POSITIONS ET POSTURES (Par Abou Abel Thiam)

Notre société, pour l’heure, n’accepte pas la dépénalisation de l’homosexualité ; il n’est point question pour nous de tenter de la lui imposer, pour faire snob, pour plaire à l’Occident… Voilà ce qu’a dit donc Macky Sall

 L’attitude a été la même, devant le Président Obama comme face à Audrey Pulvar : digne, sans complexe et responsable. En juin 2013, le Président Macky Sall, réagissant à une interpellation, en avait bouché un coin de la commissure des lèvres à son hôte, le Président de la puissante Amérique, en rejetant toute idée de dépénalisation de l’homosexualité au Sénégal.

«Votre pays a ses réalités, nous avons les nôtres. Nous n’avons aucune prétention de vous demander d’être comme nous, vous devriez vous garder de nous demander d’être comme vous», avait clamé, en substance, le chef de l’Etat du Sénégal.

Le pays des exécutions judicaires capitales n’avait pas de leçons à nous donner. Toute la soirée durant, au cours du dîner officiel, un ange avait suspendu son vol au-dessus des cartes de menu, tel un drone photographiant une scène de choc des cultures. La composition du hamburger n’est évidemment pas celle du thiéboudieune

Ne voilà-t-il pas que, sur le plateau de la chaîne i-télé à Paris, dimanche, toujours droit dans ses bottes, comme hier nos résistants sur leurs destriers, le Président Macky Sall, interrogé sur le même sujet, est resté d’une invariable et imperturbable position : il n’est point question, pour nous Sénégalais, d’édicter des lois qui seraient en déphasage avec nos us et coutumes.

Notre société, pour l’heure, n’accepte pas la dépénalisation de l’homosexualité ; il n’est point question pour nous de tenter de la lui imposer, pour faire snob, pour plaire à l’Occident… Voilà ce qu’a dit donc Macky Sall. Hier à Obama, aujourd’hui à Audrey Pulvar. Ce qui prouve que le chef de l’Etat a exprimé une position, et non point affiché une posture. Toute posture relevant de l’imposture.

De quelque bord que l’on soit, pourvu que l’on soit Sénégalais, chacun d’entre nous a éprouvé une pointe de légitime fierté, en entendant le président de la République s’exprimer ainsi sur le sujet. Car il n’y a pas de mal à dire du bien.

Certes, il n’est point acceptable que les homosexuels soient victimes de vendetta populaire, mais l’on se doit d’admettre que si la loi doit être l’émanation et la codification des us, coutumes et comportements sociaux, le Sénégal actuel n’admet pas la dépénalisation de l’homosexualité. Sauf à penser que les Africains devraient voir le monde avec les yeux de l’Occident, que notre continent devrait être un éternel traînard condamné à singer les autres, ce sujet n’était d’ailleurs pas le plus pertinent à aborder avec le Président Sall sur le plateau d’i-télé.

Car, pour quelqu’un qui semble avoir préparé son interview, comme le paraissait la journaliste, il était inconcevable de passer sous silence l’engagement de Macky Sall à réduire la durée de son propre mandat présidentiel.

Parce qu’au moment où le chef de l’Etat sénégalais se prêtait aux questions de la journaliste, ailleurs en Afrique -suivez ma plume après la parenthèse on tripotait des constitutions pour perdurer au pouvoir. Exception mondiale en cela, fierté africaine s’il en est, cet engagement du chef de l’Etat sénégalais, à contresens d’une certaine Afrique, était à évoquer, à défaut de la saluer, à faire expliquer, pour que l’Occident donneur de leçons sache qu’il y a une autre Afrique, incarnée par Macky Sall, qui sait porter haut le flambeau de notre continent.

Au contraire de cela, voilà que l’on monte en épingle le procès d’un individu, pour en faire une tarte à la crème destinée à…entarter notre justice et nos institutions. Pourquoi donc, lorsqu’en Occident, un fils de…est jugé et emprisonné, cela relève de l’ordre banal des choses, et que cela relèverait de justice politisée au seul motif que cela se passe en Afrique ?

Notre continent devrait-il rester celui de l’impunité et des lois à la carte selon que le sujet est fort ou faible ?

Cette Afrique-là qui a élu Macky Sall refuse de se laisser dicter des leçons. Pour ce faire, elle se donne les moyens de ne pas en recevoir, en s’astreignant à des règles et comportements qu’elle édicte et qui lui sont propres. Il est heureux de voir le chef de l’Etat garder le cap de la rupture.

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