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Une paradoxale ambiance de Campagne (Par Momar Seyni Ndiaye)

Le décor d’un scénario Macky-Idy au second tour paraît déjà planté – Idy a tiré les leçons de sa désastreuse campagne de 2012 – Il est devenu la cible privilégiée des apéristes, du Premier ministre, et même du président

De quoi ragaillardir, assurément le président du Rewmi. Il a pris, depuis plusieurs semaines, l’initiative de parcourir, par monts et par vaux le pays profond. Jusqu’ici, il était dans une posture d’intermittent, pratiquant la politique en dilettante, entre ses longs séjours à l’extérieur et ses apparitions épisodiques à Dakar et Thiès. Changement de stratégie ? Idy a, à l’évidence, tiré les leçons de sa désastreuse campagne de 2012. Il a alors décidé de se lancer à la conquête des Sénégalais pour tenter d’effacer le désamour avec les électeurs suite à ses malheureuses séquences comportementales sous Wade.

Cette réorientation stratégique touche aussi son registre de communication. À la place d’un discours stigmatisant, injurieux, il a manifestement pris le parti d’articuler son argumentaire autour de la critique du programme présidentiel, en prenant à témoin directement les futurs électeurs. Ses éléments de langage ont sémantiquement évolué. Plutôt que de verser systématiquement dans les conjectures et l’apostrophe subjective, Idy s’évertue à démonter et décrédibiliser notamment les volets sociaux du programme présidentiel (bourses familiales, cartes d’égalité des chances, CMU PUMA).

Est-ce un nouveau tournant dans sa stratégie politique ? À première vue, cette ligne de conduite a produit des effets compulsifs. Idy est devenu la cible privilégiée des apéristes, du Premier ministre, et même du président Macky, obligé de monter au créneau lui-même, pour contrer son téméraire adversaire. Dans les cercles de l’APR, certains n’hésitent à qualifier de timorées, les contre-attaques lancées contre le rewmiste en chef, par les seconds couteaux. D’autres flétrissent, l’attitude mutique des alliés socialistes, progressistes et jallarbistes, empêtrés, il est vrai de dans de profonds soucis internes.

D’où la décision du président Sall de chausser ses gangs pour franchir le ring. Son ton acerbe imprégné de sarcastiques adresses montre bien que le chef des apéristes est déterminé à assurer sa propre défense. Au demeurant, nombre de ses partisans regrettent l’absence d’un numéro 2, capable de croiser le fer à Idy en attendant les élections.

Ce vide apparaissant comme non comblé à cause du flou entourant le choix du directeur de campagne du président, obligé de mettre en avant son coefficient personnel comme bouclier anti-missiles. La sortie de Mme Aminata Touré (pourtant au ban de l’APR) contre Idrissa Seck est perçue comme une opération de secours pour donner le change au teigneux opposant.

Cependant, ce tir groupé sur Idrissa Seck, bon an mal an, le désigne de fait comme le principal rival du candidat de Benno Bokk Yakaar. Une situation tout de même paradoxale ! Depuis 2012, son électorat s’érode élection après élection. Son parti ne brille pas par ses performances électorales. En dépit de sa surprenante présence dans la coalition And Taxawu Sénégal, il est battu aux dernières législatives dans son fief départemental, privant son chef de siège parlementaire. Qui plus est, le Rewmi enregistre des départs de grosses pointures. Son statut de chef de file de l’opposition de son président, est mal accepté, et même contesté au sein de la coalition And Taxawu Sénégal.

Cependant, la probable condamnation judiciaire de Khalifa Sall, de fait écarté de la course, ouvre la voie du leadership au président de Rewmi, avec une posture valorisante de file de l’opposition. Et pourtant, loin s’en faut, l’adversité entre Idrissa Seck et ses anciens frères du PDS, ne faiblit pas. Ce qui du coup, ne laisse aucun champ à une probable alliance électorale avec ses anciens frères libéraux. Karim Wade, étant non-partant à la course présidentielle. Ce contentieux persistant, handicape lourdement Idrissa Seck, obligé d’interpeller directement les électeurs pour sortir du carcan tyrannique des coalitions.

Mais à n’en point douter, cette démarche relève d’un difficile exercice de contournement. Avec un parti affaibli et sans coalition forte dans l’opposition, Idrissa Seck risque de s’enfermer dans une sorte de spirale d’isolement. Sans une forte machine électorale, réussir une élection présidentielle relève d’une véritable corvée. Pourra-t-il espérer s’en extirper en sollicitant l’arbitrage des Sénégalais. Autour de quel argumentaire électoral, va-t-il bâtir sa campagne électorale ? Tomber à bras raccourcis sur le PSE ne suffirait pas à rallier de substantiels suffrages pour imposer le second tour et espérer transformer l’essai au second.

Certainement, Idy aura besoin d’un vrai programme alternatif, pour aguicher les électeurs, au moment même où le PSE commence à afficher des prémisses de transformations structurelles. Une sorte de prime au sortant pour le candidat de Benno Bokk Yakaar qui annonce déjà une victoire au premier à tour… 60 %

Mais, question lancinante, pourquoi en dépit de ces lourds handicaps, Idrissa Seck se positionne dans le peloton de tête de l’opposition ? Il est perçu même par ses pires ennemis comme le challenger numéro un au président sortant. Une chose est sûre, dans le camp de l’opposition, des profils forts, capables de contrecarrer le candidat sortant ne foisonnent pas. Idrissa Seck serait-il le pis-aller ou l’homme providentiel ? Le président du Rewmi dit avoir soldé ses contentieux avec les Sénégalais, en apparence à ses chances. Lui seul sait pourquoi. Et c’est là le principal paradoxe de cette pré-campagne.

mndiaye@seneplus.com

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