Accueil / CULTURE / « Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes Partie 5 » (Par Petit Gueye) Les pouvoirs du Président de la République, les émotions, l’appui au développement…

« Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes Partie 5 » (Par Petit Gueye) Les pouvoirs du Président de la République, les émotions, l’appui au développement…

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  1. LES POUVOIRS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Le soubassement, des attitudes et comportements des politiciens, peut être corrélé aux pouvoirs du Président de la République (PR). Imaginez un citoyen dans le Sénégal des profondeurs, assis sous l’arbre à palabre, en « njata »63 et « forok »64 avec des « palladium »65, et en train de jouer aux dames ; ce citoyen lambda, sans perspective pour le futur, peut à l’instant être transformé en une haute autorité de l’état par le PR. Du tic au tac, cette personne peut avoir 2 ou 3 voitures, Mercedes et 4×4 v8, une grande villa au centre de Dakar, à Fann Résidence ou les Almadies, un grand bureau au building administratif, être entouré de gardes du corps avec une guérite devant sa villa, un sous-fifre qui lui ouvre les portes de sa voiture ; ce Sénégalais lambda peut donc être du tic au tac appelé M. le Ministre, Honorable ceci ou cela, Excellence par ci et par là. N’est ce pas magique ? Dans une société où le paradigme domi-nant est centré sur le standing social (daraja et pouvoir), quelqu’un qui a le pouvoir de transformer la vie des gens en un tracé de bic est simplement couru et adulé. Ce pouvoir ci-dessus décrit est techniquement appelé : pou-voir de nommer aux emplois civils et militaires. L’autre pouvoir du PR, capable de rendre fou et de complètement métamorphoser ceux qui en bénéficient est lié à l’argent ; ah l’argent, cette invention de l’homme qui a fini par le subjuguer. Au début de l’humanité l’argent 63 Court pantalon bouffant 64 Petit boubou 65 Chaussure en plastique venant jadis de chine

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n’existait pas ; il ne pleut pas du ciel non plus ; on ne le trouve nulle part dans les saintes écritures ; il est devenu cependant la principale attraction des êtres humains ; il est couru par tous ; nous nous entretuons même à cause de l’argent. L’argent fait courir les politiciens ; ils s’insultent et se battent pour de l’argent ; ils se trahissent et se haïssent pour l’argent ; ils transhument aussi pour l’argent. Ils pensent que le PR en dispose à gogo. Eh bien c’est la ruée vers le Palais, là où il y a l’argent. Certains d’entre nous, après avoir rencontré le PR (sous l’ancien PR Wade), devenaient complètement transformés et semblaient péter les plombs dans leur nouveau discours et louanges au PR. «Dañuy soppaliku»66. C’est comme si le PR avait une potion magique avec laquelle il asperge ses hôtes pour les transformer en « Kakataar67 ou ninki nanka68 ». Mais « nak »69 pour bénéficier de ces deux pouvoirs du PR, il faut soit être parrainé par le marabout ou le voir en tête à tête. « Aka jafee gis »70 ; les gendarmes et le protocole ; et les hommes de son entourage immédiat qui voient en tout demandeur d’audience un concurrent potentiel. Un responsable politique me disait que « Xaalis bi PR am du jeex, manga fa »71. A côté de ce pouvoir magique d’élévation de ses concitoyens, le PR a aussi le pouvoir de déchéance ; un décret et tu perds ton poste, le Ministre déchu,l’ambassadeur rapatrié, le haut fonctionnaire affecté, le haut 66 Se métamorphoser 67 Caméléon 68 Dragon 69 Interjection pour dire in fine 70 Difficile à voir 71 Source d’argent intarissable gradé dégradé.

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Un mot de trop, et paf, offense au chef,vous voilà en prison. C’est dire que le PR doit être un être

exceptionnel à tous points de vue. Savoir doser, équilibrer et manier tous ces pouvoirs, alors, il faut vraiment être au dessus de la mêlée. Il peut créer le paradis et l’enfer ici bas ! Le seul pouvoir que le PR n’a pas, c’est de décider qui ira au paradis ou en enfer au jour du jugement dernier. Heureusement pour les mécréants et les opposants radicaux.

