Confidences

Pape Saër Guèye, membre du comité directeur du PDS : NOUS ALLONS TOUT DROIT VERS UN ÉTAT DE SIÈGE

  • Date: 6 novembre 2015

La crise née du bras de fer entre Modou Diagne Fada et Abdoulaye Wade pour le contrôle du groupe parlementaire des libéraux et démocrates a débouché sur une série de violences au sein de l’institution parlementaire lors du démarrage des travaux en commission. Selon Pape Saër Guèye, responsable libéral membre du Comité directeur du Parti démocratique sénégalais, cette situation risque de mener le pays vers un état de siège. Dans cet entretien avec EnQuête, l’ancien ambassadeur itinérant sous Abdoulaye Wade brocarde le comportement du régime de Macky Sall qui, dit-il, a toujours envoyé Modou Diagne Fada en mission commandée au sein du Pds.

En tant que responsable libéral, membre du Comité directeur, comment appréciez-vous la situation qui prévaut dans votre parti ? 

Pour apprécier la situation de fonctionnement de notre parti, il faut se rappeler qu’en 2012, à la perte du pouvoir, le Parti démocratique sénégalais a engagé la lutte contre la fameuse traque des biens mal acquis. Cela a été une opération qui avait trois objectifs : d’abord débusquer tous les peureux, ceux qui ne se sentaient pas à l’aise dans ce combat et qui ont finalement suspendu leurs activités, ensuite déceler ceux qui étaient dans le combat et qui, à mi-chemin, se sont reprochés des choses et ont été contraints de collaborer avec le régime parce qu’on leur a exhibé des dossiers et ont été reçus au haut niveau, et enfin déterminer les militants et responsables engagés, qui ont résisté à l’ivresse du pouvoir. Ceux-là ont accepté de mener le combat. Maintenant ce sont les feuilles mortes qui sont en train de quitter l’arbre florissant qu’est Abdoulaye Wade.

A qui faites-vous allusion ? 

A Modou Diagne Fada qui a toujours été un infiltré au sein du Pds. Je l’ai toujours dit. Il travaille pour le régime. Et le pouvoir, sachant que la légitimité a changé de camp, a manipulé le règlement intérieur de l’Assemblée nationale et a voulu obliger le Pds et l’opposition à se faire diriger par Modou Diagne Fada qui ne mène plus le combat. Maintenant le pouvoir de Macky Sall choisit ses opposants. Et c’est Benno bokk yaakaar, l’Assemblée nationale, l’Alliance pour la République qui le défendent. Au moment où le président Abdoulaye Wade, après les dernières élections législatives, avait baissé le nombre de députés jusqu’à 10 pour constituer un groupe parlementaire, Macky Sall élève la barre à 15 pour que d’autres formations qui sont dans Benno bokk yaakaar et qui menaçaient de quitter ne puissent pas avoir de groupe parlementaire.

Que cherchez-vous réellement dans ce combat ? 

Pour nous, ce qui est important et essentiel, c’est l’appréciation que le peuple sénégalais fait de nos positions. Maintenant, ce qui se passe à l’Assemblée nationale relève tout simplement de l’illégalité qui nécessite une réaction. Parce que quand on veut nous imposer quelqu’un qui doit parler à notre nom, avec un processus qui a enfreint les dispositions légales, nous sommes dans le devoir de défendre l’Assemblée nationale et la légitimité populaire. Le pluralisme démocratique exige qu’un dialogue démocratique puisse être instauré au sein de l’hémicycle. Mais la pensée unique ne saurait prospérer dans une Assemblée. Même si on avait un seul député, il allait porter le combat et naturellement. Macky Sall sachant que si Karim Wade sort de prison, il va perdre son pouvoir, s’allie avec Moustapha Niasse pour combattre l’opposition.

Dès lors que le bureau de l’Assemblée nationale a déjà reconnu la légitimité de Fada, ne pensez-vous pas que la lutte que vous menez est perdue d’avance ? 

