Accueil / CULTURE / « Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 7 (Par Petit Gueye) Ostentation et apparat, l’hyper-mode, diktat du mouton de tabasky, entreprenariat et auto-emploi

« Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 7 (Par Petit Gueye) Ostentation et apparat, l’hyper-mode, diktat du mouton de tabasky, entreprenariat et auto-emploi

Ils sont aussi capables de convertir les différentes lignes budgétaires en cash immédiat. C’est souvent des gens sympathiques, très suggestifs dans leurs discours mais c’est aussi des hommes de réseaux. Ils ont des « amis » dans toute la chaîne des décideurs, ont la primeur des informations depuis le choix de l’AMO en passant par le contenu des DRP jusqu’au décaissement. Même si le trésor n’est pas liquide pour honorer les engagements, eux, ils se font payer quand même. Dans les zones reculées de Dakar, surtout lorsque les Ministres éteignent leurs portables ou ne respectent pas leurs engagements, ils sont les seuls secours capables de secourir en attendant que les fonds de secours soient libérés. Ils sont aussi très généreux et rétrocèdent une partie du montant des marchés. On aurait pu dire qu’ils ont leur bouteille de saafara et après s’en être enduits, ils laissent délibérément quelques gouttelettes de la potion magique éclabousser « safara bou tiss »77 les voisins – amis dans la chaîne. Cette corporation est apparue,je crois, avec l’avènement du Président Wade et nous avons quelques cas célèbres d’enrichissement illicite comme les produits phytosanitaires des périodes d’inondation. Au niveau local, ce système est tellement pernicieux que les travaux sont mal exécutés ou ne le sont pas du tout, faute d’expertise et de déperdition, le long de la chaine d’amis, des budgets alloués ; car chaque fonctionnaire qui doit 77 Goutelettes de safara éclaboussé signer ou décaisser a droit à sa gouttelette de saafara éclaboussée ; si le saafara ne tiss pas, alors le décaissement s’éternise ; ce qui est intéressant est que ce saafara là, tout le Monde « T » s’en enduit volontiers.

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C’est même devenu une très grande complexité sociale et un casse-tête managérial pour ceux qui veulent respecter l’orthodoxie des marchés publics.

  1. L’ HYPERCONSOMMATION ET L’HYPERMATERIALITE

Mon Dieu que les Sénégalais achètent ; ils/elles achètent et achètent ; en lisant ce texte, réfléchissez un peu : combien de chaussures avez-vous ? Combien de paires de chaussures n’avez-vous pas porté depuis les six derniers mois ? Combien de robes ? Combien de grands boubous ? De foulards ? De cravates ? De costumes ? Combien de maisons avez-vous ? Combien de voitures ? On accumule et on accumule et puis on ne redistribue pas. L’accumulation des richesses et la non-redistribution sont étroitement liées avec notre système végétatif où siègent le sentiment de menace, d’insécurité et de survivance. Nous accumulons des biens parce que nous voulons être sûrs de ne pas en manquer. Nous accumulons des maisons, des voitures, des chaussures, des pantalons, des vestes, des cravates ; nous accumulons de l’argent, des comptes bancaires ; des livres, du papier, des femmes et des enfants… L’accumulation des biens nous donne un « faux» sentiment de sécurité de l’avoir et de la maîtrise des lendemains. Mais tout ceci n’est que mythe.

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Combien de fois  nous a t’on parlé de quelqu’un qui a fait un accident vasculaire cérébral, un accident de la route, ou un arrêt cardiaque brutal alors que personne ne s’y attendait ? Sans oublier ceux là qui «crashent» dans les avions. Lorsque nous sommes dans cet élan d’accumulation, nous avons tendance à accaparer toutes les ressources dans notre environnement immédiat ; lorsque nous accaparons, nous ne redistribuons pas aux autres qui en ont le plus besoin. Sinon nous redis tribuons du percal, sept morceaux de sucres, 3 bougies ou quelques grammes de viande. L’accaparement et la non redistribution prennent racine dans notre système végétatif du doyoul78, lou up moo gueune79. Doyoul, doyoul, lou eupe moo gueuna woor80 !!! Nous avons dans notre tête une voix intérieure qui nous dit incessamment : doyoul ! doyoul ! lou eupe moo gueune ! lou eupe moo gueuna woor ! le piège perpétuel du doyoul et de la recherche effrénée de biens ; le standing social ; l’accumulation des biens qui entraîne la non redistribution ; doyul – doyul – doyul… lu ëpp (moo) gëna wóor ! Même les populations pauvres qui aspirent à une meilleure gouvernance des deniers publics adulent ces dirigeants qui deviennent riches en un laps de temps comme par magie ! Sans s’en rendre compte, elles encouragent le pillage qu’elles n’aiment pas et qui les enfonce davantage dans la précarité.

