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Polygamie sous condition: L’Etat guinéen instaure une monogamie de fait

C’est un cadeau que l’Etat guinéen vient d’offrir aux femmes de son pays. Le nouveau code civil instaure la monogamie comme régime général du mariage. Ce qui veut dire, en clair, que la polygamie est n’est qu’une exception parce que sous condition. Et cette condition est de taille : Il faut que la première épouse accepte que son mari ait deux, trois ou quatre femmes.

Exactement le contraire de ce qui se passe au Sénégal où la polygamie est le régime général.

Sans entrer dans les interprétations du Coran pour lesquelles nous ne sommes pas experts, il convient de souligner que cette situation instaure, pratiquement, une monogamie de fait. Car, inutile de dire que rarissimes seront les femmes qui vont accepter que leurs maris souscrivent à un régime polygame, surtout au début de leur mariage, au moment de la signature du contrat.

Le Président Alpha Condé qui est sans doute monogame, mesure les conséquences de cette législation qui entre en porte-à-faux avec les us et coutumes en Guinée et qui ne diffèrent pas fondamentalement de ce qui se passe chez nous.

Inutile d’entrer dans le débat des vertus ou non de tel ou tel autre régime. En droit, en dit qu’’’en mariage, trompe qui peut’’. C’est dire que nous avons un contrat dans lequel les époux décident de ce qu’ils veulent et de la teneur qu’ils comptent donner au contrat.

Et que si l’Etat intervient parce que c’est un contrat de type particulier, cela ne doit pas se faire en contraignant les époux à adopter tel ou tel autre comportement.

La problématique de la polygamie a un cachet religieux qu’on ne saurait occulter. Les hommes ne l’ont pas décrété, même s’ils peuvent en abuser. Elle est permise dans une religion comme l’Islam avec la condition de pouvoir traiter les épouses sur le même pied d’égalité.

Certes, il y a beaucoup d’abus dans nos sociétés, liés à la pratique de tous les jours de la polygamie et des effets négatifs sur la progéniture, mais nous ne pensons pas que les couples monogames s’en sortent mieux que les autres. A chacun d’en juger.

Et en dehors du cachet religieux, il y a le volet culturel, traditionnel.

Nous sommes loin de croire par exemple, en Guinée, que la polygamie va cesser. Loin de là. L’Etat va simplement réussir à mettre une bonne partie de ces citoyens en marge des lois. Ils vont vivre en parfaite ignorance de cette législation en pratiquant leur religion et les traditions de leurs ancêtres.

En général, du point de vue de la sociologie du droit, ce ne sont pas aux populations de s’adapter aux lois, mais aux lois de codifier les modes de vie des populations, même si elles ont aussi des fonctions évolutives.

En conséquence, une loi peut être désuète, inadaptée, inefficace et ne pas s’appliquer. Surtout en matière de mariage.

Au Sénégal par exemple, de nombreux couples optent pour le mariage religieux, ignorent le mariage civil, le certificat de mariage et vivent tranquillement leurs vies. Et il en est ainsi de la Guinée.

C’est dire, en clair, que l’évolution des mœurs ne peut s’acquérir que par l’éducation, le plaidoyer, la sensibilisation, etc. Toute intervention de l’Etat dans la vie privée des couples peut s’avérer maladroite.

Dire que la polygamie est un mal est un mode de pensée qui n’est pas forcément partagée par tous.

Alors, il serait préférable que l’Etat s’occupe de la sécurité, de la bonne gouvernance, du développement, de l’éducation, de l’environnement et laissent de côté les questions privées, surtout lorsqu’elles charrient de fortes connotations religieuses et culturelles.

Il ne sert à rien de voter des lois que personne n’applique, y compris ceux qui les ont votées et qui seront les premiers à les violer.

Assane Samb

 

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