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POUR UN DIEU REEL ET UTILE

Pour un dieu réel et utile

« Si j’étais Dieu, je ne permettrais pas aux hommes de s’agenouiller

devant moi. Je leur demanderais de se tenir debout, de me faire

face, de me regarder les yeux dans les yeux, de me traiter en égal,

de me parler comme un frère parle à son frère. Il n’y a pas de

raison pour qu’ils s’humilient en ma présence, puisque c’est moi

qui les aie faits ce qu’ils sont. Serait-ce moi qui aurais mis en eux

la bassesse de leurs prosternations ? N’aurais-je créé que des

esclaves ? Sur quel autre que moi, rejaillirait la honte ? »

(Maurice Maeterlinck / 1862- 1949 / Devant Dieu)

Il y’aurait, parait il, dans la nature humaine, une incroyable volonté de croire en un pouvoir supérieur. C’est indéniable.

Même s’il est impossible d’établir la moindre preuve pouvant démontrer l’existence de Dieu, nous savons tous que la grande majorité des êtres humains dans le monde croit en dieu- jusqu’à 96% selon certains sondages.

C’est que l’univers est « embarrassant », et il nous est difficile de ne pas songer comme le philosophe « que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger ».

Chez moi, au Sénégal, Dieu a réalisé un véritable exploit. Dieu a un succès fou. Dieu est partout. Dieu est une méga star.

Tout le monde parle de lui. Les Enfants, les hommes, les femmes, les jeunes, les adultes et les personnes âgées le vénèrent, bien qu’il soit toujours invisible.

Chez moi, Il est celui que tout le monde connaît… de nom!

Il ne se passe pas un instant, sans que son nom de ne soit sanctifié et glorifié.

Il ne se passe pas une seconde, sans que son nom ne soit prononcé.

Il ne passe pas une minute sans qu’une chanson lui soit dédiée.

Il ne se passe pas un jour sans qu’’Il ne soit célébré dans de sempiternelles cérémonies, séminaires et conférences de toutes sortes.

Il ne se passe pas un mois sans qu’un lieu de culte ne lui soit édifié.

Chez moi, au Sénégal, nous battons tous les records de croyances.

Je peux même dire, sans risque de me tromper, que nous sommes 100%, au Sénégal, à croire en Dieu.

La plupart d’entre nous, l’imaginent, d’ailleurs, comme une sorte de personnage paternel siégeant sur son trône céleste avec sa barbe blanche, mais personne ne peut prétendre l’avoir vu de ses propres yeux. J’ai entendu l’autre jour un prédicateur dire que la seule fois qu’il s’est manifesté à Moïse, il a fait exploser la montagne pour y graver sa loi.

C’est qu’en fait, Dieu doit être séparé de nous ; sinon nous le verrions ici-bas comme dans le livre de la Genèse après les sept jours de la création- lorsqu’il se promenait dans le jardin d’Eden savourant son œuvre dans la fraicheur du soir.

Dieu doit être séparé de nous parce que, en fait, nous sommes ici, et Dieu, lui, est là-bas.

Malgré cette énorme distance, nous nous tournons vers lui pour survivre face au danger.

Au-delà de la simple survie, nous nous tournons vers lui pour satisfaire les besoins du « je », du « moi », et du « mien ». En somme, nous nous tournons vers lui pour réussir et nous mesurer aux autres.

Nous nous tournons vers lui pour évoquer la paix, la beauté, l’amour, l’abondance et la prospérité.

Pourtant, force est de constater qu’un énorme fossé sépare nos croyances de la réalité quotidienne, un fossé que nous nous sommes jamais efforcer de combler.

D’ailleurs, autant le dire tout de suite, au Sénégal, la foi n’a pas réussi à « déplacer de vraies montagnes » quoique cela ait été affirmé partout dans les écrits.

Nombreux sont ceux qui estiment, aujourd’hui, que le Sénégal ne se contente pas de ne pas progresser, il est actuellement entrain de régresser. Certains pensent même que nous involuons, que les choses vont tellement mal que ce que nous nous évertuons à raconter tous les jours sur dieu ne fait que masquer notre impuissance, notre incompétence et notre manque de responsabilité.

La réalité nous renvoie tous les jours que nous vivons dans un pays où tout tend à nous montrer qu’il est beaucoup plus facile d’aimer dieu que son semblable et que dieu a un intérêt supérieur à la vie humaine .

Il est vrai que lorsqu’on regarde le Sénégal d’aujourd’hui, ce Sénégal, où tout le monde s’accorde à dire qu’il est en proie à une profonde et inquiétante crise multiforme, économique, politique, sociale, morale, spirituelle et écologique, nous sommes en droit de nous demander si dieu n’est pas une immense projection de nos imaginations respectives, un simple sentiment subjectif, très significatif, bien sur, pour celui qui l’éprouve, mais sans plus d’ intérêt pratique.

Avec tout ce nous avons appris à travers les Ecritures, avec tout ce que nos ancêtres, nos ainés, nos guides nous ont dit sur dieu comment cela se fait il que les choses ne se soient guère améliorées ?

Notre expérience de dieu est elle réelle ? Présente-t-elle la moindre utilité pour notre vie, notre pays, notre nation ?

N’avons-nous pas commis d’énormes confusions en étant incapables d’appréhender directement l’intelligence divine ?

N’avons-nous pas manqué de discernement ?

N’est-ce pas parce que nous avons cru que dieu ne regarde que dans une direction, n’a qu’une voix ou n’existe que d’une façon, qu’on l’a croisé jour et nuit sans le voir ? Contre toute attente, ne devons nous pas revenir sur l’idée de Dieu, l’examiner de plus près, voir ce que la religion en a fait, et nous demander si une bonne part des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ne sont pas liés intrinsèquement à la représentation de Dieu, représentation qui continue de conduire de manière souterraine nos croyances actuelles ?

Si vous êtes de ceux qui pensent que nos croyances n’affectent en rien notre vie quotidienne, ces questions seront sans importance pour vous. Mais si vous êtes de ceux qui pensent que les théologies ont toujours engendré des sociologies génératrices d’émulation ou de pathologies cela sous-entend que la saine raison a de toute manière son mot à dire sur le devenir de ce pays.

A suivre

Touré Boye

toureboye57@hotmail.com

Auteur de : lettre à un jeune africain où chemins d’une alternance mentale. Paris : Editions de l’harmattan, 2009. 90 pages


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