makha Diop

PORTRAIT- Makha Diop, le Sénégalo-chinois

 C’est le plus Chinois des Sénégalais. Il  s’est installé à Hong Kong, il y a treize ans, afin d’y promouvoir la musique et la culture africaines. Il connaît aujourd’hui le succès dans toute la Chine et une grande partie de l’Asie.

En 2001, lors d’un cours de « djembé », un de ses élèves l’invite à Hong Kong pour présenter au public chinois la musique et les instruments africains. L’aventure est tentante pour un jeune de  20 ans, mais l’arrivée dans la jungle de béton le fait défaillir. C’est sur l’île de Lamma qu’il reprend son souffle et intègre un premier groupe, le « Djembe Massive », dans lequel il fait tout. Le public adore, les investisseurs s’enrichissent, mais ne lui laissent que de quoi manger et prolonger son visa. Il va leur servir de vache à lait pendant trois ans. Ambitieux et soutenu par une famille chinoise qui l’a adopté, Makha réalise qu’il doit prendre son indépendance ou repartir sans rien. Il s’accroche, apprend le Mandarin, le Cantonais et l’Anglais, et décide de ne plus être uniquement batteur ou DJ. Tout en continuant à travailler pour les autres, condition du renouvellement de son visa, il va créer son propre groupe, pour diffuser la culture du « djembé » et faire connaître sa musique. Makha est un visionnaire : il pressent qu’il y a beaucoup de choses à faire en Chine et dans les pays avoisinants. L’African Drumming and Dance Connection – ADADC – voit le jour en 2005 grâce à un modeste prêt de sa famille chinoise. Ne pouvant y consacrer que son temps libre, Makha commence par former des musiciens locaux. Il les embauchera par la suite, compensant ainsi la rareté de talents africains sur place.

2008 marque un tournant : Makha obtient le statut de résident permanent. Plus besoin de visa, et il peut à son tour sponsoriser l’embauche d’étrangers. Son frère le rejoint pour l’assister dans le développement de l’ADADC, qui va alors changer de braquet. Tout en continuant la formation, il va privilégier l’organisation de spectacles et de concerts.

Le succès n’est en rien limité à Hong Kong, il essaime en Chine et partout dans la région : Grand Prix de Shanghai, ouverture d’une boutique Vuitton à Séoul, inauguration du Fisherman’s Wharf de Macao… En outre, la représentation culturelle du « djembé » s’étend au cinéma, par des collaborations avec plusieurs réalisateurs chinois. Forte d’une dizaine de musiciens et danseurs, mais pouvant en aligner beaucoup plus grâce à la formation locale, l’ADADC reste discrète sur ses profits confortables. Comme le dit Makha Diop avec un sourire désarmant : « Aucun de nous ne se prend la tête, mais mes premières années ici m’ont inculqué à quel point les Chinois prennent le business au sérieux. Ici, il faut gagner de l’argent. »

Ce nouveau Chinois est décidément resté très Sénégalais.

Cébé avec Pierre Leblache

 

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