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PAPA BABOU NDIAYE PRESIDENT DE L’ASSOCIATION DES ACTUAIRES DU SENEGAL « L’Etat du Sénégal doit négocier avec les syndicalistes pour les convaincre »

L’Actuariat. Voici un métier d’avenir que les pays africains commencent à intégrer dans le système éducatif. Le rôle de l’actuaire consistant à identifier les risques socio-économiques, à évaluer les coûts et anticiper sur les problèmes et aider ainsi les  gouvernements à pérenniser leurs régimes en termes de transparence et de viabilité. Le Sénégal s’engage dans ce secteur afin de mieux déceler les problèmes souvent rencontrés dans les organismes gestionnaires de la prévoyance sociale. Dans un souci de rehausser le secteur, le Sénégal a participé à un séminaire de formation sur le pilotage des régimes de la prévoyance sociale  organisé par Finactu, un cabinet international qui accompagne les pays africains. Lors d’une interview accordée au groupe Rewmi, au Maroc, Papa  Babou Ndiaye, le Directeur des Etudes de l’IPRES, par ailleurs président des actuaires du Sénégal, revient sur l’intégration de l’actuariat dans les régimes du gouvernement et de ses avantages en matière de bonne gestion dans la transparence. En outre, c’est l’occasion pour l’Actuaire Sénégalais d’expliquer que le déficit dont souffre le Fond National de Retraite (FNR) qui s’élève à 15 milliards, n’est pas nouveau; et face à cette situation, l’Etat doit mener des négociations pour les convaincre et leur faire comprendre l’importance de cette mesure draconienne à augmenter le taux de cotisation.

Le Sénégal fait t-il des progrès dans le domaine de l’actuariat ?

Evidemment. Notre pays fait des progrès dans le secteur de l’actuariat qui commence bien à se développer. Avec le développement des compagnies d’assurances, nous avons eu la chance d’avoir le premier Actuaire africain, le Directeur de la Sonam, Diouldé Niane. Donc, ayant compris la nécessité d’avoir des actuaires, elles ont commencé à recruter de plus en plus. On n’a jamais eu une école de formation en actuariat au Sénégal, nous avons été formés à l’Etranger, certains à l’Isfa de Lyon, d’autres à Paris et en Amérique. Après notre formation en 1992, nous avions eu l’idée de mettre sur pied une association : l’Institut des Actuaires du Sénégal (INAF), qui date depuis 1994. Mais c’est en 2009 qu’on a commencé à concrétiser nos actions. La création de cette association nous a permis de décrocher un partenariat avec Lyon, permettant de former des étudiants en actuariat avec la collaboration de la FASEG. Ce qui fait que ces étudiants inscrits en master (Safir) ont les mêmes droits et bénéficient des mêmes opportunités que ceux de l’ISFA à Lyon.

Est-ce que l’actuariat a de l’impact sur l’économie ?       

Oui dans le sens ou les actuaires interviennent de plus en plus dans le secteur, et avec l’existence de l’INAS qui a pour ambition de s’impliquer davantage dans les programmes de protection sociale. Mais, je signale l’implication est encore lente.

Pouvez-vous expliquer les enjeux de l’audit actuariel dans la sécurité sociale et la retraite ?

Vous savez, aujourd’hui, le gouvernement fait de grands pas dans ce domaine. En d’autres termes, des programmes s‘inscrivent dans le domaine de la protection sociale, et l’idée de cette initiative est, entre autres, d’impliquer les actuaires qui aident au retour, le gouvernement à pérenniser la viabilité de ses régimes. A titre d’exemple, je peux citer les bourses familiales. Pour mieux vous expliquer, L’Etat du Sénégal subventionne à partir d’un budget alloué.  Cependant, la question que l’on doit poser c’est : est ce que l’Etat pourra supporter tous les coups futurs avec son budget ?  Sur ce, il revient à l’actuaire d’intervenir. En termes clairs, l’actuaire aide le gouvernent à se projeter dans le futur, et à prendre des mesures idoines dans des secteurs comme la Couverture Maladie Universelle (CMU) et la retraite entre autres. Concernant la retraite, il n’y a pas longtemps que l’on a organisé une conférence sociale, et il y’a un package de reformes que le gouvernement peut mettre en œuvre; et celui-ci a des impacts sur le système de retraite. Tout cela est relatif au rôle de l’actuaire.

Le Fond National de la Retraite (FNR) souffre actuellement d’un déficit de 15 milliards. Et le gouvernement compte majorer 3%. Qu’en est-il de cette décision rejetée par le syndicat des enseignants du supérieur ?

D’abord cette situation était prévue par la Banque Mondiale quant on  faisait l’étude en 2002. Elle avait donné des recommandations parmi lesquelles nous avions effectivement augmenté le taux de cotisation, augmenté les recettes, allongé l’âge de la retraite de 55 ans à 6O ans ; ces mesures permettaient de régler les problèmes à court terme dans les 5 ans. Mais, c’est après qu’on est encore confronté à ces problèmes de nouveau. Le déficit s’est installé, et il n y a pas de volonté politique pour prendre des mesures draconiennes. En général, quand on a un déficit, la solution la plus dure c’est d’augmenter le taux de cotisation. Cela contribue à la diminution du taux d’achat des travailleurs. Dans un tel cas de figure, ça nécessite des négociations. Autrement dit, l’Etat doit négocier avec les syndicalistes pour les convaincre et leur faire accepter les mesures draconiennes.

Et quelle perception, avez-vous de l’affirmation du ministre de tutelle selon laquelle d’ici à 2018, ce déficit sera comblé ?

Cela relève du travail de l’actuaire. Ce dernier prend les statistiques du passé et des hypothèses du présent, et se projette dans le futur. Parmi les mesures préconisées, relever le taux de cotisation ne suffit pas, de même que si la caisse change de statut et a une autonomie financière. Outre, Nous avons proposé la diminution de la durée de référence. Toutes ces  mesures diminuent la dépense; ce qui fait qu’il faut toucher aussi bien les dépenses que les recettes. Je vous signale que le FNR est une ligne dans le trésor, et quant il y a excédent, ça rentre dans l’unicité des comptes, de même quand il y a défit aussi, c’est le trésor qui finance. Pour vous dire, ce déficit, quand il devient très lourd, il augmente le déficit budgétaire.

Safiyatou Diouf (Maroc)

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