  1. LES EMOTIONS

Au Sénégal tout est émotion. Les gens fonctionnent sur la base de leurs émotions en famille, dans la société, dans le milieu de travail ; dans la rue et dans les familles on s’empoigne, on se crie dessus et les coups de poings ou de couteaux s’envolent ; au bureau, on se toise, on s’évite ; dans le quartier c’est le (tongoo») ; à l’Assemblée nationale et même dans les partis politiques, supposés être le lieu de rencontre des élites, on s’insulte, on se crie dessus, on se donne des coups de poings et des menaces (tëkku). Les moments d’expression exacerbée des émotions sont sans nul doute les périodes électorales et lors des décès. Ouf !!! Les émotions dans les cimetières non lotis sont à leur comble. Il y a en qui s’empressent, essaient de se frayer des chemins, piétinent des tombes, tombent et se relèvent. Mais où courent-ils comme ça ? ils ne s’en rendent même pas compte. Et puis en plus, la superstition est que si tu te blesses dans les cimetières, la plaie sera incurable (Goomu ndeyalé). Oh la la, si jamais ils s’en souvenaient !!! Catastrophe émotionnelle et psychologique.

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L’incapacité de gérer ses émotions au plan individuel et collectif conduit aussi à un « tëñëx tëñëxi 72 et ma riirandoo73 ». Dans les deux cas les élites intellectuelles et politiques vont en souffrir car elles ne seront plus capables de conduire les masses vers une vision selon une direction. Ces dernières seront laissées à la merci des marchands de paradis et d’illusions. Il y a un besoin criard de vulgariser la pratique de la gestion des émotions, surtout celles négatives au risque de voir les jeunes désemparés, enrôlés dans des milices par des marchands d’illusions. L’intelligence émotionnelle est une capacité consciente de pouvoir être en harmonie avec soi-même et ses émotions ; de pouvoir les reconnaître et les apprécier ; de pouvoir les gérer afin de les canaliser pour être dans des relations, avec soi même et avec les autres, constructives et positives. Lorsque nous parvenons à devenir émotionnellement intelligents, alors nous cessons d’être excessifs,impulsifs et nous parvenons à transformer des situations potentiellement conflictuelles en situations de convergence, de consensus et de co-construction. L’incapacité du Président Bush à gérer ses émotions a changé le cours de l’histoire du monde entier. Lorsque les avions ont per- cuté le World Trade Center, il avait pété les plombs et avait déclaré que c’était un acte de guerre. Et depuis, le monde est en guerre. Tant de jeunes vies sacrifiées et d’infrastructures détruites aveuglément. Imaginez seulement qu’il ait eu la retenue et le calme pour qualifier ces faits 72 Tourner en rond et dans les sens 73 Suivisme d’actes criminels ; en cas d’actes criminels, on porte plainte et on laisse les avocats plaider.

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Le monde serait absolument différent aujourd’hui. La capacité de gérer ses émotions est d’une importance capitale pour les leaders ; cette capacité semble faire défaut à beaucoup de nos leaders actuels au Sénégal. Et pourtant, l’on peut apprendre à gérer ses émotions et à les canaliser dans le sens que l’on veut.

  1. L’APPUI AU DEVELOPPEMENT

C’est vrai que le Sénégal a subi les affres de la colonisation ; c’est vrai que nous avons fait de bonnes choses depuis les Indépendances. Il faut aussi souligner que nous n’avons pas été gâtés par les différents instruments de planification du développement (plan d’ajustement structurel,intégrale et stratégies de réduction de la pauvreté…) que nous avons utilisés pour conduire notre essor. Nous pouvons en partie accuser les institutions de Bretton Woods pour leurs conseils mais nous sommes aussi responsables pour avoir accepté les mauvais conseils.Le paradigme du développement a toujours été basé sur le postulat suivant : Si les pays développés apportent des ressources financières et de l’appui technique, cela va entrainer le développement des pays pauvres ; malheureusement ce postulat ne s’est pas vérifié en notre faveur au fil du temps. Dans bien des cas, l’argent apporté a enrichi certains dignitaires des pouvoirs successifs ; l’appui technique transféré a créé de nouvelles élites de plus en plus déconnectées des réalités locales précaires. Le Système des Nations Unies et les ONG (nationales et internationales),qui ont été préférés à l’Etat central pour véhiculer une partie de cet appui, se sont empêtrés dans les procédures bureaucratiques et même dans l’opulence insolente pour certains.

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