Accueil / CULTURE / « Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 8 (Par Petit Gueye) Circuit de galère, Présidence de la République, les médias, les journalistes et leurs questions, Goukh petorole

« Notre Pays, le Sénégal Paradigmes et Paradoxes » Partie 8 (Par Petit Gueye) Circuit de galère, Présidence de la République, les médias, les journalistes et leurs questions, Goukh petorole

Les séminaires et les réunions ne sont que des  étapes dans l’organisation du service et l’alignement des professionnels sur leurs objectifs et leur approche. Malheureusement,ils sont devenus un goulot d’étranglement qui entrave la performance et l’efficacité pour les livrables. Peut-être le piège de l’élitisme ? J’en ai visité quelques-uns ! Gaufrés dans leurs hyper bureaux climatisés, grosses bagnoles et salons feutrés. Certains d’entre eux font languir les associations de jeunes et les groupements de femmes ; ils les font courir pendant 6 mois à un an pour un rendez- vous. Les chantiers sont mal exécutés et avec une lenteur extrême. Certaines agences doivent être simplement supprimées pour inadéquation de leur modèle. Au niveau des communes, les jeunes et les femmes les attendent, dès fois pendant au moins 8 mois sans voir la couleur d’un financement. Les promesses de financements ne sont pas tenues,aucune communication, une opacité totale dans la gestion des fonds et des critères de financements alloués, s’il y en a. Soit ces structures n’ont pas les compétences pour délivrer sur les résultats qui sont attendus d’eux, soit leurs dirigeants préfèrent dépenser pour leurs propres privilèges. Il faudrait faire une analyse de leurs budgets en comparant les fonds actuellement alloués directement aux projets et ceux alloués au bien être des dirigeants et du staff (voyages, bureaux huppés, grosses voitures, séminaires incessants, frais de mission). Leurs équipes viennent à 5 voire 10 pour présenter leur programme. Gâchis et népotisme semblent être la règle. Le modèle de ces organisations est inadéquat pour les projets du Président de la République. Les systèmes de prêt et de garanti ne servent qu’à enrichir les banques frileuses de prêter aux pauvres.

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Il y a des centaines ou des milliers de projets qui dorment dans ces structures. Les jeunes savent ce qu’ils veulent et ont déjà formulé leur demande. Ce dont ils ont besoin, c’est de l’appui financier rapide, de l’argent frais pour leurs projets sur le terrain dans les communes. Peut être qu’il faudrait supprimer toutes ces organisations et envoyer les fonds directement dans les communes ou alors les confier à certaines ONG connues et réputées pour servir les communautés. Au moins dans ce cas, l’argent arrivera aux véritables bénéficiaires ; des investissements productifs seront réalisés et bien visibles ; des auto-emplois locaux verront le jour; le pouvoir d’achat et le cadre de vie des habitants seront améliorés ; la pauvreté sera un mauvais souvenir.

  1. CIRCUIT DE GALERE

Il s’agit d’un an et demi voire 2 ans de galère à courir derrière des agences et des Ministères. Courir derrière eux pour leur faciliter l’atteinte de leurs résultats. Paradoxes. Je voudrai partager 3 exemples concrets, reflets d’inefficacité des structures en charge de la mise en œuvre de la vision du Président de la République. Encore nos attitudes et nos comportements qui retardent l’entreprenariat, l’auto-emploi et bien sûr le développement du Sénégal. Projet de pôle de micro industries : Nous avons écrit l’idée de projet que nous avons d’abord soumis à l’ADEPME, avec qui nous avions signé une convention de partenariat. C’était en Juin 2015.

