29 juillet, 2014
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Pourquoi maman ne m’aime-t-elle pas ?

Pourquoi maman ne m’aime-t-elle pas ?

pourquoi maman ne m’aime-t-elle pas ?
Pourquoi toujours cette lueur de haine dans son regard lorsqu’elle daigne me prêter attention ?
Pas un sourire lorsque je fais mes simagrées qui rendent tout le monde plié de rire !

Pas un mot de réconfort lorsque je me blesse !

Pas un câlin lorsque je suis triste ou que je pleure !

Pas même un bisou lorsque je termine premier de ma classe comme à mon habitude !

Pourtant, toutes les grandes personnes de notre entourage me trouvent gentil, mignon, intéressant et prennent plaisir à passer du temps avec moi. Surtout papa !

Papa ! Ce mot qui sonne si doux à l’oreille d’un enfant.

Papa ! Cet homme protecteur aux yeux de son enfant.

Papa ! Ce mot qui fait la fierté d’un enfant.

Papa ! Cet homme modèle aux yeux de son enfant.

Heureusement qu’il est là papa !

C’est lui qui prend plaisir à nous emmener promener ou manger des gâteaux et des glaces mon petit-frère, ma petite-sœur et moi.

Papa ! Qui aime tant se baigner avec nous à la plage ou à la piscine.

Papa ! Qui adore se voir entouré par ses trois turbulents enfants que nous sommes.

Papa ! Qui déteste quand maman me crie dessus.

Papa ! Mon papa à moi mais qui n’a pas le même nom que moi.

Une fois, je lui ai demandé pourquoi j’avais le même nom que maman alors que mon petit-frère et ma petite-sœur portaient son nom à lui tout comme tous mes camarades de classe ou du quartier avaient le même nom que leur père.

Il m’a dit que c’était parce que maman m’aimait trop.

Je ne le crois pas !

Non ! Maman ne m’aime pas.

Parce que j’ai vu comment elle se comportait avec ses autres enfants à qui elle pardonnait toutes les maladresses alors qu’elle ne m’en passait aucune.

Comment elle était douce et affectueuse avec eux et comment elle était aimable et gentille avec mes cousins alors qu’elle me repoussait dès que j’étais trop proche d’elle et ne s’adressait à moi que pour me faire des reproches. J’ai aussi vu comment les autres mamans s’occupaient de leurs enfants.

Non ! Je ne le crois pas !

Non ! Maman ne m’aime pas.

Mais pourquoi ?

Pourtant je ne fais pas trop de bêtises !

Mes tantes disent que je suis un ange, papa que je suis adorable, et grand-mère me fait des câlins à m’étouffer.

Mais elle ! Elle !

Elle prête peu attention à moi.

Parfois, je préfère même qu’elle me crie dessus plutôt que d’adopter cette attitude indifférente lorsqu’elle rentre du travail et embrasse ses deux jeunes enfants sans un regard pour moi.

Lorsqu’elle souhaite bonne nuit à mon petit frère en lui posant un doux bisou sur le front et sort de notre chambre en éteignant la lumière sans une parole pour moi.

Lorsqu’elle écoute ma petite-sœur lui raconter nos sorties avec papa, en gardant toujours le sourire même si la narration traînait en longueur sans se soucier de mes interventions.

Maman !

Et moi qui l’aime tellement maman !

Elle est belle, toujours bien habillée, toujours bien coiffée et sentant toujours bon.

Comme je suis fière de dire à mes copains : c’est ma maman !

Comme j’ai envie parfois de me blottir tout contre elle pour sentir la chaleur de son corps. Mais elle se lève dès que je m’assieds à ses côtés.

Maman !

Nos peaux ne se touchent que lorsque je lui tends la main pour la saluer et qu’elle ne peut l’éviter.

Maman ! Comme j’aimerais savoir pourquoi de temps en temps, elle a le regard si triste et pleure en silence sans raison apparente.

Cet après-midi, j’avais emprunté la cuisine comme raccourci pour aller jeter les épluchures d’oranges, qu’on venait de déguster les petits et moi, dans la poubelle de l’arrière-cour quand je l’ai surprise en train de renifler toute seule.

Comme on est dimanche et que la cuisinière est de repos, je crus, pendant un court instant, que cela était dû aux oignons qu’elle venait de découper. Elle me tournait le dos et n’avait pas senti ma présence. Mais les mouvements de ses épaules prouvaient qu’elle pleurait en hoquetant.

Pour ne pas subir ses foudres, je me suis glissé tout doucement vers la porte donnant sur l’arrière-cour sans attirer son attention. J’étais sur le point de retraverser sans faire de bruit quand papa la trouva dans cet état.

Instinctivement je me suis dissimulé derrière la porte au moment où elle tournait la tête en entendant ses pas. Les larmes ruisselaient sur son visage.

Elle s’était jetée dans ses bras en pleurant plus franchement cette fois et papa l’avait serrée très fort.

Ils restèrent un bon moment dans cette position car papa semblait ne pas vouloir la presser et moi je voyais se mouiller sa chemise à l’endroit où reposait la tête de maman.

Il lui caressa les cheveux avec douceur puis, lentement, lui souleva la tête et le regard plein de tristesse de maman m’avait fait terriblement mal.

Je ne l’avais jamais vu aussi secouée.

Lentement, papa s’était desserré de son étau et l’avait installée sur une des chaises de la table où on prenait notre petit déjeuner ou notre goûter pendant que frissonnaient, dans la poêle, les crêpes que maman faisait si bien.

Papa s’était ensuite assis à ses côtés lui caressant les épaules.

« Pourquoi n’arrives-tu toujours pas à oublier ? » Lui avait-il demandé tendrement.

