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PREMIER ETABLISSEMENT TECHNIQUE DE DIOURBEL Les anciens refusent de ‘’servir’’ leur école

Enquete- Après 55 ans d’existence, le CEM de Diourbel résiste difficilement aux affres du temps. Il est mal en point sur le plan des infrastructures et de l’équipement. Pourtant, l’école a formé d’anciens élèves devenus des hauts cadres et responsables de premier plan dans ce pays. Mais Souleymane Ndéné Ndiaye, Modou Diagne Fada, Birima Mangara et Marème Faye Sall, entre autres, ne veulent pas ‘’servir’’ leur ancien établissement.  

A la porte d’entrée du collège d’enseignement moyen (CEM), ex-collège d’enseignement moyen technique (CEMT) de Diourbel, c’est la grande affluence. En cette matinée du 15 mai 2017, la cour de l’école est animée, à l’heure de la récréation. Il est 10 heures passées, les collégiens se bousculent à la porte d’entrée, qui pour entrer, qui pour sortir. L’ambiance vraiment décontractée contraste avec la mine triste des bâtisses de l’établissement. Le bâtiment A se trouve dans un tel état de délabrement avancé ! A côté des murs à la peinture  défraîchie, on constate des portes et fenêtres rouillées. Une partie du bois vermoulu servant de plafond est endommagée. Cette bâtisse, la première à être construite dans ce collège, est en réalité un échantillon représentatif du reste de l’école. Les mêmes problèmes se retrouvent au bâtiment B situé à quelques mètres et polarisant les cinq classes de Cinquième.

Et pourtant, l’école ne manque pas de bonnes volontés sur qui elle pourrait compter, à supposer que le terme ‘’bonne volonté’’ soit approprié. Ça devrait plutôt être un retour d’ascenseur. Il s’agit en fait d’anciens élèves qui y ont fait leurs études et qui, aujourd’hui, disposent de moyens et d’influence pour aider leurs fils, neveux et frères qui en sont les pensionnaires. Mais il n’en est rien. Parmi les personnalités ayant fait leur humanité au Cem, la plus en vue actuellement est sans doute la première dame, Marième Faye Sall, qui pourtant ‘’Sert le Sénégal’’, mais, ailleurs. Il y a aussi deux ministres de la République, dont celui en charge du Budget, Birima Mangara. Seydou Sy Sall, délégué général aux pôles urbains de Diamniadio et Lac Rose, autre membre du pouvoir actuel, est aussi de ce lot. Parmi les anciens gouvernants sous le régime libéral, il y a le dernier Premier ministre du Président Wade, Souleymane Ndéné Ndiaye. Sans oublier un ancien ministre et actuel député Modou Diagne Fada. Autant de figures qui peuvent, chacun, changer le visage peu reluisant de l’école, mais aux abonnés absents.

L’on se rappelle qu’en 2013, le président de la République Macky Sall avait invité les Sénégalais à retourner dans leur école de base, le 8 octobre, jour de la rentrée (2013/2014). L’objectif était double : agir sur le côté symbolique et financier, expliquait sans cesse le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam. L’appel a été largement entendu, la première année, et ce fut un retour en masse au royaume d’enfance. Et puis, ce fut le silence ! Le Principal nouvellement affecté, Serigne Modou Abdoulaye Faye, dit avoir pris contact avec les anciens pour un appui matériel et financier, mais sa demande est restée sans réponse. Ce manque d’intérêt des anciens, combiné à l’absence de l’Etat, fait que l’école présente aujourd’hui un visage sombre.

‘’Il n’y a plus de nomadisme’’

Situé à côté de la route nationale à la sortie de la ville en allant vers Touba, l’établissement est bâti sur un espace étroit. Inauguré en 1962, il fête cette année ses 55 ans.  Baptisé Centre d’enseignement technique féminin (CETF), lors de son inauguration, il a été  transformé d’abord en collège d’enseignement moyen technique (CEMT), dix en plus tard (1972). Puis, en collège d’enseignement moyen (CEM), quelques années après. La vétusté des infrastructures avait conduit la direction de la Protection civile à fermer les cinq salles du premier étage du bâtiment C, à la fin de l’année 2015. Mais, renseigne Serigne Modou Abdoulaye Faye, ces locaux ont été rouverts, grâce à l’appui du conseil départemental de Diourbel qui a entièrement réhabilité  ce bloc.