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Pendant  que je faisais des va-et-vient et de nombreuses réunions avec l’ADEPME, je rencontre le DG du FONGIP qui s’intéresse à notre concept. Il m’a automatiquement mis en rapport avec ses experts pour la formulation d’un business plan. Cela nous a pris au moins 4 mois. J’ai pris le business plan que j’ai partagé avec la Direction des petites et moyennes entreprises, la direction des petites et moyennes industries, les DG du FONGIP, de l’ADEPME et l’antenne régional de la BNDE à Kaolack. Je rencontre le DG de l’ANPEJ qui me dit carrément que leur modèle ne correspond pas à ce que nous voulons faire. Je profite d’une audience avec le PR pour le briefer et lui remettre le Business plan. Il l’a trouvé pertinent et m’a promis d’instruire le FONGIP pour nous appuyer. Ce qu’il a fait. Un expert du FONGIP m’a appelé quelques jours après mon audience avec le PR, pour me demander de venir le voir. J’y suis allé et j’ai retrouvé avec lui le même document que j’avais remis au PR. (Félicitations PR, vous avez respecté votre engagement). Pour compléter le dossier, l’expert m’a demandé une série de documents, cinq à sept documents, que j’ai fournis dans les 48 heures. Entre temps, la direction de la petite et moyenne industrie (DPMI) lance un appel à projets pour des pôles de micro-industries. D’ailleurs, notre note conceptuelle l’avait inspiré d’une manière ou d’une autre. J’avais rencontré le Directeur qui m’avait confirmé que le Ministère était en train de travailler sur un concept similaire au nôtre et lorsqu’ils finiront, notre projet devrait pouvoir être inclus dans les premiers lots de projets à soutenir. Le FONGIP donc m’oriente vers la DPMI où notre projet a été transmis pour passer dans une commission de sélection. Après la commission, notre projet a été transféré à la BNDE pour financement.

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Mais le projet était déjà déposé par nos soins à la BNDE de Kaolack depuis le mois de février 2016, un compte bancaire ouvert et un apport de 9 millions déposé dans le compte. Depuis février 2016, retenez bien cela. Au mois de Mai 2016, je rencontre le Ministre de la jeunesse à qui je soumets l’idée et mon désir d’impliquer son département dans le projet, il me promet séance tenante une somme de 60 millions en guise de participation au projet novateur (d’après ses mots) devant un de ses bras droit. Promesse jamais tenue malgré mon suivi étroit et rapproché. Presque 1 an et demi pour un projet de 105 millions. La BNDE Kaolack m’a encore demandé de nouveaux documents à fournir. Même avec des instructions annotées du PR, plusieurs directions ministérielles, un Ministre, trois agences d’exécution et une banque de développement ne parviennent pas aider une commune et un GIE bancable (apport disponible et déposé) à entreprendre, créer des emplois et des richesses locales. Pendant ce temps, les salaires et les frais de personnel de toutes ces structures ont bouffé au moins 100 fois le montant de notre projet. Rien que de la duplication et de l’inefficacité. Les exemples sont nombreux pour toutes les communes du Sénégal. Projet d’emplois verts : apiculture Nous avons soumis un projet d’apiculture à la direction des financements verts du Ministère de l’environnement.

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Des promesses et des paroles tellement mielleuses. Cela fait 1 an et demi. Rien. Projet structurant de dragage et d’aménagement de la promenade des Sokonois Au début de la recherche de partenaires pour notre projet Sokone Emergent, j’avais rencontré le Ministre du PSE pour lui soumettre notre PSE local. Il était tellement charmé qu’il a appelé illico presto le Directeur du BOSSE pour lui demander de me recevoir. Ce qui fut fait le lendemain. J’étais enthousiaste. Le Directeur du BOSSE était aussi impressionné qu’un Maire pense comme cela. En fait les grands responsables de l’administration minimisent les Maires et ne les respectent pas. En tout cas pas leur « xam – xam »87 Notre entretien était tellement convivial qu’il m’a même dit qu’il était l’ami de mon grand frère. Je fus alors rassuré, car non seulement mon projet lui plaît mais en plus il était « mburu ak soow »88 avec mon frère. Alors confiant, je lui ai remis mon projet. Depuis lors, 1 an et poussière, il n’a pas fait signe de vie. Malgré mes relances emails, avec tous ses collègues. Ceux qui me connaissent savent que je relance toujours, et plusieurs fois. Ce comportement des agences et des Ministères, n’est pas rare et commence même à devenir la règle. Voici d’autres exemples :

