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PR MAWLOUD DIAKHATE (DIRECTEUR DE L’ECOLE DU PARTI DE L’AFP)  ‘’La rupture prônée par le régime actuel n’est pas encore assimilée’’

La violence verbale et physique qui a récemment secoué l’Assemblée nationale est diversement appréciée au sein de la scène politique sénégalaise. Pour le Pr Mouhamadou Mawloud Diakhaté, à travers ces évènements, il y a lieu de s’inquiéter non seulement sur le devenir de notre pays, mais également sur le sens des responsabilités qui animent certains hommes et certaines femmes politiques. Dans cet entretien avec EnQuête, le directeur de l’école du parti de l’Alliance des forces du progrès (Afp) de Moustapha Niasse estime que la rupture prônée par le régime actuel n’est pas encore assimilée par les Sénégalais.

L’Assemblée nationale est secouée depuis quelques jours par une série de violences verbales et physiques entre députés de la majorité et ceux de l’opposition. Quelle appréciation faites-vous de cette situation ?

C’est une situation déplorable qui n’honore en aucune manière notre Parlement. Mais devant le déferlement de satires et de blâmes visant l’auguste institution qu’est l’Assemblée du peuple sénégalais et, particulièrement, son président, l’honorable Moustapha Niasse, il me revient en écho les mots d’Emile Zola dans son célèbre « J’accuse », adresse prenant la défense d’Alfred Dreyfus, qui écrivait : « Que nous importe qu’un innocent soit à l’île du Diable ! Est-ce que l’intérêt d’un seul vaut la peine de troubler ainsi un grand pays ? » C’est aujourd’hui cette même question que je me pose.

Faisons un peu de politique fiction en imaginant un instant que ce groupe de députés de l’opposition, en réalité une  bande des quatre, ait réussi à bloquer les travaux des commissions permanentes chargées de l’examen du projet de loi de finances 2016. Que ne dirait-on pas ? J’imagine la kyrielle de qualificatifs déshonorants que l’on aurait attachés aux noms des parlementaires. Et quelle crise politique pour notre pays ! Là, il y aurait bien des raisons de penser à la dissolution de l’Assemblée nationale. Malgré tout, aux cris d’orfraie, s’ajoute la violence des images qui en disent long sur la crise morale et civique que traverse notre société. C’est un mauvais Vaudeville que nous ont servi certains députés qui ont transformé l’hémicycle en foire d’empoigne.

Lorsqu’un avocat de renom, au statut social très honorable, s’emmêle dans ses propres effets de manche et se ridiculise, encore une fois, par ses logorrhées hallucinantes et hilarantes; lorsqu’un politicien pêcheur en eau trouble qui, sur l’autel de l’ambition égoïste, appelle au sabordement de nos institutions, il y a lieu de s’inquiéter sur le devenir de notre pays qui a, entre autres impératifs, l’obligation de faire face aux forces obscures qui tentent, aujourd’hui, d’imposer une nouvelle donne dans la géopolitique sous-régionale. Il y a lieu de s’inquiéter également sur le sens des responsabilités qui animent certains hommes et certaines femmes politiques. Je me souviens, pendant la dernière législature, du président du groupe parlementaire de la majorité de l’époque qui dansait la « danse du scalp » pour fêter la « mise-à-mort » politique de l’actuel président de la République. Il faut dire que la rupture prônée par le régime actuel n’est pas encore assimilée. Elle est en construction car, c’est un processus de longue durée tant le traumatisme hérité des législatures précédentes est grand. Cette rupture voulue engage des attitudes mentales et comportementales qui devraient réconcilier l’homo senegalensis avec lui-même.

L’opposition parlementaire, notamment le Pds, accuse la majorité d’être derrière cette situation. Que répondez-vous à cela ?

C’est l’Hôpital qui se moque de la Charité! C’est l’arroseur arrosé! Le psychodrame, né de l’installation du groupe libéral (ce monstre à deux têtes) qui a servi de prétexte au Parti démocratique sénégalais (Pds) et ses alliés pour tenter de saper le socle de la coalition présidentielle n’a pas prospéré. Cette stratégie de l’opposition parlementaire, probablement conçue à Versailles, de cultiver les germes d’un contentieux qui serait le prétexte d’occuper la rue afin de populariser le combat d’un homme, s’est littéralement délitée face à la simple application de la loi.

