UN PLAN DE SORTIE DE CRISE RENDU PUBLIC EN GAMBIE Jammeh veut se maintenir pacifiquement au pouvoir

Pendant que la Cedeao travaille à le faire partir pacifiquement, Yahya Jammeh entend, lui, se maintenir au pouvoir tout aussi pacifiquement.

C’est la raison qui l’a poussé à agir sur deux leviers dans un discours diffusé ce mardi dans la soirée à la télévision nationale du pays. Ces deux leviers sont la Cour suprême et la nomination d’un médiateur en la personne du Secrétaire général de la Présidence, Musa Jallow.

S’agissant de la Cour suprême, Jammeh n’a fait que tirer la couverture de son côté. Il a ainsi laissé entendre que « seule la Cour suprême peut déclarer quelqu’un président ». Une estocade qui s’adresse à la Cedeao et à Adama Barrown pour dire que son investiture n’est plus possible dès lors que la Cour suprême a décidé de reporter sa session au mois de mai prochain, faute de juges.

Alors, le Président gambien mise sur le respect de la loi gambienne auquel il convie tout le monde. Histoire de dire qu’il est toujours président tout en oubliant, qu’en droit, on ne peut pas se prévaloir de sa propre turpitude.

L’absence de Cour suprême digne de ce nom est de sa faute. Le report au mois de mai n’est pas du tout expliqué. Mieux, la Commission électorale indépendante a des pouvoirs que lui donne la loi en matière de proclamation des résultats et donc de consécration du vainqueur.

Mais de tout cela, Jammeh n’en a cure. Il croit être sur la bonne voie, celle de ceux qui taillent ou interprètent les lois en leur faveur. Et c’est loin d’être nouveau en Afrique.

Car, il oublie que la Communauté internationale et bon nombre de Gambiens se moquent éperdument du verdict d’une quelconque Cour dont on connait le degré de partialité dans un contexte où d’ailleurs les juges peuvent difficilement faire autrement, à moins de risquer de subir le même sort que le Président de la Commission électorale gambienne, à savoir la fuite.

Mais, en fin stratège, Yahya est allé plus loin. Il a proposé la nomination, par ses soins, d’un médiateur avec deux faiblesses importantes à cette proposition.

La première est que le médiateur proposé n’est pas une personnalité neutre. Musa Jallow est le Secrétaire général de la Présidence, donc un homme du sérail. Il va travailler pour maintenir son mentor au pouvoir. Et c’est cela qui motive son choix.

Jammeh aurait pu miser sur une personnalité de la Société civile gambienne, un Imam respecté par tous ou toute autre personnalité de consensus. Mais, il ne l’a pas fait. Et pour cause!

C’est pourquoi, la loi d’amnistie qu’il propose recèle aussi les mêmes faiblesses. Dire que cela ne concerne que la période allant du 04 novembre au 24 janvier montre que c’est une loi qui ne vise que les supposés auteurs de trouble arrêtés. Il montre par là sa bonne foi d’apaiser le climat, mais, il n’a pas encore conscience qu’il ne sera plus Président à partir du 18 janvier.

Par conséquent, on aurait attendu qu’il demande une loi d’amnistie pour ses ouailles et lui. Qu’il se mette ainsi dans les conditions de partir. Mais la proposition de loi d’amnistie de Jammeh montre qu’il  se croit toujours Président.

En tout état de cause, ces déclarations montrent que le fauve se sent traqué. Et qu’il lâche du lest. C’est là où la Cedeao doit accentuer davantage la pression diplomatique pour le faire abdiquer.

La rencontre du vendredi pourrait être l’une des dernières. Si elle échoue, il faudra envisager l’option militaire, même si personne ne le souhaite.

Mais, c’est à Jammeh de jouer franc jeu au lieu de verser dans des dilatoires comme celui que nous venons de décrire.

Assane Samb

Voir aussi

REPARTITION DES FONDS DE LA DECENTRALISATION Une enveloppe de 43 milliards pour les collectivités locales

  C’est une enveloppe globale 43 milliards F Cfa qui est allouée aux Fonds de …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *