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PAPE DIOP, LEADER DE BOKK GIS-GIS « Macky a déjà perdu et quittera non par la petite porte mais par la fenêtre »

  • Date: 26 février 2016

Ancien président de l’Assemblée nationale, ancien président du Sénat et ancien Maire de Dakar, Pape Diop leader de la CD/BGG est fortement ancré dans l’opposition et décide de voter ”Non” au référendum du 20 mars prochain. Mais il connait Macky Sall pour l’avoir pratiqué. Avec simplicité, aplomb et aisance, il livre sa lecture sur le régime de Macky Sall, le conflit entre la Ville de Dakar et l’État et le référendum. Une lecture sagace qui rend compte de sa détermination à mener la bataille politique.

Monsieur le président, vous connaissez Macky Sall et vous l’avez pratiqué. Vous attendiez-vous à ce qu’il renie sa parole sur son mandat ?

Rien ne m’a surpris. Je ne fais pas partie de ceux qui ont été dribblé par le président Macky Sall. Je présageais bien qu’il allait se dédire. Les indices étaient flagrants. Chaque fois qu’il faisait une sortie sur la réduction de son mandat, les responsables de son parti le désavouent le lendemain avec fermeté. Macky Sall n’était pas prêt à s’appliquer un quinquennat. Le problème est qu’il cherchait par où passer. Déjà, avec l’histoire des élèves-maitres, il a foulé aux pieds l’arrêt de la Cour suprême qui est au-dessus du Conseil constitutionnel, préférant, pour des questions politiques, donné raison au ministre de l’Éducation nationale. Pour un Républicain, c’est un pêché impardonnable. Donc, s’il verse dans le juridisme, aujourd’hui, pour se donner le droit de rester au pouvoir pour sept ans et non pour cinq comme il l’avait promis, je n’en suis point surpris. C’est pourquoi, je dis que c’est un habitué des faits.

Pourquoi votre formation politique a décidé de voter ”Non” au référendum ?

C’est une question de principe, de valeur morale et d’éthique. Macky Sall propose des ”réformettes” et non des réformes. Il n’ pas tenu compte des conclusions de la CNRI. Il a agi de façon solitaire. Ensuite, le respect de la parole donnée est une valeur morale en politique. Ce qu’il propose est une série de forfaitures. Un chef d’État doit avoir une capacité d’écoute et être un homme de dialogue, de consensus et de concertation. Il s’y ajoute que nous sommes le peuple et le peuple, dans son immense majorité, veut un quinquennat. Donc, nous votons ”Non” car c’est la voix du peuple.
Vous attendez-vous à une confrontation entre le pouvoir et l’opposition ?

Mais cette confrontation est déjà là ; elle est réelle. Il excite, aujourd’hui, une fracture entre les partisans du ”Oui” et ceux du ”Non”. Ceux qui sont pour le ”Non” sont majoritaires. La Société civile, toute l’opposition réunie et la majorité des Sénégalais qui attendaient qu’il respecte sa parole s’unissent pour lui barrer la route et pour la restauration de l’éthique et de la démocratie réelle. Macky Sall a rendu un grand service à l’opposition en favorisant la constitution d’un camp uni qui va se solidifier et se renforcer pour un même combat : le refus de la forfaiture, la restauration de l’éthique en politique et la réécriture d’une Loi fondamentale en phase avec la marche du temps et la civilisation politique moderne. Une cohabitation s’annonce. L’opposition va aller ensemble aux législatives et va les remporter. Macky Sall sera obligé de cohabiter avec l’opposition. Ce sera une excellente chose pour le Sénégal.

Donc vous pensez que Macky Sall va vers sa perte ?

Mais Macky Sall a déjà perdu. Tout ce qu’il a conquis est tombé de ses mains à cause d’une série interminable de scandales qui démasquent son régime, une absence de résultats concluants dans presque tous les secteurs de la vie nationale. Le Sénégal ne bouge pas et n’avance pas. L’économie nationale est en apnée. Plus grave, dans tous les foyers, dans les faubourgs, dans la banlieue, dans le monde rural le désenchantement est criard. Les Sénégalais sont déçus par Macky Sall. Surtout qu’il a parcouru le Sénégal et dit partout à cor et cri qu’il s’applique un quinquennat. Aujourd’hui, il renie sa parole et a terni l’image du Sénégal. Ce manque de sincérité qui fait tomber son masque a amené les Sénégalais à le rejeter. Il les a trompés et la duperie en politique se paie. L’avis du Conseil constitutionnel ne peut point le lier. Même les non initiés du droit en sont conscients. On ne peut pas abuser tout un peuple en transformant un avis en décision. C’est de la forfaiture.

Vous avez été pendant longtemps Maire de Dakar, comment appréciez-vous la confrontation entre l’actuel Maire et l’État ?

C’est une querelle politique. Tout le monde a compris que c’est une stratégie adoptée pour affaiblir un candidat potentiel. C’est vilain. Toute cette histoire de conflit de compétence et ces actes posés entrent dans ce sillage : emprunt obligataire, gestion des ordures et l’aménagement de certaines zones urbaines. Macky Sall doit ouvrir des négociations et une large concertation pour que cesse ce conflit de compétence entre l’État et la Ville de Dakar. Il faut impérativement revoir les textes. Un Ministre qui dispute l’aménagement urbain à une Collectivité locale est un fait bizarre, saugrenue et insolite. Dans tous les pays du monde et dans les démocraties civilisées, la gestion urbaine revient aux Collectivités locales. Cette anarchie doit arrêter.

Homme politique expérimenté, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien président de Sénat, vous connaissez bien l’État et les Institutions, quels conseillers donneriez-vous à Macky Sall ?

Il est difficile de conseiller Macky Sall. Je le connais très bien. Mais, il a le devoir impérieux de revoir sa copie, rectifier ses nombreuses erreurs, corriger ses bourdes, et aligner son mode de gouvernance dans l’ornière des règles, des valeurs démocratiques et de l’intérêt national. Cette fois, avec le référendum et le reniement de sa parole, il est allé très loin. Il doit lancer un appel. Ce qu’il a fait est dilatoire et indolent. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Il doit penser à la majorité des Sénégalais et œuvrer à les satisfaire. Le mal social est partout présent dans le pays. Macky Sall avait une chance inouïe qu’il a ratée : il allait entrer dans l’histoire. Mais il a raté cette chance, celle d’accéder dans la Cour des grands. Il est devenu petit. Il ne sortira pas par la petite porte, mais par la fenêtre. S’il est Républicain, il doit comprendre que la République est la somme du labeur des générations qui se succèdent. On ne peut donc pas se réclamer Républicain et heurter la morale et les valeurs républicaines.

Propos recueillis par Pape Ndiaye

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