21 décembre, 2014
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Présidence de l’Assemblée nationale:  Les politiques, coincés entre la mort et le dauphinat

Présidence de l’Assemblée nationale: Les politiques, coincés entre la mort et le dauphinat

C’est la constitution de la République qui le stipule : le Président de l’Assemblée nationale est le suppléant du président de la République en cas d’empêchement. Alors, difficile de comprendre pourquoi les politiciens s’acharnent à polluer un débat qui peut notablement influer sur l’avenir de notre pays, mais aussi facile de percevoir pourquoi Macky Sall est gêné aux entournures.

Les politiciens ont l’art consommé de savoir ne jamais poser les bonnes questions au bon moment, lorsque l’enjeu en vaut la chandelle. En minimisant la portée du débat passionné qui a cours au sujet de la durée du mandat du Président de l’Assemblée nationale, la plupart d’entre eux se refusent à affronter une question fondamentalement politique qui peut, d’une certaine manière, réorienter le sens de l’histoire de notre pays.

Pourquoi fermer les yeux sur la possibilité qu’un président de la République en exercice, jouissant d’une excellente santé physique et mentale, puisse être victime, un jour où l’autre, d’un empêchement quelconque qui l’éloigne du pouvoir ? Dans nos cultures africaines, transformer le facteur mort en objet de palabres publiques ou d’essence terrestre est un tabou institutionnel qui emmure les épanchements ad hoc dans les limites du politiquement correct «librement» consenti par la communauté. C’est un fait. Mais que fait-on alors de la politique qui, qu’on le veuille ou non, structure notre présent et, surtout, planifie notre avenir à tous ?

Le tabou de la mort

Sous cet angle-là, germe l’hypocrisie généralisée qui semble tétaniser une bonne partie de la classe politique à l’évocation de ce traître-mot-honni de dauphinat qui, pensent certains, serait en train de bordéliser le fonctionnement normal des institutions de la République. Au fond, c’est la gêne à laquelle renvoient les vocables «mort», «décès», «disparition», etc. qui indispose certains acteurs du landernau. Au fond aussi, ces derniers donnent l’impression de ne pas en faire un élément de préoccupation parce que, simplement, l’affaire dérange. Mais soyons-en certains, les calculs et probabilités font rage au-delà du rideau qui sépare l’espace public des cercles privés !

Aujourd’hui, Moustapha Niasse, secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès, Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, est un potentiel président de la République par intérim. Des circonstances exceptionnelles – que nul ne souhaite pour notre pays – pourraient en faire le dépositaire constitutionnel provisoire de la volonté populaire à laquelle il redonnerait l’occasion de se trouver un nouveau chef lors d’une élection anticipée.

Rapports de forces

En vérité, et pour revenir à des considérations de rapports de forces entre acteurs partisans, il est peu probable que Macky Sall, chef de l’Etat excellemment bien élu dans un contexte particulier, mais «minoritaire» dans l’institution parlementaire, fasse un cadeau quinquennal à un allié qui ne lui a pas juré fidélité jusqu’à l’extinction du soleil, et encore ! Après avoir pris l’engagement de ramener son mandat à cinq ans, accepté un quasi partage du nombre de députés avec ses alliés de Benno Bokk Yaakaar, nommé un «dauphin» d’un autre parti à la tête de l’Assemblée nationale, Macky Sall pourrait également se voir demander par la Commission nationale des réformes institutionnelles de renoncer à son statut de chef de parti. En sus, il serait «contraint» de devoir organiser sa cohabitation avec un «adversaire-allié» libéré du carcan d’une présidence annuelle à la tête du pouvoir législatif.

C’en est peut-être trop pour un homme qui a été généreusement naïf à l’endroit de ses partenaires de coalition, face à l’ampleur exorbitante des charges et décharges laissées en héritage par la politique de gribouille de l’ancien régime, et qui a «assez donné» pour qu’on ne lui demande pas des bonus. Malheureusement pour lui, ce dossier-ci est le sien, con-substantiellement lié à l’idée qu’il dit se faire de la morale en politique, marqueur sanguinolent ayant présidé à son ascension politique, emblème du bêtisier politique le plus sulfureux qu’un ancien chef d’Etat ait pu laisser à la postérité de son pays. C’est cela le problème de Macky Sall ! Faire encore plus confiance à Moustapha Niasse, jamais demandeur, mais toujours preneur de charges régaliennes.

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