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Pr Macky Sall : un prince mal conseillé ou difficile à conseiller ? (Par Elimane BARRY)

Les sorties émotionnelles et les réactions volcaniques du Président Macky Sall sont inquiétantes. Elles inquiètent par leur manque d’ins­piration et de précautions. Elles inquiètent d’autant plus que le Président est le citoyen sénégalais le plus entouré. Un entourage payé à coups de millions sur le dos du contribuable sénégalais. Elles inquiètent d’autant plus que comme l’a dit Steve Sample, dans son livre Cultiver son leadership : «Pour la grande partie d’entre nous, céder au besoin naturel et irrépressible de trancher une question ne tire pas vraiment à conséquence. Pour les dirigeants, en revanche, les effets peuvent être désastreux.»  En fait, on se rappelle encore cette sortie du Président Wade sur la situation des Burkinabè en Côte d’Ivoire qui seraient, selon lui, moins bien lotis que leurs concitoyens qui sont en France. Une manière de déverser sa bile sur la viande du boucher de Côte d’Ivoire, et un soutien à son frère libéral, Alassane Ouattara. Une sortie qui a été très salée pour les émigrés sénégalais en Côte d’Ivoire ; pourtant, ils n’y étaient pour rien. Parfois il m’arrive de me demander : qui conseille (ent) Macky Sall ?

De toutes façons, les déconvenues du Président en matière de communication se succèdent et ne se ressemblent point : le statut des marabouts, la réduction du mandat à 5 ans, l’envoi des jambars au Yémen et récemment, l’interdiction de la burqa. Malheureuse­ment, c’est l’innocent Sénégalais lambda qui paie les pots cassés, car ce sont des bourdes qui se payent à coups de milliards : référendum (9 milliards), autoroute Ilaa Touba (400 milliards). Ces projets de modernisation des villes religieuses n’est rien d’autre qu’une manière pour le Président de faire des yeux doux aux chefs religieux et de se racheter. Par exemple, dans le département de Mbacké, il y a des populations qui n’ont même pas accès aux services de santé de base, à une eau potable avec son corollaire, les routes pour acheminer les femmes sur le point d’accoucher ne sont pas carrossables. Et certaines de ces populations resteront toute leur vie sans emprunter cette autoroute. Non ! La priorité n’était pas là.
Apparemment, le Président n’excelle que dans le paradoxe, l’inconstance et le tâtonnement depuis son arrivée au pouvoir. Alors que cette situation ne fait que remettre en question son leadership et confirmer ses errements en matière de communication. Souvent imputés, à tort, à son entourage, car comme l’a dit Machiavel : «Ceux qui prétendent que tel ou tel prince paraît sage ne l’est point effectivement, parce que la sagesse qu’il montre ne vient pas de lui même, mais des bons conseils qu’il reçoit, avancent une grande erreur, car c’est une règle générale et qui ne trompe jamais ; qu’un prince qui n’est pas sage par lui même ne peut être bien conseillé.»  Ainsi, au lieu de jeter l’anathème sur son entourage, le penseur chinois, Confucius, conseil­lait : «L’archer est un modèle pour le sage. Quand il manque le milieu de la cible, il en cherche la cause à lui même.»