Pour dire que l’agitation créée autour de la décision du président Moustapha Niasse et du bureau de l’Assemblée nationale qui, en appliquant le règlement intérieur de l’institution parlementaire en son article 22, n’a enfreint aucune loi, n’a outrepassé aucun règlement. Cette agitation est à ranger dans le registre de la surenchère politicienne qui a d’ailleurs amené le M23 à sortir du bois pour réclamer la « dissolution de l’Assemblée nationale » comme si le fonctionnement de cette institution était durablement bloqué avec une majorité divisée ! A entendre les politiciens vociférer, on aurait cru que la République était en danger. Cela relève de la démesure tout simplement.

Dans cette crise, votre leader Moustapha Niasse a été pointé du doigt par les libéraux qui l’accusent d’avoir tranché en faveur de Modou Diagne Fada, en violant le règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

La besogne interrompue des perturbateurs a permis à l’Assemblée nationale de retrouver sa sérénité et d’examiner, à ce jour, une vingtaine de projets de budget conformément à l’agenda établi à cet effet par la conférence des présidents qui s’était réunie le jeudi 29 octobre 2015. Raison est ainsi donnée à l’altruiste Moustapha Niasse qui a pris la ferme décision d’appliquer l’article 53 du règlement intérieur pour réconcilier l’institution avec elle-même et sauvegarder sa respectabilité. Il est important de préciser à l’endroit de l’opinion publique qu’il est intervenu un changement du règlement intérieur qui concerne le fonctionnement et la composition des groupes parlementaires.

La nouveauté est qu’au lieu de 10 députés, maintenant un groupe pour être reconnu à l’Assemblée doit être constitué par 15 députés au moins. De plus, aucun député ne peut quitter un groupe pour migrer vers un autre. Ce sont deux changements majeurs qui impactent la composition des groupes qui doivent s’ajuster numériquement s’ils comptaient moins de 15 députés. Le simple citoyen que je suis pense que l’application bienveillante du règlement intérieur, dans un cadre transitoire et pour une sortie de crise, devrait amener l’Assemblée à organiser une « séance de rattrapage » du dépôt des listes de groupe qui doivent substantiellement évoluer pour se conformer à la loi organique. Jusqu’à présent, je ne sais pas qui est dans le groupe de Modou Diagne Fada et qui n’y est pas. Qui l’a rejoint et qui est sorti du groupe ?

Pour eux, Moustapha Niasse est devenu un danger pour la République.

Si Moustapha Niasse est un danger parce qu’il défend l’Assemblée nationale c’est-à-dire, par ricochet, le peuple sénégalais, je n’y comprends plus rien !

On ne sent plus votre parti, l’Afp, dans le débat politique national. Vous communiquez de moins en moins et organisez des activités politiques très rarement. Qu’est-ce qui explique cette léthargie ?

L’Afp a entrepris, depuis plusieurs mois, une tournée nationale de mobilisation et d’animation. D’ailleurs, samedi dernier 7 novembre, la région de Kaolack, treizième région visitée, a reçu le Bureau politique de l’Afp en assemblée générale en présence de milliers de militants. Débuté le matin, ce grand moment de communion n’a pris fin qu’après 21 heures. Cette tournée devrait prendre fin, pour l’année 2015, avec l’invitation de la région de Dakar prévue le week-end prochain au Théâtre national Daniel Sorano (…). C’est dire donc que l’Afp travaille sans tambours ni trompettes. Nous avons changé de paradigme. Notre nouvelle méthode porte ses fruits car nous enregistrons semaine après semaine de nouvelles adhésions d’associations, de leaders d’opinion mais aussi de simples citoyens observateurs de la vie politique nationale.

Vous avez connu plusieurs départs de responsables comme Malick Gackou qui est en train de faire le vide autour de Niasse. Est-ce que cela n’a pas un peu participé au ralentissement des activités dans votre parti ?

Franchement, ce monsieur-là est le cadet de nos soucis. Ce sont les médias qui l’ont fabriqué et qui entretiennent l’image qu’il s’est lui-même choisie, celle du « pauvre banlieusard devenu riche dans une société injuste », pour attendrir les masses incrédules. C’est cela son fonds de commerce politique. Les prochaines élections ne sont plus très loin ; j’espère qu’il va se présenter seul comme un grand à l’instar de Moustapha Niasse, en 2000, lorsque qu’il a quitté le Parti socialiste.

Comment préparez-vous les prochaines joutes électorales ?

Comme tous les partis qui se respectent. L’année 2016 est pour nous une année charnière. Après la mise en place de cellules d’animation et de communication dans tous les départements du Sénégal suite à la tournée nationale du Bp, nos officines sont en train de travailler sur un maillage qui permettra au parti de fonctionner comme une toile d’araignée. Dakar qui abrite le siège national ne sera plus l’unique centre névralgique du parti. Je n’en dirai pas plus pour trop en dire.

Enquête

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