EN PRIVE AVEC KINE LAM (CHANTEUSE) ‘’Le secret de la longévité de ma carrière…’’

Présente sur la scène musicale depuis plus de 40 ans, Kiné Lam tient encore le flambeau. Même si elle est en baisse de régime, elle n’est pas totalement absente du marché du disque. Elle pourrait même être assimilée au ‘’dernier des Mohicans’’ car de la génération de chanteuses à laquelle elle appartient, elle est la seule à sortir  régulièrement des albums. En pleine répétition au Grand-théâtre en prélude à la soirée qu’elle organise le 24 décembre, elle a accepté de faire une courte pause pour ouvrir le cahier de sa vie d’artiste et de parler de son amour de toujours ‘’Doggo’’.

Entretien.

Que représente pour vous la soirée que vous organisez le 24 décembre au Grand-théâtre ?

Cela représente beaucoup de choses pour moi. Je ressens une joie immense à être sur scène. Je chante depuis mon jeune âge. J’ai fait plus de 42 ans de carrière et je chante jusqu’à présent. Ce n’est que du bonheur pour moi et je rends grâce à Dieu pour ça. Cela prouve que les Sénégalais aiment encore ce que je fais, qu’ils me portent dans leur cœur et qu’ils me suivent de très près. Au cas contraire, je ne serais pas là. 42 ans de carrière ce n’est pas 42 jours.

J’en profite aussi pour rendre hommage à des personnes qui me sont très chères, en l’occurrence le président directeur général de TSE, Cheikh Amar, la marraine de cette soirée Ami Diawara et le parrain Youssou Ndour. C’est aussi pour célébrer mon anniversaire qui est un moment de communion, un moment de rencontre avec tous mes proches et toutes les personnes qui m’aiment et qui m’admirent. Je promets du feu cette nuit-là. Je vais ressortir ce qu’il y a de plus profond dans mon art.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours de ces 42 ans  de musique ?

A l’âge de 14 ans, j’étais déjà sur la scène musicale .J’implorais ma mère à l’époque pour qu’elle me laisse chanter au ‘’Laamb Sérère’’ (lutte traditionnelle Sérère), qui était très suivi. Mais elle refusait à cause de mon jeune âge. Finalement, ce sont  mes amies qui faisaient tout leur possible pour qu’elle me donne la permission de le faire. Chaque fois, je revenais avec un sac plein de monnaie que je lui remettais. Cet argent nous servait de dépense quotidienne pendant des mois. Finalement, c’est ma maman qui exigeait que j’aille chanter au ‘’laamb Sérère’’, chaque soir. Cela m’a beaucoup marquée. Et j’ai continué comme ça jusqu’en 1975, année au cours de laquelle je suis montée sur une vraie scène pour la première fois pour chanter ‘’Mame Bamba’’.

En 1978, j’ai intégré le Théâtre national Daniel Sorano et la même année j’ai reçu un lot de consolation. J’ai eu un grand succès là-bas. A la fin de mes spectacles à l’époque, je prenais le bus pour rentrer et il fallait m’escorter. J’ai fait mes preuves à Daniel Sorano jusqu’en 1989. J’ai fait mon premier album, ‘Doggo’’, et j’avais vendu 100 000 exemplaires. Youssou Ndour avait dit partout que Kiné Lam avait battu le record des ventes jamais réalisées au Sénégal. De là, j’ai formé mon propre groupe ‘’Kaggou’’. Par la suite, j’ai représenté le Sénégal à travers le monde entier en remportant beaucoup de trophées. Et en 2011, j’ai eu un micro d’or. J’ai une carrière très riche et très positive. Certes, j’ai eu quelques lacunes et vécu des choses désagréables mais, en général, je peux dire que tout a été positif. C’est des périodes qui m’ont beaucoup marquée. Le titre que j’ai composé et qui m’a le plus marqué est ‘’Mame Bamba’’. Pour les spectacles, je dirais sans hésiter ‘’New Diaraf’’ organisé au théâtre national Daniel Sorano.

Vous êtes l’une des rares artistes (femmes) de votre génération à vous produire encore sur scène ou à sortir de nouvelles chansons. Quel est le secret de votre longévité ?

Là d’ailleurs, je prépare la sortie d’un nouvel album avec beaucoup de surprises. Je ne fais que chanter et mes fans peuvent déjà commencer à savourer. J’ai appris à chanter et je sais que je peux toujours y arriver car j’ai la voix et l’expérience. J’ai cette belle voix et aussi beaucoup de fans et beaucoup d’amis. J’ai débuté ma carrière en chantant les louanges de Cheikh Ahmadou Bamba. Tout ce que ce saint homme a béni devient une réussite. Et je sais que j’ai sa bénédiction ainsi que celle de mon époux. Un artiste qui parvient à remplir une salle de 1 800 places à 58 ans, cela veut dire qu’il a encore sa place sur la scène musicale.

Même si vous arrivez à tenir le flambeau au niveau national, vous peinez à faire des tournées internationales comme jadis, pourquoi ?

Pourtant je fais toujours des tournées. Même là, j’étais récemment à Paris pour une série de spectacles. Aussi, avant, j’avais une maison de disque et je partais partout dans le monde mais maintenant, ce n’est plus le cas. Jusqu’à présent, je suis prête à faire des tournées internationales si la demande est présente bien sûr. Là, je discute même avec quelqu’un qui me propose de faire une tournée pour elle en Italie. J’ai encore les potentialités et les ambitions pour cela. Je suis prête à repartir partout dans le monde pour porter le drapeau de mon pays.

