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Que pèse l’opposition sénégalaise au-delà de la bulle médiatique ? (Par Mamadou NDIONE)

Les dernières sorties de certains opposants sénégalais méritent une petite piqûre de rappel chiffrée qui aiderait sûrement les uns et les autres à « redescendre sur terre ».

Dans le brouhaha de la recherche de buzz, certains opposants y vont avec une bonne dose de surenchère comme pour essayer vainement de conjurer le sort des chiffres qu’ils savent largement défavorables pour eux. En vérité, dans la stratégie d’attaque tous azimuts, certains, comme pour oublier leurs poids respectifs, veulent simplement s’arroger dans le subconscient collectif une position de leadership dans l’opposition.
Que pèse l’opposition sénégalaise à un an de la présidentielle de février 2019 ? Que pèsent « les oppositions ? » devrions-nous dire.
Le meilleur baromètre actuel pour mesurer le poids des uns et des autres semble être la dernière élection législative du 30 juillet 2017 qui a permis, au moins, de tirer quatre leçons majeures en rapport avec les poids électoraux réels des opposants irréductibles et frontaux.

1- Coalition gagnante
« Wattu Sénégal »
Lors des dernières élections législatives de juillet 2017, la coalition gagnante « Wattu Sénégal », conduite par le Président Abdoulaye Wade, avait eu 16,67 % des voix. À un an de la présidentielle de 2019, que pèsera ce conglomérat hétéroclite sans l’effet Wade ? Le Pds et ses alliés savent que sans Wade (qui n’a plus la possibilité de se présenter à une élection présidentielle au Sénégal, parce que frappé par la limite d’âge), ils ne pèseront pas la moitié des 16,67 % obtenus en juillet 2017. Toute autre candidature, issue des rangs du Pds, ne pourra sans doute pas faire plus que le score des dernières législatives. Ce, sans compter les scissions énormes en cours du fait de la guerre de positionnement interne au Sopi.

2- Coalition « Manko
Taxawu Sénégal »

La Coalition « Manko Taxawu Sénégal », dirigée par Khalifa Ababacar Sall lors des dernières législatives, récoltait 11,72 % avec pas moins de cinq leaders « unis ? »  dont Idy, Gackou, Mansour Sy Djamil, Bamba Dièye. C’est un secret de polichinelle que de dire qu’ils ont tous (dans la perspective de 2019) des ambitions nationales avérées. Quel est le poids des uns et des autres dans le partage des 11,72 % ?
Dans ce bloc hétérogène, certains sont déjà en campagne pour grignoter une part du maigre potentiel et essayer de forcer le destin. C’est le cas d’Idrissa Seck parti en campagne avant la course et qui ne mesure pas assez sa chute libre tendancielle irréversible. Idy oublie qu’en cinq ans (2007-2012), son score avait été divisé par deux avec, lors de la présidentielle de 2007, les 510 922 voix, soit 14,92 %, et les 212 853 voix qu’il avait à la présidentielle de 2012, soit 7,86 %. Quand on perd près de 300 000 voix en cinq ans, on doit faire une introspection. En 2016, avec tout le camp du « non » réuni, il avait largement perdu le département de Thiès. En 2017, « Benno » l’avait encore battu dans le même département de Thiès. Le problème de ce candidat à l’envergure départemental refoulée est qu’il est en rupture de confiance avec le subconscient sénégalais et semble être le seul à l’ignorer.

3- Récap sur de principaux
opposants frontaux

Pour récapituler avec ces deux coalitions d’opposants frontaux au régime en place, nous pouvons dire que 16,67 % plus 11,72 % égale 28,39 %. C’est le poids global cumulé des candidats potentiels de « l’opposition médiatique », effet Wade inclus. Dans le bloc à 28,39 %, il y a (avec l’effet Wade) quasiment tous les opposants frontaux classiques qui rêvent debout d’un destin présidentiel. Qui sont-ils ?
•    Le premier groupe est constitué de Pape Diop, Mamadou Lamine Diallo, Mamadou Diop Decroix et un éventuel candidat Pds pour la Coalition gagnante « Wattu Sénégal ». Il va sans dire que la candidature au Pds créera au moins deux nouveaux camps dans ce parti sans compter ce que la mouvance présidentielle récupèrera de facto.
•    Dans le deuxième groupe, il y a Khalifa Babacar Sall, Malick Gakou, Idrissa Seck, Serigne Mansour Sy Djamil et Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye pour « Manko Taxawu Sénégal ».

Quel est le poids de ces opposants frontaux sans Wade ? Une analyse objective démontrerait que tous désunis ou unis feront très largement moins que leur plafond total cumulé à 28,39 %.
Les amnésiques semblent oublier que, lors des législatives de 2017, « Benno », sans avoir le Président Macky comme candidat, a devancé la liste de Wade de plus d’un million de voix et les deux principales listes cumulées de l’opposition de près de 700 000 voix. Voir ci-dessous les écarts.

