meilleure prise en charge des populations sur le plan médical. Je lui ai adressé 27 correspondances, mais je n’arrive pas à être reçue par lui. J’ai envie de créer un réseau. Son appui et son soutien me donneront une ouverture vers les autres pays. C’est mon cri du cœur. Je souhaite qu’il me reçoive avant que je ne reparte. Mon deuxième message, c’est un appel à tout le monde pour qu’on se serre davantage les coudes, car le monde que nous vivons est un village planétaire. Nous avons le droit de protéger le monde et notre continent. J’invite les jeunes à s’investir dans la solidarité pour que le Sénégal puisse être impulsé et amélioré.


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