«La notion même de leadership ne se laisse pas saisir facilement. Un accord unanime est difficile à trouver sur sa définition, même si la plupart des gens croient savoir le définir en le voyant à l’œuvre.» En effet, on est d’accord avec Steve Sample sur la difficulté de définir la notion de leadership. Ce qui d’ailleurs est valable pour toute autre notion. Cependant, le moins qu’on puisse dire est que leadership est un anglicisme qui nous est venu du verbe to lead qui signifie diriger, guider. Malgré tout, on peut se demander si on naît leader ou on le devient. A mon humble avis, on naît leader, car si on se réfère à l’histoire politique du monde, les leaders les plus en vue sont des prophètes : Moïse, Salomon, le Prophète de l’Islam, Mouhammad (Psl). Ces leaders ont été choisis et inspirés par un Dieu Omniscient. Donc, on peut dire qu’ils étaient prédisposés à devenir des leaders durant leur vie sur terre. Néanmoins, ils ont déployés des efforts pour la réalisation de ces royaumes de Dieu auxquels ils aspiraient. Bien qu’ils aient tous profité d’un concours de circonstances. Moïse a trouvé les fils d’Israël opprimés et réduits à l’esclavage par un impénitent Pha­raon. Salomon lui, a hérité du royaume de son père David. En ce qui concerne le Prophète de l’Islam, il a été chassé de la Mecque et s’est exilé à Médine. Ils ont tous profité d’un concours de circonstances pour s’imposer ; et ce sera toujours comme ça. Ainsi, il y a un prix à payer, c’est ce que semble étayer Machiavel dans ces propos : «Néanmoins ne pouvant admettre que notre libre arbitre soit réduit à rien, j’imagine qu’il peut être vrai que la fortune dispose de la moitié de nos actions, mais qu’elle en laisse à peu près l’autre moitié à notre pouvoir.»
Quoi qu’on puisse dire, le Président Macky Sall n’est pas venu au pouvoir par vertu, sans pour autant dire qu’il n’est pas vertueux, mais plutôt par fortune. C’est-à-dire il a profité d’un concours de circonstances : l’animosité, l’hypocrisie dans la coalition Bss et le désaveu que les Sénégalais ont exprimé à l’égard de Me Wade. D’ailleurs, beaucoup de Sénégalais n’ont pas voté pour Macky Sall, mais plutôt contre Abdoulaye Wade, car l’actuel Président n’était ni la solution, ni l’alternative, mais un pis-aller. La preuve, à seulement deux ans de règne, la déception se lit sur, presque tous les visages de ceux qui se sont battus pour le départ de Wade : M23, Y’ en a marre, Forum civil. Notre patrie ressemble à une vielle femme qui a mal partout à cause d’un manque de vision libératrice, parce que tout ce qui n’avance pas recule. Et en plus, le Sénégal qui était à la 70eme place des pays les plus pauvres, en 2010, est maintenant à la 25eme place. Steve Sample a vraiment raison de dire : «Parmi tous les bienfaits que possède l’humanité, le leadership est certainement le plus rare et le plus précieux. Pensez à toutes ces entreprises sur une mauvaise pente, malgré une succession de consultants à la rescousse, de nouveaux plans et nouvelles politiques. Il a suffit que l’on décide finalement de renvoyer leurs Pdg et d’en nommer des nouveaux pour qu’elles se redressent comme par magie.» Pourtant, le contraire aussi existe, et c’est ce qui est arrivé au Sénégal. Cependant, qui saute dans le feu, il lui reste un autre saut plus délicat.
Tous les patriotes qui se sont battus contre la dévolution monarchique du pouvoir doivent reprendre les armes et dire non à la dévolution matrimoniale du pouvoir. Derrière tout grand homme, il y a une grande dame. Mais le contraire aussi est valable. Apparemment, la Première dame a une grande influence sur le pouvoir exécutif. J’en veux pour preuve les départs de proches conseillers du président comme Moubarack Lo et tutti quanti. En effet, les déclarations du ministre de la culture, qui disait que lui et le ministre des sports doivent leur nomination à Mme Marième Faye Sall, considérées comme un manque de maîtrise de la langue de kocc, constituent une menace à l’ordre publique. Néan­moins, les révélations dans le livre de Alioune Fall, Macky Sall, contre vents et marées, sur le rôle de la première dame auprès du président, nous édifient sur l’origine des réactions émotionnelles et les sorties cavaleresques ( ?) de ce dernier. Pourtant, M. Sample avertissait en paraphrasant Machiavel disant que : «Machiavel voyait dans le cercle des conseillers un moyen pour le prince de se protéger des flatteurs qui profitent du désir inné de tout leader d’avoir une haute opinion de lui-même.»