87 Expertise

88 Pain et lait caillé

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ANAM (Agence Nationale des Affaires Maritimes): un des directeurs de l’ANAM pour le désenclavement des Iles du Saloum par Sokone, a le réflexe de toujours me renvoyer un texto pour écrire : « je suis en réunion, je vous reviens » ; c’est certainement un default setting. La réunion ne finit pas pendant une semaine et bien sûr je reviens pour relancer.Ensuite « Je vais t’appeler dans 5 mns, Monsieur le Maire, je dois vérifier seulement une information » ! Il n’appelle jamais et c’est moi qui le relance 3 jours après pour entendre de nouveau le même refrain ou un autre similaire. « Nous avions juste un problème de solution technique, maintenant,nous l’avons et nous viendrons incessamment ». Incessamment finit dans les bolongs du Saloum. Mon ami de la Direction de l’Horticulture m’a envoyé un bon d’engrais qui n’existait pas ; cela après une mission sans rapport et dont aucune des conclusions verbales n’a été mise en œuvre. Le DG de l’ANIDA qui promet une mission avec dates précises, mais ne vient pas et ne s’excuse pas. Il a peut être oublié. Le Ministre de la Culture qui nous envoie son responsable de la restauration des bâtiments historiques : ce dernier vient en mission pour prendre toutes les mesures d’un bâtiment colonial en plein soleil du milieu de la journée. Puis il disparaît sans rapport, ni retour d’informations. Cela fait maintenant 10 mois.

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Les exemples sont nombreux et tous les collègues Maires avec qui j’ai échangé vivent des attitudes et comportements similaires de la part de l’administration.Mais qu’est ce qui se passe vraiment avec NOUS, les hauts responsables et les cadres de l’administration sénégalaise ? Comment allons développer ce pays-là avec de telles attitudes et de tels comportements ? Des gens bien éduqués, bien formés, sympathiques mais qui ne font rien de ce qu’ils disent au travail. Nous attirons leur attention pour qu’ils se rendent compte que leur manière de travailler est contre productive, n’aide pas le PR, et plus grave, retarde le Sénégal.

  1. LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

Presque tous les anciens dignitaires des régimes passés ambitionnent de devenir Président. Ancien Premiers Ministres, Ministres, anciens Président de l’Assemblée Nationale. Souvent même sans vison ; sans nouveau programme. C’est comme si, ils voulaient prolonger leurs privilèges perdus. Il ne faut pas qu’ils oublient qu’ils ont eu une opportunité unique de servir la Nation. Certains d’entre eux n’ont jamais eu de base politique, ni compéti aux suffrages des Sénégalais au niveau local. Ceux qui aspirent à diriger le Sénégal doivent au moins justifier d’une légitimé populaire et être parrainés par leurs voisins les plus proches. Je rêve d’un système où les futurs Ministres et/ou Présidents doivent d’abord avoir gagné des élections locales.

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Là au moins, ils auront acquis une certaine légitimité  populaire et auront prouvé qu’ils peuvent être le premier Magistrat de quelque localité, si petite soit elle. Sinon le Sénégal sera trop Grand pour eux. Président « du caaxaan waay »89 ! Il faut d’abord avoir gagné et fait quelque chose là où on te connaît ! Sinon, comment allons-nous faire la part des choses entre les vendeurs d’illusions et les vrais Leaders ?