Le bâtiment C fermé, l’établissement avait été confronté à des problèmes de locaux.  Les 17 salles restantes ne pouvant contenir les 1 600 élèves du cycle  classique et du franco-arabe. Mais aujourd’hui, le collège respire après le transfert de l’enseignement franco-arabe à Khodjile (village situé à deux kilomètres du centre-ville), en avril de l’année 2016.  ‘’Nous avons, en 2017, un effectif  de 1 070 que nous avons stabilisé. Nous disposons de 22 classes physiques et 22  salles pédagogiques. Il n’y a plus de nomadisme’’, se félicite le Principal. Qui souligne toutefois que la réfection du bâtiment C n’a pas jugulé les difficultés. ‘’Le seul reproche qu’on fait au conseil départemental, c’est de réhabiliter sans équiper. Finalement, le conseil de gestion de l’établissement et l’association des parents d’élèves ont débloqué plus de deux millions de francs Cfa pour  combler le manque de tables-bancs’’, ajoute-t-il.

Malgré ces efforts consentis, le  deuxième collège de la région de Diourbel fait face à un déficit de 250 tables-bancs. ‘’Les élèves font la rotation des tables-bancs inoccupés en fonction de la disponibilité des salles, pour faire face aux surcharges’’, souligne monsieur Diouf, professeur de français. Toutefois, si l’on en croit l’inspecteur d’Académie de Diourbel, Gana Sène, une solution provisoire sera apportée à ce problème, à la rentrée prochaine.  ‘’A Diourbel, il y a une mauvaise répartition des table-bancs dans les écoles. L’inspection  de l’éducation et  de la  formation a recensé les établissements qui ont un surplus de tables-bancs. Elle fera une nouvelle répartition à la fin de l’année. Cela permettra au CEMT et d’autres écoles de disposer  provisoirement de tables-bancs, l’année prochaine, en attendant l’arrivée de la dotation du ministère de l’Education nationale’’, assure l’inspecteur.

REHABILITATION DU COLLEGE

Aly Ngouille Ndiaye sauve l’honneur

Si le sort du collège d’enseignement moyen (Cem), ex-collège d’enseignement moyen technique (CEMT), laisse de marbre les personnalités citées plus haut, ce n’est pas le cas du ministre de l’Industrie et des Mines, Aly Ngouye Ndiaye. En effet, interpellé sur l’état de délabrement avancé des bâtiments l’inspecteur d’Académie de Diourbel, Gana Sène, renseigne que la réhabilitation est imminente. ‘’Nous attendons l’aval de notre partenaire pour démarrer les travaux de réhabilitation. Toutes les procédures sont déjà   finalisées. Nous avons lancé l’appel d’offres, octroyé le marché et signé le contrat. Il ne reste que la dernière phase, celle de l’exécution. Elle  démarrera bientôt’’, promet l’inspecteur. Qui ajoute que cette rénovation est possible grâce au ministre de l’Industrie.

L’ancien élève de cette école a obtenu une coopération avec la société GBO, une entreprise d’exploitation de mines basée dans le département de Bambey (région de Diourbel). Cette dernière a décidé d’appuyer l’établissement, dans le cadre de sa responsabilité sociétale d’entreprise. L’opération de réhabilitation, estimée à cinquante millions de francs CFA (50 000 000 francs CFA), sera réalisée en deux phases sur une période de deux ans. Chacune coûtera vingt cinq millions de francs CFA (25 000 000 francs CFA). Si cette enveloppe ne règle pas tous les problèmes, elle est quand même une bouffée d’oxygène qui pousse d’ailleurs Gana Sène à rappeler à la tutelle la promesse qu’elle avait faite, depuis deux ans. ‘’Le ministère de l’Education nationale avait inscrit la réhabilitation du collège dans le BCI (budget consolidé d’investissement). Nous l’invitons maintenant à prévoir sa réfection et son équipement sur la liste des établissements à rénover, dans les prochaines années », invite-t-il.

OUMAR BAYO BA (DIOURBEL)

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