Comme Macky Sall n’est pas un bon orateur, les journalistes à la recherche du sensationnel, en profitent à chaque fois que l’occasion se présente. Et ses sorties font souvent les choux gras de la presse surtout nationale. Pourtant, il aurait beaucoup gagné en nuançant sa pensée. Pourquoi faudrait-il donner immédiatement son avis sur telle ou telle chose ? Alors que souvent il ne s’avère pas nécessaire. Par exemple, sa sortie sur le statut des marabouts, dans l’euphorie du pouvoir à été malencontreuse et pas à-propos. Selon Maurice Joly dans son œuvre, Dialogue aux enfers entre Machia­vel et Montesquieu : «Direc­te­ment n’est pas le mot d’un homme d’Etat.» Ce n’est même pas son comportement, non plus. Il faut toujours nuancer, chercher des portes dérobées, car il y a une différence entre information publi­que et communication.
Le Président gagnerait beaucoup également à affranchir sa pensée pour sortir de sentiers battus ; comme il se targue toujours d’être né après les indépendances. Toute­fois, dans son comportement à l’égard de la France, rien ne le montre. La France n’a jamais été plus servie que sous le régime de Macky Sall, disait l’autre. C’est pourquoi, c’est ridicule voire même humiliant, de voir Dr Cheikh Kanté, après avoir livré le Port de Dakar aux intérêts français au détriment des privés nationaux, et son mentor de Président, pour loyaux services rendus à la France, se voir décerner des prix et autres légions d’honneur. Ces reconnaissances qu’on ne remet qu’aux «bons élèves» qui ont assimilé la leçon que leur ont inculquée leurs «ancêtres Gaulois».
En fait, ses sorties sur la burqa et le statut des marabouts, résultent d’un manque de doigté. En ce qui concerne la question de la burqa : pourquoi le Président doit-il imiter ces agents de l’impérialisme politique et culturel français au Tchad et au Cameroun ? L’inter­diction de la burqa peut éviter le pire, mais elle n’écarte pas le danger ; le problème doit être réglé en amont, pas en aval. En tout cas, malgré l’interdiction du port du voile au Cameroun et au Tchad, les attentats continuent. Au Came­roun, des kamikazes ont utilisé des chaises roulantes pour se faire exploser. Est-ce que c’est une raison pour mettre en fourrière toutes les chaises roulantes dans les rues de Dakar et déclencher une «grève des battu» ?
D’ailleurs, le Sénégal n’est ni la France, ni le Cameroun, encore moins le Tchad. Et comme l’a dit Yoro Dia dans une contribution dans le journal Le Quoti­dien : «Notre spécificité à nous, est d’être le seul pays musulman à avoir eu un Président catholique pendant 20 ans. Ces fondamentaux qui résultent d’une longue socialisation culturelle, sont tellement solides que le débat sur le voile intégral est aussi dérisoire que celui sur la minijupe. Une «société ouverte» et démocratique est celle où le voile intégral côtoie la minijupe sans qu’aucune des parties n’ait le droit de pouvoir imposer son modèle». Et le célèbre écrivain nigérian, Chinua Achebe de renchérir : laissez le cerf-volant percher, laisser l’aigle percher. Celui qui dit non à son prochain : Que son aile se casse !
Dire qu’au Sénégal on a un Islam de tolérance est une tautologie. Dire qu’on a un Islam de tolérance, et ne pas tolérer la burqa est un paradoxe ! Tolérer des filles qui se déshabillent intégralement et dire non à des filles qui ont décidé, délibérément, de s’habiller intégralement, peut créer une frustration. De toute façon, en politique, il n’y a pas de livre saint où l’on peut trouver les solutions à tous les problèmes politiques, sociaux, culturels, partout où ils peuvent survenir. Il n’y a pas de solutions prêt-à-porter. Chaque société a sa particularité. Ce qui a poussé l’ex-Président français, Jacques Chirac à dire : «Une politique n’est pas seulement une addition de mesures aussi importantes soient-elles, mais une vision globale du monde, de notre siècle, de notre société…»
Elimane BARRY
Militant du Grand parti
eltonbarry@hotmail.fr

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