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Pape Diouf : «Pour Rewmi, Idy a décidé seul»

Des soubresauts qui traversent Rewmi au débat sur les modalités de succession de Me Wade, de l’action du front Siggil Sénégal au mystère qui entoure l’avenir politique d’Awa Guèye Kébé, Pape Diouf déroule un discours qui met en garde contre «autre chose que la démocratie».

Source : Le Quotidien
Il y a présentement beaucoup de problèmes au niveau de Rewmi. Avez-vous des éléments d’explication de ces soubresauts ?

La situation que traverse notre parti n’est pas propre à Rewmi. Vous avez appris ce matin même (Ndlr : hier) qu’il y a une frange d’un parti politique qui s’est érigé en parti entier (sourire pour dédramatiser). Des exemples, il y en a jusque dans le parti au pouvoir et vous suivez de très près les remous, convulsions, remises en cause ou contestations qui s’y passent (…) Ceux qui ont vécu une bonne partie de l’histoire politique du Sénégal savent qu’un parti, c’est comme un train. A chaque gare, il y en a qui descendent et d’autres qui montent. Néanmoins, cela ne donne pas de justifications pour ne pas voir les choses en face. Pour ce qui nous concerne, les mouvements de contestation sont liés en partie à la décision de boycott des élections législatives. Nous trouvons cela normal car l’unanimisme n’est pas une bonne chose. Si les gens n’ont plus la liberté de dire oui ou non, on n’est plus en démocratie et cela fait perdre le sens de la vie.

Tout de même, Rewmi, vu les conditions de sa naissance, vu la personnalité de son leader et des rapports qu’entretient ce dernier avec le camp présidentiel, c’est plus spécifique non ?

Pourquoi ? C’est un parti politique animé par des Sénégalais qui ont leur parcours politique ! Vous me parlerez peut-être des relations entre notre leader et le président de la République, Rewmi reste un parti politique vivant les mêmes réalités et les mêmes problèmes que les autres formations politiques. La spécificité, bon…. Elle est sans doute due aux relations particulières qu’il y avait entre Wade et Idrissa… bon… qui ont connu ce que vous en connaissez, mais il reste que nous sommes un parti.



Etes-vous en train de voir sereinement, et de face, le cas Awa Guèye Kébé ?


A notre secrétariat national de jeudi dernier, nous avons passé en revue l’ensemble des problèmes que nous connaissons et parmi lesquels le cas que vous citez. Pour nous, Awa Guèye Kébé est encore membre de Rewmi puisqu’elle ne nous a jamais déclaré avoir quitté le parti. Par conséquent, nous considérons qu’elle est encore des nôtres. C’est cela la conclusion de notre secrétariat national, je ne peux pas vous en dire plus.

On annonce son retour au Pds. Serait-ce une grosse perte pour vous ?

Je ne veux pas qu’on s’éternise sur ce cas, je n’aime pas parler des autres. Je ne peux en dire plus que ce que notre secrétariat national en a dit. Je m’en tiens à cela. Elle est membre de Rewmi jusqu’à preuve du contraire.

Et quand elle n’en sera plus ?

Nul n’est indispensable. Les gens viennent dans un parti librement, ils peuvent en partir librement.

C’est la femme la plus en vue de votre formation politique. Ce n’est pas rien qu’elle vous quitte quand même !

Franchement, je dis qu’il n’y a aucune personne indispensable chez nous. Nous sommes un parti politique, avec d’énormes ressources humaines, des hommes et des femmes qui ont un leader et un idéal, qui continuent à travailler. Notre souhait le plus ardent est que tous ceux qui ont gravité ou qui sont dans Rewmi restent pour continuer le combat. S’il y en a qui estiment pouvoir faire autre chose, ceux qui restent continueront le travail.

Y a-t-il des décisions majeures qui ont été prises auxquelles Awa Guèye Kébé n’a pas été associée ?

Bon… Je ne peux pas vous dire parce que euh….la décision de boycott puisqu’il faut reconnaître quand même, et c’est valable aussi pour les autres partis…J’ai participé à plusieurs rencontres au niveau des leaders de l’opposition qui ont pris la décision que vous savez. Et c’est après coup seulement, que la plupart de ces partis ont informé leur base. Est-ce que Idrissa Seck a consulté Awa Guèye Kébé avant de prendre cette décision de boycott des législatives ? Moi, je ne peux pas vous le dire.

