Accueil / POLITIQUE / Ousmane Ngom instaure un couvre-feu déguisé La France dénonce la mesure

Ousmane Ngom instaure un couvre-feu déguisé La France dénonce la mesure

«Pour des raisons de sécurité, sont interdits, sur toute l’étendue du territoire national, les cortèges, défilés et rassemblements de personnes sur la voie publique», c’est la décision prise par le ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom, dans un communiqué rendu public et qui sera de rigueur, de jeudi à lundi. Une décision jugée grave et inquiétante par certains observateurs dont la France qui qualifie la mesure d’antidémocratique. Pour le Chef de la diplomatie française, Alain Juppé, Ousmane Ngom n’a pas le droit de prendre une telle décision qui n’est valable qu’en cas de couvre-feu.

L’ordre des avocats du Sénégal a également abondé dans le même sens. Cette interdiction temporaire de manifestations sur la voie publique est, selon le conseil des avocats du Sénégal, une violation grave et manifeste de la liberté d’expression consacrée par la Constitution de notre pays.

Dans un communiqué, ces juristes estiment que les mesures de sécurité invoquées par le ministre de l’Intérieur sont loin de convaincre. Un autre communiqué d’Amnesty International qui a aussi dénoncé la mesure, appelle les autorités sénégalaises à ne pas restreindre la liberté d’expression et de réunion. «Rien ne semble justifier une telle interdiction qui porte atteinte à la liberté de manifester pacifiquement pourtant consacrée par la Constitution sénégalaise», soutient Salvatore Saguès, chercheur pour Amnesty Internationale sur l’Afrique de l’ouest. Dans ce contexte pré-électoral tendu, ajoute-t-il où le débat politique doit pouvoir s’exprimer librement, la décision des autorités d’interdire tout rassemblement sur la voie publique est particulièrement inquiétante.

Outrés par l’illégalité de la décision, les principaux dirigeants de l’opposition ont appelé « le peuple sénégalais à une résistance active ». Et le Mouvement du 23 juin (M23) qui regroupe les partis d’opposition et la société civile -dont le collectif « Y’en a marre »- a appelé à manifester, vendredi à Dakar, en dépit de cette interdiction. « La Constitution nous autorise à manifester et ne peut pas être abrogée par un arrêté ministériel », en l’occurrence celui du ministre de l’Intérieur, a déclaré Alioune Tine, porte-parole du M23 qui entend, par ailleurs, « attaquer » cet arrêté « devant la Cour suprême ». Des déclarations du président Wade publiées jeudi par le site sénégalais d’information en ligne DakarActu risquent d’exacerber les tensions, puisqu’il y affirme pouvoir « légalement » se présenter, non seulement, en 2012 mais également, « une autre fois, en 2019 ». Ce même président avait dit en 2007, répondant à une question d’un journaliste de Rfi: «j’ai bloqué les mandats à deux, dans l’actuelle Constitution, je ne serais pas candidat en 2012. Je ne peux pas me représenter. J’ai donc décidé que, je ne me représenterai pas à la présidentielle de 2012. La constitution me l’interdit». Un tel aveu, comme un couperet, peut être un verdict sans appel, quant à la validité de la candidature du premier des bleus à l’élection présidentielle de 2012. Cet aveu de taille, en lui-même, rend caduque et non nécessaire la décision du Conseil constitutionnel chargé de se prononcer sur la recevabilité de la candidature d’Abdoulaye Wade, à un mois de l’élection présidentielle. Toujours est-il que, dans ce contexte, l’interdiction décidée par le Ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom, est considérée, par nombre d’acteurs politiques, comme un couvre-feu déguisé instauré par les libéraux

L’Union européenne a annoncé, jeudi, qu’elle déploierait 90 observateurs au Sénégal, pour les besoins de l’élection présidentielle du 26 février prochain. L’eurodéputé Thijs Berman, qui dirigera la mission, précise que le gouvernement sénégalais a accepté d’accorder une « liberté totale » à la délégation. Les observateurs pourront se rendre dans toutes les circonscriptions électorales et dans tout bâtiment utilisé, pour le dépouillement.

Sambou Biagui


À voir aussi

Seydou Diouf : « Wade, son fils et le PDS: Destin occulte »

Seydou Diouf, porte parole de l’Apr Dakar-Plateau, a soutenu que depuis l’alternance en 2000, le …

Fichier électoral: L’opposition envoie ses experts à la Daf

Dans une lettre adressée qui lui a été adressée, le Front de résistance nationale (Frn) …