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Pour un tourisme émergent (Par Pape Massar NDoye)

 S’il y a un secteur qui doit préoccuper nos gouvernants,  c’est bien sûr le Tourisme ; depuis près de 15 ans, balafrée par une instabilité chronique au niveau ministériel, cette activité à haute intensité de main d’œuvre disposant de beaucoup d’atouts et d’atours et qui, naguère, couvrait la facture pétrolière du Sénégal, se signale aux urgences, faute d’une gouvernance éclairée.

Et pourtant notre pays s’est toujours distingué comme une terre de Téranga, un terreau d’hospitalité, une mosaïque multiconfessionnelle et pluriethnique cohabitant dans une symbiose parfaite et une entente cordiale toute faite d’urbanité ; son attractivité tient aussi à sa stabilité politique sur ce continent africain traversé par des crises politiques cycliques ,  récurrentes et profondes.

Le Sénégal est également connu et reconnu comme un creuset culturel  à la croisée des chemins menant à l’Europe, au continent Américain et à l’Extrême Ouest Africain entre les latitudes 12° et 16° Nord et les longitudes 11°  30°, bénéficiant ainsi d’un climat clément de Novembre à Mai (24°) ; s’y ajoutent une façade maritime de 700 Kms de côtes dont 500 Kms de plage, 3000 heures d’ensoleillement pour faire du balnéaire (plage-soleil) un sous-produit phare.

En dépit de ce portait idyllique, le secteur du Tourisme peine à émerger  avec des politiques erratiques dont la plus maladroite et la plus préjudiciable est sans conteste la suppression de certaines taxes  aéroportuaires dans le souci d’attirer un flux supplémentaire de touristes. Il est d’une évidence cruelle qu’un produit s’apprécie par rapport à sa qualité et non à son prix. On ne promeut par des « moins » mais plutôt par des « plus ». A travers cette mesure on a non seulement implicitement déprécié notre produit, mis en doute le consommateur sur la qualité de notre offre, mais on a  surtout privé des opérateurs stratégiques (Anacim et Haute Autorité de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor) de recettes substantielles leur permettant d’offrir un service de qualité et de pouvoir faire face à la concurrence.

Nous nous retrouvons ainsi dans un cercle vicieux où les intérêts de tous les opérateurs interdépendants doivent être sauvegardés. Que faire ? Renforcer et améliorer nos atouts et corriger nos faiblesses.

– Régler le problème de la saisonnalité du balnéaire souffrant d’une vive concurrence des pays du Maghreb, menacé d’essoufflement voire de ménopause par :

– une diversification des produits tels que le tourisme d’affaires autour de Dakar avec ses grands centres de conférences, le tourisme cynégétique autour de Tambacounda, la vitrine éco-touristique du Saloum, le tourisme de vision avec Djoudj , 3e parc ornithologique  mondial accueillant annuellement trois (3) millions d’oiseaux migrateurs de 365 espèces, la pêche sportive, sous produit de relais et de contresaison de juin à Novembre, le tourisme culturel, etc.

– une diversification des marchés par une percée au niveau du Brésil, de l’Afrique australe, de l’Océan Indien et de l’Asie car notre marché, faut-il le souligner, est trop franco-centré.

– Accentuation de notre politique de promotion par une présence de qualité aux différents fora et salons  spécialisés  (SMTV de Paris, Top Resa, Deauville, BIT de Milan, ITB de Berlin, Fitur de Madrid, WTM de Londres, BTF de Bruxelles, Indaba de Johannesburg, Carnaval de Rio). Le marché Nord Américain durant le Black History Month (Février) adossé à l’île de Gorée est une niche importante à creuser.

Mais pour agressives que seront ces politiques, les résultats ne sauraient suivre sans des pré-requis :

·      une compagnie aérienne sûre, capable de satisfaire la demande des TO sur vols réguliers sous forme de blocs sièges, en vols charters, en vols conjoints ou par des prêts de pavillon.

·      Un accueil de qualité à nos frontières

·      Une redynamisation des syndicats d’initiatives touristiques

·      Une visibilité marquante avec une meilleure communication dans les grandes revues à caractère touristique car notre continent  charrie une image tronquée avec des fléaux (Sida-Ebola-Conflits armés, etc.

·      Une sécurisation des lieux fréquentés par les touristes (Sandaga, Gorée)

·      La mise en place d’un crédit hôtelier à un taux préférentiel  incitatif pour accélérer l’investissement.

·      La baisse du coût des facteurs de production (eau, Electricité, téléphone)

·      La fluidité et la simplification des procédures d’opérations douanières des équipements et produits destinés aux hôtels, une fiscalité sur mesure, une bonne qualité des ressources humaines.

Bref, le tourisme est véritablement un secteur porteur méritant un traitement particulier au regard de sa  capacité à créer des emplois. Au plan normatif il est admis que chaque groupe de 45 touristes entraîne un emploi direct et 0,6 emploi indirect ; donc le nombre de touristes est consubstantiel au nombre d’emplois directs et indirects. Le tout appuyé sur une volonté politique clairement définie et rigoureusement appliquée. Là gît la réussite du secteur touristique.

Pape Massar NDoye

Ancien Cadre Commercial d’Air Afrique

Membre du BP du PS

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