C’est donc Idrissa Seck qui a pris personnellement la décision de boycotter les législatives, sans vous avertir.

Absolument, en accord avec les autres partis et les autres leaders.

Et votre secrétariat national dans cette affaire ?

Idrissa Seck n’a pas consulté notre secrétariat national et cette instance ne s’est pas réunie pour cette question là. Je dis, et notre démarche est en train d’être comprise par nos militants et à travers l’ensemble du territoire, qu’à un moment donné un dirigeant ou un leader de parti peut prendre des décisions et expliquer ensuite, compte tenu des circonstances, des informations qu’il détient et de sa vision. Des militants doivent pouvoir donner cette possibilité à leur leader.

Que représente pour vous le courant dénommé «Deggeuy moudj» ?

D’abord, je ne connais pas encore les gens qui se réclament de ce mouvement que je n’appelle même pas courant et que je n’identifie même pas à Rewmi. Je ne sais pas si ce sont des gens membres de Rewmi ou pas, mais… qu’est-ce que vous voulez que j’en pense ? Ce sont des Sénégalais qui ont leur point de vue à défendre, moi j’ai un idéal auquel je me tiens. Je n’ai pas de jugement de valeur à porter sur la décision ou sur la volonté de qui que ce soit. Des membres de votre parti vous accusent, vous et Oumar Sarr, d’avoir fait main basse sur Rewmi.

Vous savez, je ne dis pas que j’ai suffisamment d’expérience, j’ai quand même vécu des moments… J’ai été directeur des structures du Parti démocratique sénégalais de 1998 à 2004, année de mon expulsion du Pds. J’ai traversé des péripéties comme celles qui ont cours actuellement. C’est de bonne guerre, mais je pense que c’est vraiment un mauvais procès. Ce que nous faisons dans le parti, nous le faisons en accord avec Idrissa Seck. Il n’y a aucune décision qu’Oumar Sarr ou moi-même puisse prendre contre ou en dehors de la volonté du président de Rewmi. Nous sommes effectivement dans les activités du parti, en relation avec les militants, nous travaillons pour l’avancement du parti. Ceux qui ne travaillent pas ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Vous confortez l’idée selon laquelle il y a un noyau dur qui gère Rewmi d’une façon quelque peu opaque.

Il n’y a rien d’opaque dans ce que nous faisons. Dans toute organisation, il y a un noyau dirigeant. Au Ps, à la Ld, à l’Afp, il y a quand même des instances supérieures où ne siège pas tout le monde. Au secrétariat national de Rewmi, nous sommes environ au nombre de 17, alors qu’aujourd’hui nous avons 510 000 électeurs ou militants. Tout le monde ne peut pas être dans les instances de décision, c’est comme cela la vie.

Vous parliez de 510 000 électeurs pour Rewmi à la présidentielle du 25 février dernier. Qu’en faites-vous ?

Au niveau du Front Siggil Sénégal, nous luttons pour un fichier électoral fiable, pour que toutes les conditions d’élections transparentes et démocratiques se passent dans notre pays. Si cela est réalisé, il est certain que nous engrangerons plus de voix que les résultats électoraux qui nous ont été attribués. Par ailleurs, nous sommes en train de voir, en interne, comment nous organiser pour créer les conditions d’une plus grande massification de Rewmi.

510 000 électeurs, n’était-ce pas plus une prime à la victimisation qu’un réel vote d’adhésion en faveur d’Idrissa Seck ?

Vous savez très bien que Rewmi pèse plus que cela. Quant à savoir ce qu’il y a derrière la tête de ceux qui ont voté pour nous, il faut le leur demander. Nous pensons que Idrissa Seck, de par son parcours, de par les idées qu’il développe, mérite plus que ce qu’il a engrangé lors de cette élection. Ce n’est pas seulement parce qu’il est vu comme victime, c’est parce qu’il constitue un espoir pour notre pays.

On peut avoir l’impression que Rewmi est plus un outil stratégique au service des ambitions personnelles de Idrissa Seck.

Pourquoi un outil ? C’est un parti politique avec un dirigeant, avec des hommes qui croient en lui, avec des militants et des Sénégalais qui croient en lui également. Pourquoi en faire un outil personnalisé ? Vous savez qu’on ne crée pas un parti politique pour le simple plaisir de la création. Un parti politique, c’est pour la prise du pouvoir. Et c’est dans cette dynamique que Idrissa Seck travaille avec ceux qui sont à ses côtés.