Maman avait le regard vide. Ses yeux fixaient le revêtement de la table mais on voyait bien que ses pensées étaient lointaines.

Papa lui prit doucement le menton entre ses doigts et tourna son visage vers lui. Repoussant la longue mèche de cheveux qui, mouillée par les larmes, traînait jusque sur ses lèvres, il lui avait à nouveau demandé :

« Pourquoi n’arrives-tu pas à oublier ? »

Elle lui a répondu que tant qu’elle le verrait tous les jours, elle ne pourra jamais oublier car chaque fois que son regard se posait sur lui, elle revoyait la scène.

Tout en parlant, elle ne cessait de triturer les bagues qui ornaient ses doigts effilés, signe de sa nervosité.

Tendrement, papa l’avait enlacé.

De qui parlait-elle ?

Qui est donc celui qui faisait tant souffrir maman ?

Papa lui a dit qu’il fallait qu’elle arrive à faire la part des choses car il n’y était pour rien. Que s’acharner sur ce gosse ou s’éloigner de lui ne résoudra pas le problème et que ce dernier souffrait lui aussi ne pas sentir l’amour de sa mère.

Tiens ! Il s’agit donc d’un gosse !

Est-ce un gamin du coin que je lui casse la figure lui qui fait du mal à ma maman ?

Papa avait encore ajouté :

« Regarde-le comme il est adorable ! C’est un vrai trésor. Apprends à le regarder avec les yeux d’une mère sans le substituer à son père et tu verras que tu vas finir par l’adorer et lui te le rendra au centuple. Regarde comme moi j’en suis devenu fou ! Je l’ai toujours considéré comme mon fils et je suis très fier de lui. »

Qu’il parle bien papa !

Ce chenapan a vraiment de la chance d’avoir un avocat comme papa. Je pense finalement qu’il doit être quelqu’un de bien car papa dit toujours ce qu’il pense réellement et jamais ce qu’il ne pense pas vraiment.

Maman s’était remise à pleurer. Papa avait pris ses mains dans les siennes et avait continué de la sorte :

« Tu sais cela ne doit pas être difficile de l’aimer ? Apprends à mieux le connaître, ne t’éloigne pas de lui, prête lui plus attention et peut-être qu’en réveillant ton instinct maternel à son égard, tu pourras transcender tout cela et vivre enfin normalement. D’ailleurs je suis justement décidé à lui donner mon nom qu’importe la réaction des gens ? Je l’aime et je sais que toi aussi même si tu ne veux pas le reconnaître. Tu ne peux pas et ne dois pas le détester car il n’est pas fautif ! S’il était maître de son destin penses-tu qu’il choisirait d’être le fruit d’un viol ? Chérie, je comprends que c’est dure d’avoir été violée mais est-ce à lui de payer pour cet homme ?»

Viol ! Violer !

Violence… Cela veut dire avec force.

Violer ? Je ne sais pas.

Pourtant il me semble que la maîtresse avait parlé de cela une fois !

Ah oui ! Je me souviens !

Elle avait parlé d’un sanctuaire violé et avait dit que violer un endroit c’était y entrer sans en avoir le droit.

Mais alors violer une personne c’est quoi ?

Entrer dans la personne sans en avoir le droit ?

Et comment peut-on entrer dans une personne ?

Oh que je suis bête ! Bien sûr que c’est possible !

Tata Fifi a le ventre tout rond. Moi je pensai que c’était parce qu’elle mangeait trop mais une fois j’avais appuyé mon avant-bras dessus sans le faire exprès en me levant et je l’ai senti bouger.

Surpris, je lui ai demandé qu’est-ce qui bougeait ainsi dans son ventre et elle m’a dit que c’était son bébé.

Un bébé c’est une toute petite personne donc une personne peut bien rentrer dans une autre personne !

« Mais comment il est entré là-dedans ? » Je lui ai demandé.

Elle a dit qu’il était rentré dedans quand il était très petit, minuscule même ! Que, d’abord, c’était tonton qui le gardait dans son ventre et puis, après, il le lui avait donné pour qu’elle veille sur lui car les ventres des femmes sont plus confortables.

Tata Fifi avait même ajouté que mon frère, ma sœur et moi-même étions aussi dans le ventre de maman et que, pendant neuf mois, nous y étions blottis bien au chaud. Elle a dit aussi qu’on n’en sortait quand on avait bien grandi et qu’on se sentait assez fort pour affronter le monde.

L’un de nous trois est-il donc entré dans le ventre de maman sans en avoir le droit ?

Qui de nous trois à violer maman ?

Ce n’est pas la fille car papa et maman parlaient d’un garçon ce qui exclut ma petite sœur.

Est-ce mon petit frère ?

Je ne pense pas car maman l’aime tellement !

Il ne reste plus que… Moi !

MOI !

Est-ce donc pour cela que maman ne m’aime pas ?

Mais comment ai-je pu entrer en elle sans qu’elle ne le veuille si j’étais aussi petit que l’a dit tata Fifi ?

Et pourquoi papa ne m’a pas empêché de sortir de son ventre pour entrer dans celui de maman ?

Est-ce donc que, déjà, j’avais tellement envie de me blottir près de maman comme j’en meurs d’envie chaque jour que Dieu fait ?

Dans ce cas c’est papa qui devait être fâché car je n’ai pas voulu rester un peu plus avec lui !

Tiens ! Est-ce donc pour cela qu’il ne m’a pas donné son nom ?

Enfin ! Je n’y comprends rien mais demain, tôt le matin, j’irai demander pardon à maman d’être rentré dans son ventre sans en avoir le droit.

Qui sait ! Peut-être qu’elle me pardonnera…