On a l’impression que vous avez épuisé vos thèmes, vous ne faites que chanter les louanges des autres ?

J’ai tout chanté. Et j’ai aussi développé tous les thèmes dans mes chansons. Là où j’en suis dans ma carrière, je chante les louanges des bienfaiteurs. Si vous voulez qu’on vous chante des thèmes, il faut aller voir les jeunes comme Pape Diouf ou Wally Seck. Eux, ils ont largement le temps de chanter des thèmes. Mais cela ne veut pas dire que j’ai mis une croix sur les thèmes qui sensibilisent comme je le faisais. Je suis à une période de ma carrière où j’ai tout chanté.  Donc, je peux maintenant me contenter de chanter les louanges des bonnes personnes. Mais dans mon nouvel album, j’ai développé quelques thèmes comme l’insécurité qui règne dans ce pays.

On dit que c’est avec Kiné Lam que la musique tradi-moderne a commencé. Est-ce le cas ?

C’est certain. Je suis la première femme à avoir fondé un orchestre, par la grâce de Dieu. J’ai créé beaucoup d’emplois dans mon entreprise musicale et c’était en 1989. Et tout ça, je le dois aux efforts que j’ai toujours fournis dans ce milieu musical. Il n’y avait que les artistes hommes qui avaient des orchestres à l’époque. Face à cette situation, j’ai osé créer le mien. Quand j’étais au théâtre national Daniel Sorano, après avoir vendu 100 000 exemplaires, j’ai eu des contrats partout. J’ai été aussi nominée meilleure artiste de l’année à cette époque. Donc j’ai senti le besoin d’avoir mon propre orchestre. J’avais la capacité de faire comme les autres artistes. Même hier, j’ai été décorée (NDR dimanche dernier).

Pensez-vous que votre collaboration avec Ibrahima Sylla de Syll’art vous a ouvert les portes de la musique moderne et vous a permis d’avoir votre premier album international ?

Un grand monsieur (ndlr Ibrahima Sylla). Ibrahima Sylla avait produit mon CD ‘’Doggo’’ et à l’époque, j’étais en état de grossesse. Il  n’empêche qu’il m’a amenée à Abidjan où j’ai réalisé mon album avec lui. Il ne s’est pas limité à cela. Il m’a ouvert beaucoup de portes. C’est  grâce à lui que j’ai formé mon orchestre, donc je ne peux que prier pour lui. Que le bon Dieu l’accueille dans son Paradis. Il a beaucoup participé à ma carrière musicale. Ibrahima était mon ami. Il est venu un jour au théâtre national Daniel Sorano et a demandé à me voir. Avant, il avait fait le tour pour se renseigner sur moi. On lui avait dit que s’il faisait un album avec moi ça allait cartonner et tel a été le cas. Il m’a aussi amené partout dans le monde pour faire ma promotion, je lui en serai toujours reconnaissante. Si je suis connue à l’international, c’est grâce à lui. Mon album international, c’est Habib Faye qui l’a produit et c’est de là que j’ai eu ma maison de disque.

Cheikh Tidiane Tall vous a aussi produit. Parlez-nous de votre compagnonnage.

J’en profite pour lui souhaiter un prompt rétablissement. Pas plus tard qu’hier, j’ai été à la clinique pour lui rendre visite. J’ai de bonnes relations avec lui. C’est un grand ami à moi. Je suis même la marraine de son épouse. Il a beaucoup contribué à ma carrière aussi jusqu’à ce qu’on se sépare dans la paix. Tout se passe bien entre lui et moi et je lui souhaite une très longue vie car nous avons encore besoin de lui.

Comment voyez-vous la musique de la nouvelle génération ?

Il y en a qui font beaucoup d’efforts et je les encourage tous pour qu’ils puissent avoir une belle carrière musicale. Qu’ils s’y mettent et fassent de la musique leur priorité. Il y a aussi certains qui se débrouillent pas mal mais je les encourage à aller de l’avant et à persévérer. Le milieu est trop vaste et il faut être humble et savoir guider les jeunes car nous avons eu tout ce que nous voulons grâce à la musique. Par la grâce de Dieu, nous sommes toujours là mais la musique nous a tout donné.

Alors à quand la retraite ?

Peut-être d’ici 5 ans mais à dire vrai, Dieu Seul sait.

Comment se porte votre époux Doggo ?

Il se porte bien et devient de plus en plus beau. Il passe tout son temps à prier pour moi. J’ai sa bénédiction et son amour. Que Dieu lui prête longue vie. Mine de rien, on a fait 38 ans de mariage.

Le chef de l’Etat Macky Sall a promis  de payer la dette que Sorano doit à l’Ipres. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle en tant qu’ancienne pensionnaire de Sorano ?

C’est une bonne initiative surtout pour des gens comme moi qui doivent prendre leur retraite bientôt. Je prends la mienne dans 2 ans. Le président Macky Sall prend de bonnes initiatives, on ne peut que prier pour lui afin qu’il termine tout ce qu’il envisage pour notre pays. Car sa réussite est celle de tout le pays.

Enquete- HABIBATOU WAGNE

Voir aussi

Tragédie d’un voyage en Libye : Deux amis originaires de Tamba racontent l’enfer libyen

Dans l’espoir d’avoir une vie meilleure, ils sont nombreux, ces jeunes tambacoundois, à tenter l’aventure. …