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Ouverture de son procès, hier, au palais de justice de Dakar Hissène Habré rompt le silence et tacle les autorités sénégalaises

  • Date : 21 juillet 2015

 Le procès de l’ancien Président tchadien, Hissein Habré s’est ouvert, hier lundi, à Dakar. Tout de blanc vêtu, Hissène Habré s’est présenté à la salle 4 du palais de justice de Dakar, avant l’ouverture des portes à 8 heures. Cependant, il sera ramené dans la cave dudit palais, suite à un incident, avant le démarrage de la cérémonie officielle et au cours duquel, l’ancien Chef d’Etat tchadien a déclaré que «c’est le procès de l’impérialisme et du colonialisme».

La salle 4 du palais de justice de Dakar a accueilli, hier lundi, l’ouverture du procès de l’ancien Président tchadien, Hissène Habré, poursuivi pour crimes de guerre, tortures et crimes contre l’humanité. En effet, les portes de la salle d’audience ont été ouvertes vers les coups de 8 heures et Habré était déjà à l’intérieur. Tout de blanc vêtu, l’ancien Président tchadien a été escorté par 10 éléments pénitentiaires d’intervention (Epi). Assis sur sa chaise, égrenant tranquillement son chapelet, Habré fixe les chaises des juges qui n’étaient pas encore sur place. Derrière lui, la salle se remplissait petit à petit, les journalistes prenaient des interviews, photos et autres. Cependant, l’atmosphère a été perturbée, lorsque Me Ciré Clédore Ly a franchi la porte de la salle 4. Ancien avocat de Hissène Habré, Me Ly a pris place derrière son ancien client. Interrogé par les journalistes sur le procès, la robe sera interrompu par Habré qui, sautant de sa chaise, lui demandera au nom de qui il prenait la parole. «C’est le procès de l’impérialisme et du colonialisme», dira l’ancien Président. Mais, l’accusé sera maitrisé par les éléments pénitentiaires d’intervention, avant d’être ramené dans le box des accusés. Pendant ce temps, les gendarmes tentaient de rétablir l’ordre dans la salle où les proches et sympathisants de Habré criaient à l’injustice.

Hissène Habré : «vous êtes des traitres, des vaches, des politiciens pourris du Sénégal.»

Me Ciré Clédore Ly, répondant à Habré, expliquera : «la composition du tribunal est irrégulière. En tant qu’africain et en tant que patriote, je dis que c’est un complot que l’impérialisme aurait fait avec des chevaux de Troie et des compradors africain. Ce ne sera pas un procès équitable.» L’avocat dira être dans la salle pour dénoncer cet acte. Il faut dire que des partisans de l’ancien Président tchadien, à l’image de ses deux neveux Mohamed Toggoy et Birahim Habré, ont mis aux arrêts par les gendarmes lors de l’incident. A l’intérieur du box des accusés, on entendait la voix de l’ancien Président tchadien : «Vous avez des bandits ici, c’est de la mascarade, vous êtes des traitres, des vaches, des politiciens pourris du Sénégal, des voilés des américains.»

Habré refuse de comparaître… il sera amené, aujourd’hui au tribunal, par la force publique

Après la cérémonie officielle, les juges ont exigé la comparution de l’accusé pour le démarrage de l’audience. Mais, Habré a refusé de comparaître et le tribunal a commis un huissier, afin que l’ancien Président du Tchad puisse quitter la cave pour revenir dans la salle d’audience, mais en vain. Car, Habré a indiqué à l’huissier qu’il ne reconnait pas les Chambres africaines extraordinaires d’assises. «Ces Chambre que j’appelle comité administratif, sont illégales. Ceux qui y siègent ne sont pas des juges, mais de simples fonctionnaires remplissant une mission d’ordre politique. Par conséquent, je n’ai à répondre à aucune démarche de ce comité administratif», a dit Habré à l’huissier, avant qu’il ne refuse de signer son acte. Ainsi, les juges des chambres africaines extraordinaires ont-ils décidé de faire comparaître l’accusé, aujourd’hui, par la force publique. «Nous, Présidents des chambres africaines extraordinaires, vu les articles 275 et 276 de la nouvelle loi, avons pris la décision de conduire Hissène Habré par la force publique, demain à 9 heures (aujourd’hui) à la salle 4 du palais de justice de Dakar où siègent les Chambres africaines extraordinaires», a dit le Président Gberdao Gustave Kam. Sur ce, l’audience a été suspendue jusqu’à aujourd’hui 9 heures.