Etes-vous certain aujourd’hui que Idrissa Seck en a fini avec Abdoulaye Wade ?

Je pense que dans un premier temps, c’est à lui qu’il faut poser la question. Ensuite, pour moi, c’est une question qui est maintenant derrière nous. Idrissa Seck n’a jamais annoncé, lui-même, être retourné au Pds. La preuve, c’est qu’il s’est présenté à l’élection présidentielle contre le candidat du Pds.

On le soupçonne quand même de mener une trajectoire politique pour le moins instable. Chacun analyse à sa manière. C’est tout ce que je peux dire.

Comment avez-vous vécu cette sorte de va-et-vient du pouvoir à l’opposition ?

Avec beaucoup de sérénité. Ces va-et-vient, on les suivait de très près, nous en connaissions les tenants et aboutissants car Idrissa Seck nous rendait compte de ses audiences avec Me Wade. Il ne faut pas dramatiser, oublier que notre leader a été un proche collaborateur du président de la République. En tant que son ancien Premier ministre, en tant qu’acteur politique, il peut bien répondre à une invitation du Chef de l’Etat, l’essentiel étant que chacun garde son identité. Je ne pense pas que cela puisse entacher la personnalité de quelqu’un. Si on doit se muer parce que l’on a rencontré le président de la République, c’est parce que l’on n’est pas convaincu.

Vous avez été haut responsable du Parti démocratique sénégalais, ministre de Wade. Est-ce que la page Pds est aujourd’hui tournée pour vous ?

C’est le Pds lui-même qui a tourné la page avec moi. Aujourd’hui, je suis dans un autre parti politique où j’ai de hautes responsabilités.

Est-ce que la page Pds est totalement tournée ?

Mais pourquoi vous ne parlez pas d’autre chose que du Pds ? Je suis membre d’un parti politique. Pourquoi voulez-vous que je continue à parler du Pds alors que c’est ce parti qui m’a expulsé ? Parlez-moi de Rewmi (rires).



Avec la coalition Siggil Sénégal, vous avez l’intention d’amener le maximum de Sénégalais à rester chez eux le jour du scrutin parlementaire. Quel objectif chiffré serait pour vous un succès ?

Notre objectif global est que les Sénégalais ne votent pas. Mais nous ne nous fixons pas un taux de participation ou d’abstention. Nous voulons que le jour du vote, les observateurs observent sur le terrain que les Sénégalais ne sont pas sortis pour aller aux élections. Si vous vous en sortez avec un taux de 65 ou 70% de participation, vous aurez échoué. Encore une fois, nous n’allons pas nous en tenir à des chiffres. Nous ne serons pas dans les bureaux de vote, nous ne dépouillerons pas des bulletins.

La plupart des leaders sont sur le terrain, s’ils ne sont pas en voyage. Peut-on penser que Idrissa Seck rejoigne le mouvement un jour ?

J’en profite pour rectifier des propos qu’on m’a fait dire. Je n’ai pas fixé une date de retour pour notre leader. Il est un citoyen sénégalais ayant le droit de se déplacer à travers le monde pour ses problèmes personnels et pour ceux liés à son parti. Il a un parti qui participe activement à toutes les activités menées par le front Siggil Sénégal. Donc, il n’y a pas de contrainte majeure qui l’obligerait à rester ici au Sénégal.

En quelque sorte, sa présence sur le terrain n’est pas nécessaire.

Pas du tout. On souhaitait qu’il fût là, mais il ne ferait pas plus que ce que nous sommes en train de faire sur le terrain. Partout où nous nous rendons, nous constatons que les militants de Rewmi sont présents, prenant part à toutes les décisions et allant dans toutes les directions indiquées par le front. N’oubliez que Idrissa Seck est de ceux qui ont créé le front. Alors, ne personnalisons pas les choses, ce sont des appareils politiques qui luttent.

Au regard des difficultés rencontrées pour arracher son passeport, il peut avoir des appréhensions à revenir au pays.

Mais pourquoi pas ? Idrissa Seck n’est pas condamné, il jouit de tous ses droits dont celui d’aller et de venir. Il a quitté le Sénégal lorsqu’il l’a jugé nécessaire. Il reviendra quand il le jugera nécessaire.