  1. LES MEDIAS

Comme pour les politiciens il y a beaucoup de cacophonie et d’amalgame. Ce n’est même pas clair quelle est la ligne éditoriale de tel ou tel organe de presse écrite comme audio visuelle. Les gens des médias semblent trop pressés et intéressés par le sensationnel et les ragots qui font vendre vite au quotidien. Les médias aussi doivent contribuer à façonner le futur. Je souhaite qu’elles développent des programmes beaucoup plus orientés vers l’avenir que nous voulons créer. Soit il y a trop d’organe de presse, soit les responsables ne font pas beaucoup preuve de recherche et d’effort de génération de l’information. Si vous achetez les journaux au quotidien, ils racontent tous les mêmes choses. Les mêmes événements. Même pas de diversité dans l’analyse et les approches. L’information est la même partout. Il faudrait un effort de spécialisation des organes de presse. Sinon nous avons l’impression d’être arnaqués et pris au piège d’entrepreneurs de presse qui nous font payer et consommer le même produit mis sur des supports dont seul le 89 Ce n’est pas de la farce nom change.

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Les médias sont d’une importance capitale en ce sens qu’elles participent à façonner les mentalités, les attitudes et les comportements. Les théâtres d’improvisation, la danse des garçons qui font les pitres, les « gisaané »90, la publicité des charlatans de toutes sortes sans parler des prêches intempestifs. La qualité et le discernement font vraiment défaut et sont à promouvoir. Il nous faut réinventer les médias pour qu’elles répondent à la vision de l’émergence sociale, économique et culturelle. Et pourtant, il y a dans les médias des gens brillants qui comprennent les paradigmes et la construction du futur. Peut-être qu’ils sont gagnés par la lassitude et le découragement (Tayyi en wolof) !

  1. LES JOURNALISTES ET LEURS QUESTIONS

En fait nous faisons beaucoup de critiques aux gens qui sont interviewés et qui parlent dans les média ; je me suis intéressé à ceux qui posent les questions. Les réponses que nous n’aimons pas proviennent peut être des questions qui sont posées ; l’absence de complexité dans les questions posées par les journalistes entraînent des réponses superficielles et linéaires. Les situations que les journalistes essaient de dénouer sont complexes ; pendant ce temps,leurs questions partent de préjugés cherchant des réponses polémistes qui dénigrent ou entretiennent la confrontation. Nous avons presque toujours droit à des déductions suggestives dans les questions qu’ils posent.

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Peut être qu’ils sont pressés d’écrire vite un article après avoir couvert un 90 divination événement ? Peut-être qu’ils sont insuffisamment formés pour lire dans les mots et les émotions des autres ? Peut-être qu’il nous faut davantage de philosophes journalistes, d’ingénieurs journalistes … en tout cas un peu plus de structures mentales complexes dans la profession, un peu plus d’analyse approfondie, de discernement, de mesure et surtout un peu plus de futur et moins de sensationnel.

  1. GOUKHE PÉTOROLE

Avez-vous déjà vu un enfant qui a bu du pétrole ? C’était fréquent du temps de notre tendre enfance dans les villages. Nous n’avions pas d’électricité. Le pétrole était le liquide précieux qu’on mettait dans les lampes tempêtes et les frigidaires à pétrole. Je me rappelle aussi des lampes Coleman à pression, beaucoup plus claires avec manchon. La pompe à pétrole dans le village était une petite pompe ; il arrivait donc d’y aller pour s’entendre dire par le pompiste « pétorole bi jeexna »91, et bonjour l’obscurité ou la bougie. Ma mère avait donc l’habitude d’acheter du pétrole en réserve qu’elle gardait dans des bidons ressemblant à des jerricanes. Nous avions un gardien qui se chargeait de remplir le réservoir à pétrole du frigidaire. Ce jour là, il a oublié de ranger le pot qui lui servait d’entonnoir et il restait un fonds de pétrole dans le pot. Mon grand frère avait 3 ans et comme tous les enfants à cet âge, il touchait à tout, fouinait partout, testait tous les goûts pour découvrir. Ce jour-là, il a trouvé le pot en a prit quelques gorgées ; et automatiquement il avait une quinte de toux vraiment douloureuse.

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