Accueil / Confidences / Que la presse s’impose une morale… – Par Jean Meissa Diop –

Que la presse s’impose une morale… – Par Jean Meissa Diop –

Prompte à dénoncer certaines dérives et autres pantalonnades, la presse en vient elle-même à ignorer ou oublier qu’elle a une responsabilité en donnant notoriété aux auteurs des bévues ; des individus qui mériteraient plutôt que la presse ne parlât plus d’eux. Et elle l’a si bien rappelé dans sa ‘’Chronique de Ndoumbélane’’, ma consœur, sœur et amie Diatou Cissé qui, le 7 août dernier, sur Rfm, déplorait que ‘’la presse a donné de la visibilité à des personnes qui auraient dû raser les murs à cause de leurs méfaits et médisances passés (…) Une société qui accorde son pardon à tout-va est complice des méfaits qui se commettent en son sein’’.

Et les habitués de la dérive se sont vu attribuer des sobriquets qui finissent par rendre sympathiques des individus qui ne méritent aucunement l’amitié du citoyen. Ainsi en est-il d’individus comme Moustapha Cissé Lô, député sortant, président du Parlement de la Cedeao, surnommé ‘’El Pistolero’’ parce qu’ayant eu à dégainer au moins une fois un pistolet au cours d’une banale altercation avec des concitoyens. Nous devrons aussi confondre dans le même panier les députés insulteurs, bagarreurs qui compliquent la tâche à ceux qui souhaiteraient que leçon fût administrée aux Amy Collé Dieng, Assane Diouf, Penda Bâ et bien d’autres moins ou pas du tout connus qui insultent ou ont eu à offenser des personnes comme eux, a fortiori l’institution qu’est le chef de l’Etat.

Mais il est si difficile de faire admettre aux défenseurs des Droits de l’homme et autres qu’insulter ne peut et ne saurait être l’exercice d’une liberté d’expression.

Et à force de relativiser la gravité, l’inconvenance des propos de ces insolents, on en vient à ouvrir une brèche par laquelle s’engouffreront tous ceux qui voudraient œuvrer à l’affaissement de nos valeurs morales. Si la politesse ne convainc pas certains Sénégalais, qu’on essaie alors l’insolence qu’ils jugent n’être d’aucune gravité parce que la démocratie considère comme véniels l’insulte et l’outrage à autrui. Nous Sénégalais, au prétexte que la France, les Etats-Unis, modèles de démocraties majeures, ‘’véniellisent’’ l’insulte à une autorité, n’acceptons pas que cet aspect et cette conception de la démocratie soient tropicalisés sous nos cieux. Notre société y perdrait son âme et ce qui fait sa respectabilité ; elle en mourrait.

‘’Dans nos sociétés, le sens de la mesure, la réserve et la pudeur sont, entre autres, les vertus les plus prisées, écrit le journaliste et philosophe Bacary Domingo Mané dans sa chronique sur le site www.xalima.com. Dès lors, il va de soi que les écarts de langage, les incongruités et les propos injurieux suscitent de la désapprobation sociale. Ce n’est donc pas un hasard si l’éducation de l’individu est orientée dans le sens de la respectabilité. Rien alors, dans son comportement, ne doit blesser les convenances. (…) Pourquoi ce langage ordurier, condamné par tous, prospère-t-il dans nombre de milieux, pour ne pas dire dans tous les milieux ?‘’.

La presse doit aussi s’imposer une morale. Et c’est là où l’éthique et la déontologie sont complémentaires dans leurs objectifs. La deuxième porte sur des  règles convenues alors que la première privilégie la conscience individuelle devant un cas considéré. Un assassin revenu du bagne est en train d’avoir les Sénégalais à l’usure, parce que la presse le met sur le haut du pavé, voire sur un piédestal et il y va de ses révélations sur des coups fourrés… Et même la loi ne semble pouvoir rien faire.  Hélas !

Par ces temps qui courent, Erostrate, cet habitant de la Grèce Antique qui, pour être célèbre, incendia une des Sept Merveilles du Monde, en l’occurrence le Temple d’Artémis à Ephèse (Turquie en 356 avant J.-C.) ne se dépayserait pas du tout au Sénégal où des personnes font et disent du mal pour qu’on parle d’eux. Suivez mon regard vers les émules d’Erostrate au Sénégal, de Touba à Dakar, en passant par Mbour et ce jusqu’en Amérique.

Jean Meïssa DIOP

Post-scriptum : ‘’On ne se tutoie pas à l’antenne.’’ Une leçon de tenue à l’antenne entendue hier sur Radio France internationale à l’émission ‘’Radio foot international’’ dont une partie a été dédiée à Philippe Zicckgraf, un grand passionné de sport, notamment du foot africain, dont il a couvert de grands événements dont des éditions de la Coupe d’Afrique des nations. Zickgraf est donc allé à la retraite et hier était son tout dernier passage à l’antenne. Et c’est à cette occasion que l’un des intervenants a dit qu’’’on ne se tutoie pas à l’antenne’’.

En somme, des journalistes ont  beau être des familiers en salle de rédaction, en dehors du boulot, mais cette familiarité et ses expressions sont bannies à l’antenne où on se vouvoie plutôt. A retenir par les journalistes de radio et de télévision.

À voir aussi

Macky Sall, de l’art de protéger les délinquants (Par Birahim Seck)

Dans son discours du 3 avril 2012, le président de la République s’était engagé à …

Entendez-vous ces cris Aung San Suu Kyi ? – Fadel Dia –

 La presse  occidentale, les dirigeants et les institutions  les plus éminentes d’Europe et d’Amérique du …