Mbacké Fall : «Je m’adresse à vous Habré. Votre silence ne pourra pas être retenu par l’histoire comme une stratégie»

Auparavant, l’audience a été ouverte avec une cérémonie officielle. Par la voix de l’avocat général Mbacké Fall, le parquet est revenu sur les chefs d’inculpation. «Nous avons une pensée pieuse pour les victimes disparues, décédées des crimes et violations graves commises au Tchad sous le règne de Habré. Nous rendons également hommages aux survivants meurtris dans leur chair et dans leur dignité. Ces survivants ont décidé de porter et de poursuivre le combat contre l’impunité», a déclaré Mbacké Fall. A l’en croire, ce procès ne constitue pas un acharnement contre l’accusé, mais est l’aboutissement d’un long processus. «Des invectives et autres calomnies ont été proférées à l’encontre des juges et des autorités politiques, mais cela n’entrave en rien l’œuvre des juges», dira-t-il. Revenant sur les faits, Mbacké Fall a indiqué que des armes de guerres, entre autres éléments, ont été découvertes chez Habré. La liste des témoins lui a été communiquée mais, dit-il, il a refusé d’en prendre copie. «Les chaines de commandement seront mises à jour pour attester que Habré est coupable des faits qui lui sont imputés. Je l’invite à comparaitre et à briser son silence devant les juges pour répondre de ses actes», a-t-il déclaré. «Je m’adresse à vous Habré. Votre silence ne pourra pas être retenu par l’histoire comme une stratégie de défense, mais un acquiescement de votre conscience sur les faits graves qui sont portés à votre encontre», a-t-il poursuivi.

Me Jacqueline Moudeina, avocate partie civile : «Ce procès est celui de toute l’humanité»

A la suite du parquet, les avocats de la partie civile ont pris la parole. Me Jacqueline Moudeina a déclaré que c’est avec un immense plaisir qu’elle se lève, au nom des 4445 victimes qu’ils défendent depuis 15 ans, pour prendre la parole. «C’est une tâche immense, un honneur d’être le porte-voix des sans voix, des morts. Habré est un dictateur terrible, redouté, le gourou de son peuple durant des décennies. C’est la raison pour laquelle, Messieurs et Mesdames des Chambres africaines extraordinaires, les victimes vous écoutent. Le monde vous regarde, le monde nous regarde. Ce procès est celui de toute l’humanité», a-t-elle assené.

Le bâtonnier, Me Mbaye Gueye : «Il y a aujourd’hui des personnes qui seront dans leur salon pour suivre le procès, alors qu’elles devaient être ici, en tant qu’inculpés »

En l’absence des avocats de la défense, le bâtonnier Me Mbaye Guèye a pris la parole pour rappeler qu’un hommage doit être rendu au Sénégal et à ses autorités judiciaires qui ont tenu à ce que justice se fasse. «C’est une première en Afrique. Nous devons vous encourager, même si nous ne doutons pas un seul instant que vous conduirez la mission que l’Afrique vous a confiée. J’invite les acteurs de ce procès à être à la hauteur, afin de préserver la dignité et l’honneur des africains», a-t-il dit. A l’en croire, le barreau du Sénégal mettra à la disposition de cette juridiction, tous les éléments nécessaires pour la bonne tenue du procès. «Nous ne faisons pas dans la menace, mais nous surveillerons particulièrement ce procès. Parce que nous sommes contre l’impunité», a dit Me Fall qui exige aux juges de garantir un procès équitable à l’accusé, quelle que soit sa stratégie de défense. «Habré ne devait pas être seul ici. Il y a aujourd’hui des personnes qui seront dans leur salon pour suivre le procès, alors qu’elles devaient être ici en tant qu’inculpés», a-t-il déclaré. Toutefois, il soutiendra que la décision que va rendre la juridiction sera appréciée par leurs collègues, les universitaires, les étudiants en droit, les organisations des droits de l’homme.

Cheikh Moussa SARR

 

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