78 Pas assez

79 Pas assez, mieux vaut avoir plus

80 Pas assez, pas assez, avoir plus est plus sûr

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C’est ici aussi que nous avons les plus grands paradoxes de notre pays. Les familles sont pauvres mais elles achètent. Les filles n’ont pas d’emplois mais elles achètent. La vie est chère mais tout le monde achète. Les moutons sont chers mais chaque famille cherche à acheter un mouton de tabaski. En fait nous vivons au-dessus de nosmoyens. Les Sénégalaises sont les plus piégées par l’hyperconsommation et l’hyper matérialité. Il semblerait que les cheveux naturels des femmes coûtent extrême chers, grèvent leur budget et celui de leur conjoint et/ou amis. Avons-nous véritablement réfléchi aux dépenses que nous faisons ? Sont-elles nécessaires et conscientes ou relèvent-elles seulement d’une subjugation de la publicité ou du «mariirandoo»81 ? Je dépense, j’achète parce que les autres, mes amies le font ? Et je le fais pour être à la mode, à la page, pour ne pas paraître en déphasage avec le temps et la mode ? Une nouvelle mode est née à travers les paniers de «ndogu»82. Ni les femmes qui les distribuent, ni leurs maris n’ont les moyens d’acheter et de distribuer le genre de paniers que j’ai vus. Ceux qui les reçoivent aussi n’en ont pas besoin et n’ont pas les moyens de leur rendre la pareille.

81 Suivisme

82 Coupure du jeûne

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  1. OSTENTATION ET APPARAT

Grand boubou super amidonné, foulard majestueux,chaînes, bagues, boucles d’oreilles, bracelets en or sertis de Diamant, démarche dandinante, sourire calculé, rouge à lèvres, fards et maquillage des joues et des sourcils au crayon surligné. Costumes et cravates griffés. Tout le monde est star. Nous avons perdu de notre superbe de simplicité et de sobriété.L’habit fait le moine. Les têtes sont dans la routine du quotidien de l’hyperconsommation, les analyses superficielles et les cerveaux sous utilisés pour le futur. « Xaabar xaabari »83 ; « jaagar jaagari »84 !

  1. L’HYPER-MODE

La tendance forte, chez les jeunes et les femmes, est de consommer tout ce qui nous vient d’Occident, de Turquie, de Dubaï, d’Indes et de Chine. Qu’il s’agisse de produits de beauté ou de produits vestimentaires ou simplement une manière de parler et d’être des autres. Prenons l’exemple des « bas », ce sont en fait des dessous que les femmes portent lorsqu’il neige ou qu’il fait froid autour de 0°. Ces bas ont été donc conçus pour le froid. Nos femmes et nos jeunes filles en ont fait un habit de tous les jours, en pleine chaleur. Les bas qui viennent de Chine sont souvent en nylon, en plus. Il n’est pas rare de voir dans les rues de Dakar, des femmes et des filles les porter comme des pantalons avec un haut court. Elles ne s’en rendent pas compte mais en réalité, c’est comme si elles 83 Allées et venues ostentatoire 84 idem portent juste un long slip.

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Leur corps est dehors et ce n’est même pas joli ; ça ressemble juste à un érotisme de pacotille, sans valeur esthétique ni marchande. Les parents devraient interdire à leurs enfants de s’habiller comme cela. Les effets de beauté, les crayons, les poudres, toutes sortes de cosmétiques. Dans tous les coins de rue, ces boutiques foisonnent. J’ai pu remarquer que le lendemain de la Tamxarit, 85 alors que je cherchais de l’encre pour mon imprimante, toutes les boutiques de vente de produits informatiques étaient fermées, mais au contraire, dans tous les coins de rue, il y avait des boutiques ouvertes de vente de produits cosmétiques. Il y a aussi des laboratoires de fabrication et de distribution ; mais est ce qu’il y a un laboratoire de référence fiable pour contrôler tous ces autres laboratoires et ces produits ? Qui nous dit que les laits de beauté, fards, les rouges à lèvres, les poudres ne sont pas cancérigènes ? C’est souvent des produits de synthèse dont l’origine et le contrôle de qualité sont douteux.