Non. C’est comme si vous me dites qu’il y a un véhicule qui est passé par un sens interdit, maintenant il faut changer le code de la route. Quand un véhicule prend le sens interdit, il revient à la force publique et aux populations de lui donner la sanction qu’il mérite. Parce que le bureau de l’Assemblée est illégal et même la proposition des membres du bureau devait revenir aux groupes qui étaient constitués. Maintenant la jurisprudence de Rewmi est là aussi. C’est parce qu’ils ont voulu faire une forfaiture qu’ils ont rejeté la liste d’Oumar Sarr. Quand on viole la loi, la résistance s’impose. La résistance à l’oppression est un principe de droit. Nous sommes dans une situation exceptionnelle d’illégalité du bureau de l’Assemblée nationale. De manière subséquente, toutes les mesures prises par ce bureau relève de l’illégalité. Modou Diagne Fada, tout le monde sait que c’est un infiltré.

Quand on cherche des maisons, des véhicules et de l’argent, on n’est plus un dirigeant politique. Un homme politique ne peut pas s’enrichir. Il faut que les Sénégalais reconnaissent que ceux qui cherchent à s’enrichir sur le dos des citoyens sont des voleurs et pas plus que cela. On ne peut pas s’enrichir dans un Etat. Si quelqu’un veut s’enrichir, il n’a qu’à aller être un homme d’affaires ou aller chercher de l’or. Mais un homme politique, dans les arcanes de la République avec un salaire et avec quelques avantages, ne peut pas être riche. Ceux qui cherchent de l’argent ne doivent pas nous diriger. Il faut qu’on en tire toutes les conséquences et qu’une nouvelle génération d’homme politique émerge.

De la même manière, nous sommes en train de faire un nettoyage en notre sein, les autres partis doivent en faire de même. Parce que dans ce pays, on doit changer les repères et recadrer le débat. Il n’y a pas une génération qui est là censée prendre en charge la destinée du pays. Le Pds est un parti d’opposition et l’opposition a accepté de se consolider, dans le cadre du grand Cadre de concertation, afin d’engager l’assaut final pour qu’en 2017, Macky Sall quitte le pouvoir de la manière la plus démocratique.

Le Cadre de concertation de l’opposition a appelé à une mobilisation permanente du peuple sénégalais. Pensez-vous que la population soit en mesure d’adhérer à ce combat politique ? 

Les populations sont obligées. Vous allez dans tous les quartiers de Dakar et des autres régions, les gens ne mangent plus à leur faim. L’école est actuellement dans les eaux et on est en train d’appâter les enseignants autour de mesures qui se répètent mais qui ne se traduisent pas par des faits. Au niveau des Sénégalais de l’extérieur, on est en train de politiser les chancelleries du Sénégal au moment où il n’y a aucune vision, aucune mesure institutionnelle importante pour diriger près de 3 millions de Sénégalais qui pèsent près de 800 milliards de transfert moyen par an. Vu tous ces problèmes, les populations sont obligées de sortir avec nous.

Il ne s’agit pas d’aller jeter des pierres ou d’insulter des gens mais simplement de faire constater à la face du monde et à la face de ceux qui nous dirigent, qu’il y a des centaines de milliers de Sénégalais qui refusent la forfaiture qui est en train d’être faite au niveau de l’Assemblée nationale. Le PSE, dans son impulsion, nous a aujourd’hui recadrés à la 25ème position des pays les plus pauvres au monde. Le peuple est aujourd’hui contraint de prendre son destin en main. La session dernière, ils ont bunkerisé l’Assemblée nationale qui était en état de siège. Dans une République démocratique où on a gagné à plus de 50% des suffrages, est ce qu’on a besoin de la gendarmerie pour sécuriser les travaux de commissions ?

La bataille rangée qui s’est déroulée récemment à l’Assemblée nationale ne participe-t-elle pas à ternir l’image de notre démocratie ? 

Cette situation est désolante mais elle est due au comportement du régime. Parce que c’est la majorité qui est venue trouver Aïda Mbodji pour l’agresser, qui est venue mettre ses femmes au devant en chair à canon pour violenter Oumar Sarr et Mamadou Diop Decroix. L’opposition ne pouvait que réagir dès lors que la légitime défense est un principe du droit.

Quelle est la suite à donner à votre combat ? 

Tant que Moustapha Niasse continue de nous imposer cette situation d’illégalité et de forfaiture, nous allons nous battre. Et l’opposition va user de toutes les voies démocratiques de mobilisation et de légitimation pour procéder à un blocage du travail parlementaire. Nous allons vers l’Etat de siège au Sénégal parce que ce sera le peuple qui va sortir de lui-même.

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