Vous comprenez les complaintes de Jean-Paul Dias ?

J’ai entendu comme vous que Jean-Paul Dias a fait des reproches à Idrissa Seck, ce dont nous avons d’ailleurs discuté en secrétariat national. Nous lui rendons hommage car il a eu le courage d’aller voir notre leader en prison et de déclarer haut et fort qu’il le soutenait dans le combat qu’il mène. Ensuite, il a mis son parti à sa disposition dans le cadre de la coalition And Liguey Sénégal qui a porté sa candidature à l’élection présidentielle. C’est un grand mérite et nous aurions souhaité que leurs relations soient des meilleures. Notre rôle en tant que collaborateurs de Idrissa Seck, c’est de pouvoir effacer ces malentendus et consolider ces relations.

C’est vous qui parlez de malentendus mais Dias, lui, a été concret : Idrissa Seck manque de considération à son égard.

Je n’insisterai pas outre mesure là-dessus. Je sais simplement qu’il y a des problèmes pour rester vraiment dans le général. Il faut travailler à rendre plus fluides les relations entre deux hommes qui sont connus, qui ont fait un parcours ensemble dans le Pds et qui ont décidé de renouer des rapports.

On vous a entendu dire que Abdoulaye Wade combat Idrissa Seck pour assurer la promotion de son fils. Qu’est-ce à dire ?

Ce sujet là n’est plus tabou puisque Wade lui-même pose le débat. Il faut bien à un moment que le président quitte le pouvoir, comme ses prédécesseurs. Je souhaite qu’il y reste le plus longtemps possible tant que les lois de ce pays le lui permettent. Qui va lui succéder ? Il appartient au peuple sénégalais d’en décider, et à lui seul. Ce n’est personne d’autre, étant entendu que chacun peut avoir son poulain. Nous voulons effectivement que la succession se fasse démocratiquement, qu’un autre puisse être élu comme lui l’a été.

L’Assemblée nationale dans laquelle vous ne siégerez pas pourrait-elle être l’instrument par lequel cette succession serait réglée ?

Cela s’est passé ainsi avec l’article 35 de la constitution, vous le savez bien. Qu’est-ce que Abdoulaye Wade n’a pas dit à travers le pays et à l’étranger contre cette procédure ! Justement, Senghor avait sa majorité parlementaire et il a modifié la constitution comme les textes le lui permettaient à l’époque. Si demain, Wade a sa majorité à l’Assemblée, il peut modifier conformément à ce que la constitution lui permet. Mais entre modifier une constitution et faire passer cette mesure au niveau du peuple, il y a un fossé. C’est le peuple qui est souverain et qui va décider sur cette question. S’il a sa majorité et qu’il a l’intention de modifier la constitution, personne ne pourra s’y opposer.

En rapport avec cette succession, qu’est-ce qui se jouerait entre Wade, son fils Karim et votre leader Idrissa Seck ?

A voir de près les choses et ce qui se dessine, il y a une dynamique qui se dégage : Karim Wade monte au créneau. C’est son droit le plus absolu, c’est un Sénégalais. Mais par rapport à cela, on a cherché à noircir d’autres Sénégalais. Je vous renvoie à la déclaration du président Wade à la suite de l’élection présidentielle. Vous avez vu comment il a brocardé les principaux leaders de l’opposition, avant de montrer que son fils est propre, lui. Cela laisse des idées, et moi j’y vois une manière de baliser le chemin de la succession pour Karim Wade. Le Président a posé des actes, selon vous.

Absolument. La manière par laquelle on voit Karim Wade se positionner, les multitudes mouvements de soutien et, surtout, le fait que des jeunes du Pds souhaitent qu’il remplace son père au moins à la tête du parti, renseignent bien sur cette dynamique.

Vous-même, vous estimez que le fils Wade est en train de se positionner ?

C’est ce que je comprends, ce que je ressens de plus en plus. Lui-même ne l’exclut pas. Il ouvre en tout cas une porte pour demain. Il en a le droit.

On parle beaucoup d’une sorte de monarchie rampante. Vous y croyez sérieusement ?

Ce qui se dessine aujourd’hui, c’est que l’on va vers autre chose qui n’est pas la démocratie. Qu’on l’appelle monarchie ou dictature, chacun appréciera. Mais au vu de la façon dans laquelle se passent les choses, nous nous éloignons de plus en plus de la démocratie.


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