  1. LE DIKTAT DU MOUTON DE TABASKI

Chaque année et pendant presque 1 mois et demi avant la tabaski, tous les Sénégalais courent dans tous les sens pour chercher le mouton. Au Ministère de l’élevage,le Ministre et les cadres, sont sens dessus dessous. En fait l’approvisionnement en mouton devient la seule et unique activité. Nous oublions tous que ce n’est pas obligatoire de sacrifier un mouton ; nous sommes devenus esclaves des 85 Veille du 10ème jour de l’an musulman moutons.

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Mais que les moutons souffrent en cette période, ndeysaan ! Ils sont attachés sans ménagement et compassion, mis sur les toits des autobus, dans les malles des voitures ; il arrive que certains d’entre eux meurent de soif, de faim ou simplement de suffocation du fait que la corde attachée au cou du pauvre bélier est tellement serrée que le sang n’arrive plus à sa tête pour oxygéner son cerveau. Mais enfin, nous oublions tous que les moutons sont aussi des êtres vivants, qu’ils ont une anatomie, un cœur, un cerveau, qu’ils respirent. Les moutons sont sensibles, ils ont mal et souffrent comme les êtres humains lorsqu’on les maltraite. D’ailleurs les études ont montré que les animaux bien traités avec compassion et amour avant l’abattage ont une viande plus tendre et moins toxique pour l’homme. Je pense qu’il y a lieu de s’affranchir du mouton. Les prix sont devenus tellement exorbitants que presque personne n’a plus les moyens de s’offrir un mouton. Les responsables

politiques fuient leur base ; les téléphones portables sonnent dans le vide ; les susceptibilités s’exacerbent. Les familles se disloquent ; les amis entrent en conflits ; les polygames passent des nuits blanches ; il y a même des effets psychologiques négatifs sur les enfants dont les parents n’ont pas les moyens d’avoir un gros bélier ; ces enfants deviennent la risée de leurs copains de jeux et ont tendance à se cacher lors de l’exhibition des béliers dans le quartier à la veille de la fête ; d’ailleurs pour certains rites du pèlerinage à la Mecque, le fidèle est dispensé de ce sacrifice.

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Il n’est pas non plus inscrit dans la liste des « farata »86 86 Obligation du musulman Il suffirait que les Imams en dispensent leurs fidèles que ces derniers seraient soulagés et affranchis pour de bon.

  1. ENTREPRENARIAT ET AUTO-EMPLOI

Tout ce qui sera construit maintenant va un jour revenir aux jeunes qui prendront la relève. Comme pour les générations actuelles, les jeunes devront préserver la Nation, consolider les acquis et à leur tour continuer à construire l’avenir pour leurs enfants. Ainsi va la vie. Pour ce faire, ils doivent être préparés par la formation certes technique mais surtout à avoir un esprit entrepreneurial, d’innovation et de créativité. Ils doivent aussi vaincre l’attentisme, la paresse intellectuelle et psychologique. Dans un monde en mutation avec des défis émergents, les chemins qui mènent à l’avenir peuvent être plus épineux et sinueux. Les jeunes ont besoin d’un soutien concret et rapide des services publics et des agences supposées les accompagner. C’est ici que prend toute son importance la phrase magique de l’ancienne Premier Ministre, accélérer la cadence. Le FONGIP, l’ANPEJ, la BNDE, l’ANIDA, l’ANAM, l’AGEROUTE, les financements verts… tous ces programmes, se font désirer. Ils deviennent une aberration et ne servent pas la vision de l’émergence chère au Président de la République. Je crois que les professionnels qui travaillent dans ces structures sont pris au piège des séminaires et de leurs indemnités de déplacement. Ils passent trop de temps à discuter entre eux au lieu de faire en sorte que les jeunes et les femmes aient accès au financement rapide.

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