4- Nouveaux opposants
frontaux
À côté de ces opposants radicaux classiques, il y a les petits radicaux qui font beaucoup de bruit. Nous pouvons en noter deux qui, apparemment, n’ont pas compris la leçon des législatives du 30 juillet 2017. Il s’agit d’Ousmane Sonko et Abdoul Mbaye.

•    L’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye dont le parti Act était en alliance avec quatre autres formations n’a même pas été repêché comme député lors de ces élections du 30 juillet 2017. Il s’est retrouvé avec 0,43 % des votants, soit exactement 14 231 voix. Quand un ancien Premier ministre obtient ce score minable dans une élection à laquelle ont participé 3 337 494 votants, il devrait, au nom de la dignité, raser les murs. Après ce score lamentable, le maintien d’Abdoul Mbaye dans une course présidentielle pourrait relever de l’obsession.

•    Ousmane Sonko, en dépit de son bouillonnement médiatique outrancier, oublie qu’avec une coalition composée de plusieurs partis, dont Pastef, Rnd, Ppas, Mrds, il n’a pu récolter que 1,13 % des votants avec exactement 37 535 voix sur 3 337 494 suffrages exprimés lors des élections législatives du 30 juillet 2017. Ce score qui a permis de repêcher au plus fort reste le député Ousmane Sonko ne rime pas avec la frénésie débordante du concerné. Il fait plus de bruit que son poids réel. Pour faire une analyse objective du score de 37 535 voix de sa coalition, il faut juste se souvenir qu’un de ses alliés de 2017, en l’occurrence le Mrds, avait eu, cinq ans plus tôt, en 2012, un score de 70 655 voix, représentant, à l’époque, 3,60 % des suffrages. En clair, l’alliance avec Sonko a fait que le Mrds a vu que ses voix ont été divisées par deux en valeur absolue et par trois en valeur relative en termes de pourcentage par rapport aux suffrages. En vérité, Sonko a tiré le Mrds largement vers le bas, poussant l’imam Mbaye Niang, troisième sur sa liste, à perdre son poste à l’Assemblée nationale. Il n’est pas interdit, en démocratie, de rester dans le virtuel avec un discours populiste sans prise sur un peuple intelligent. Dur sera le réveil pour ce candidat Facebook.

Au total, l’opposition, adepte du buzz médiatique à outrance, sait pertinemment que la présidentielle de 2019 est perdue d’avance pour elle parce que le Président Macky Sall est sur le chantier énorme de l’émergence du Sénégal avec un taux de croissance 2017 projeté à 7,1 % après deux années successives à plus de 6 % (ce que nous n’avons jamais eu). Il sera difficile pour l’opposition de nier la réalité économique et sociale d’un Sénégal en émergence en pleine transformation structurelle et prenant en compte une dimension sociale sans commune mesure.

Lors des dernières élections législatives de 2017, le score de Bby, frôlant les 50 % (49,47 % exactement), ne doit pas donner un faux espoir de deuxième tour à une opposition amnésique. Comme en atteste le dernier sondage d’une chancellerie occidentale avec 69 % de satisfaction, le candidat Macky Sall dépasse largement le score des législatives de Bby pour quatre raisons simples.
1. Le Président Macky Sall n’était pas candidat lors des législatives de 2017.
2. Toutes les 47 listes des législatives n’étaient pas antagoniques à « Benno ».
3. Le Président Macky sera, s’il plait à Dieu, sur la piste en 2019 avec un bilan visible et palpable et des perspectives claires que la majorité des Sénégalais voient et apprécient.
4. Nous avons un peuple intelligent qui sait reconnaître les efforts énormes de ce vaste Sénégal en chantier.

Pour « Benno », il s’agira, d’ici à 2019, de faire bloc pour mieux faire comprendre le bilan et les perspectives : deux choses qu’une opposition largement minoritaire essaiera de saper par des opérations sporadiques de communication agressive et décalée dans le vide. Chaque jour, les opposants rivaliseront dans le buzz et le vide. Chaque jour, le Président Macky sera dans l’action, les réalisations et les perspectives vers l’émergence.
En démocratie, on compte les voix même si chacun peut élever trop la voix. L’opposition continuera à élever la voix au-delà de son poids réel. C’est son rôle. La mission de « Benno » est de porter le débat concret sur les réalisations palpables et les perspectives clairement en vue. Quelle que soit la frénésie des opposants chercheurs de buzz, « Benno » doit imprimer la marque et rester sur le fil conducteur du débat concret, cet axe qui désarçonne les opposants frontaux.

Par Mamadou NDIONE

Économiste, écrivain,
logisticien
conseiller départemental 
à Mbour,
responsable Apr Diass

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